Delegation of the European Union to DR Congo

Pose de la première pierre du nouveau bâtiment du Ministère de la Défense Nationale et Anciens Combattants (MDNAC), en RDC

Brussels, 22/09/2021 - 17:14, UNIQUE ID: 210922_14
Speeches of the Ambassador

Discours de l’Ambassadeur de l’Union européenne en République démocratique du Congo, M. Jean-Marc Châtaigner

 

Kinshasa, Camp Kokolo, 16 septembre 2021

(Seul le prononcé fait foi)

#UE60ansRDC

 

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Ministre de la Défense Nationale et Anciens Combattants,

Monsieur le Ministre des Finances, Ordonnateur national du FED,

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement de la RDC,

Monsieur le Chef d’Etat-Major Général des FARDC,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs accrédités en RDC,

Mesdames et Messieurs en vos titres, grades et qualités,

Cher(e)s ami(e)s,

 

C’est un plaisir et un honneur de prendre la parole ce jour à l’occasion de la pose de la première pierre du nouveau bâtiment du Ministère de la Défense et Anciens Combattants financé dans le cadre du Programme d’appui à la réforme du secteur de la sécurité – Volet défense, plus connu sous le nom de PROGRESS.

Je m’en réjouis d’autant plus que ce projet de construction a été long à se dessiner et a même connu quelques rebondissements inattendus avec le changement de site du Mont Ngaliema vers le Camp Kokolo où nous avons le plaisir de nous retrouver aujourd’hui.

Mais comme vous pouvez le voir derrière moi, les travaux ont déjà bien commencé. Je formule le souhait qu’ils continuent à se dérouler de la meilleure des façons possible afin que le Ministre de la défense et ses services puissent bénéficier au plus vite d’un outil de gestion et de commandement moderne et efficace pour accompagner les FARDC dans leur mission de sécurisation et de pacification.  

D’un montant de plus de 5 millions d’euros, pour une superficie de 3400 mètres carrés répartis sur 5 niveaux, ce nouveau bâtiment constitue le point d’orgue de la mise en œuvre du programme PROGRESS, lancé en 2016, et démontre l’accompagnement continu européen à la réforme des FARDC, initié dès 2005 avec la mission EUSEC.

Le bilan cumulé de ces appuis européens a été présenté à l’occasion du forum de haut niveau qui nous a réuni le 19 mai dernier au Collège des Hautes Etudes de Stratégie et de Défense.

J’en retiens notamment les améliorations en matière de gestion des ressources humaines et administrative, symbolisées par la constitution d’une base de donnée, l’identification biométrique et la bancarisation, qui ont permis d’amorcer une transition vers une gestion plus dynamique des effectifs, des emplois et des compétences.

Ces appuis ont aussi favorisé l’insertion des FARDC dans la démarche nationale de modernisation de la gestion des finances publiques.

Tout au long de ces années, l’Union européenne a aussi fortement soutenu le développement des capacités informatiques qui sont essentielles à la modernisation de l’Armée et à sa gouvernance.

Plus récemment, nous avons été heureux d’apprendre que grâce aux méthodes et aux outils développés avec l’appui du programme PROGRESS, le Ministère de la Défense et les FARDC ont élaboré un document de Politique Sectorielle assorti d’un Programme d’Actions prioritaires pour la Défense, ce qui ouvre des perspectives très intéressantes en termes de planification budgétaire.

Enfin, les appuis européens ont permis de travailler sur le renforcement de la confiance entre l’Armée et la population. Cette confiance est critique, autant pour atteindre les objectifs opérationnels qu’au regard de la réputation des FARDC et de leur attractivité vis à vis des citoyens motivés et brillants qui souhaiteraient les rejoindre. Le respect des droits humains est une condition essentielle au bon succès des opérations militaires. L’Armée doit protéger les populations les plus faibles. Ma récente expérience au Sahel m’a appris que des succès militaires durables contre les groupes armés ne peuvent être obtenus si un lien de confiance n’est pas établi avec les populations menacées. C’est donc le lieu ici de saluer le travail du Service d’Education Civique et Patriotique et d’Action Sociale ainsi que le Service de Communication de l’Armée qui travaillent dans le sens d’un changement de comportement des militaires. Je me dois de saluer aussi le concours des organisations de la société civile congolaise, plus particulièrement du Réseau pour la Réforme du Secteur de la Sécurité et de la Justice.

Sur la base de ces enseignements, les experts congolais et européens dont notamment ceux de l’Allemagne, de la Belgique et de la France regroupés dans le cadre de notre nouvelle Initiative Equipe Europe « Paix et sécurité », ont pu travailler à la définition d’un nouveau programme afin d’assurer la continuité des résultats obtenus et explorer d’autres pistes de coopération que nous espérons pouvoir lancer au courant de l’année 2022.

Dans l’attente de ce démarrage, il est essentiel que la construction du nouveau bâtiment devant abriter le Ministère de la Défense puisse avancer au mieux. C’est donc le lieu pour moi de remercier les services du Ministre des Finances, Ordonnateur national du FED, ceux du Ministère de la Défense, la Mission de contrôle des travaux et l’entreprise de construction pour tout le travail déjà accompli. Votre engagement à tous, parfois dans un contexte difficile, nous permet de nous retrouver aujourd’hui. Encore une fois, soyez en remerciés. Je vous encourage à redoubler d’efforts afin que le calendrier de construction puisse être respecté au mieux.

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre de la Défense, Monsieur le Chef d’Etat-Major Général de l’Armée, chers invités,

J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de rappeler que l’Union européenne se tient résolument aux côtés de la RDC dans ses efforts pour un retour à une paix durable, préalable indispensable au développement et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Presque chaque jour, l’actualité nous rappelle les difficultés à surmonter pour atteindre cet objectif. Si nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est qu’il n’existe pas de solution simple et rapide pour éliminer le système de violence qui s’est établi et enraciné depuis un quart de siècle à l’est du pays.

Les efforts doivent donc être poursuivis et intensifiés pour éradiquer les groupes armés et mettre fin aux violences insupportables commises contre les civils, en particulier contre les femmes et les enfants. Cela suppose de démanteler l’économie de guerre, notamment celle entretenue par les trafics illégaux de matières premières et leur blanchiment. Il faut enfin redonner confiance aux communautés à travers des programmes de développement économique, rendre justice pour tous les crimes commis, prévenir les nouveaux conflits et donner l’opportunité aux combattants de renoncer aux armes et se réinsérer dans la vie civile, pour autant qu’ils n’aient pas commis de crimes de guerre. C’est tout le sens du programme de Démobilisation, Désarmement, Recouvrement Communautaire et Stabilisation (DDRCS). L’Union européenne, Monsieur le Premier ministre, est prête à vous accompagner dans cette démarche.

L’Etat de Siège décrété au Nord Kivu et en Ituri montre à quel point il est important que les différentes forces de sécurité puissent agir dans le cadre d’une stratégie conjointe pour être réellement efficaces. Dans cette optique, la coordination avec les services de renseignements est primordiale pour une lutte efficace contre les groupes armés. La traduction sur le terrain de la gestion dynamique des effectifs, que j’ai évoqué précédemment, est aussi un point essentiel. La rotation des effectifs des FARDC sur les différents théâtres, les temps de récupération entre les différentes opérations, la relève des commandements et des officiers supérieurs, leur formation stratégique et tactique font partie des éléments à prendre en compte et à favoriser.

Comme le soulignait un célèbre homme d’état européen, Charles de Gaulle, dans son ouvrage Le Fil de l’épée, « l’esprit militaire, l’art des soldats, leurs vertus sont une partie intégrante du capital des humains ». J’aimerais ajouter ici une remarque personnelle sur ce qu’est pour moi une armée. C’est plus qu’une administration évidemment, plus qu’une institution, plus qu’un état, c’est l’essence d’une nation. C’est bien pourquoi nous devons construire une armée européenne sans laquelle l’Europe ne trouvera pas son sens le plus profond. C’est bien pourquoi la RDC doit se doter d’une armée représentant la diversité et les aspirations de son peuple.

Depuis plusieurs mois, l’Union européenne et ses Etats membres, travaillent à la définition d’un cadre conjoint pour leur soutien à la réforme du système de sécurité en RDC. Parmi les nombreuses pistes de réflexions qui ont été abordées figure notamment la perspective du retrait progressif de la MONUSCO et la nécessité de soutenir un dispositif à même de prendre le relais des efforts de stabilisation. Dans cette perspective, la formation et le soutien opérationnel aux FARDC et à la Police doivent être renforcés. Nous envisageons pour cela de renforcer la complémentarité de nos appuis dans le domaine de la défense, de la police et de la justice dans le cadre d’une vision stratégique globale de la réforme du secteur de la sécurité pour le pays, au bénéfice en premier lieu de la population congolaise.

Je me dois d’insister sur le rôle de la justice, outil si important pour que l’impunité recule. La justice constitue en effet un instrument décisif de restauration de la confiance entre les forces de sécurité et la population. C’est le lieu de saluer ici la qualité de certaines poursuites conduites par la justice militaire congolaise qui a pu s’illustrer dans plusieurs cas prioritaires et qui exporte même son savoir-faire jusqu’en Centrafrique avec le Procureur de la Cour pénale spéciale.

Nous vous encourageons donc à élaborer une stratégie de prévention des conflits et de stabilisation à long terme qui se fonderait sur l’éradication des groupes armés et de l’économie de guerre, mais qui contiendrait également bien d’autres aspects nécessaires au bon développement des communautés qui ont tant souffert. Dans cet objectif, l’Union européenne est à vos côtés. Notre intérêt est de vous aider à faire de la RDC un pays plus beau qu’avant – pour citer votre magnifique hymne national – dans le cadre d’un partenariat politique et économique pérenne.

Je souhaite longue vie au Partenariat entre l’Union européenne et la RDC. Et que nous soyons unis dans l’optique de rétablir durablement la paix et la sécurité sur l’ensemble du pays.

Je vous remercie.

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