Human Rights & Democracy

Discours de Federica Mogherini au Forum International sur la Paix et la Sécurité en Afrique

Dakar, 05/12/2016 - 19:00, UNIQUE ID: 161206_11
HR/VP speeches

Discours de la Haute Représentante, Vice-présidente de la Commission européenne Federica Mogherini lors de la cérémonie d'ouverture du "Forum International sur la Paix et la Sécurité en Afrique"

Seul le texte prononcé fait foi !
 
Monsieur le Président,
 
Chers collègues,
 
Excellences,
 
Chers amis,
 
C'est un honneur pour moi de m'exprimer devant vous en cette session d’ouverture du troisième Forum International sur la Paix et la Sécurité. Cette année, l'Union européenne a pour la première fois décidé de soutenir avec une contribution importante, pas seulement d'un point de vue politique mais aussi financier.
 
Je souhaite remercier profondément le Président [Macky] Sall et les organisateurs de cet évènement pour cette importante journée d'échanges. Comme Jean-Yves [Le Drian] le rappelait, cela va être fondamental pour les décisions que nous allons prendre dans le futur.
 
Je suis particulièrement heureuse de cette visite au Sénégal, à un moment particulièrement important pour les relations avec l'Union européenne. Mais je suis aussi heureuse que l'occasion m'ai été donnée par ce Forum pour la paix et la sécurité – parce que la sécurité est vraiment une question fondamentale pour l'avenir du continent africain et pour notre avenir commun.
 
Je voudrais insister aujourd'hui sur un concept que nous partageons, en Europe et en Afrique: la « sécurité durable ». Il est clair que l'Afrique est confrontée à une suite de crises qui doivent être abordées et résolues de toute urgence, et beaucoup d'entre vous viennent d'en nommer beaucoup. Mais parfois faire face aux crises ne peut pas suffire. Nous avons été témoins trop souvent de la recrudescence de conflits qui semblaient fermés. Et au cours des dernières années, nous avons assisté à une multiplication de zones de conflit et de tensions au sein de ce continent - du lac Tchad à la Corne de l'Afrique, du Sud Soudan à l'est de la République démocratique du Congo.
 
Voilà pourquoi l'idée d'une sécurité durable. Nous devons prévenir les crises avant qu'elles explosent. Nous devons créer des anticorps, la résilience au sein de la société africaine, la capacité de canaliser les tensions envers des solutions non-violentes, politiques. Ensemble, nous pouvons renforcer la capacité des Etats africains à gérer leur propre sécurité et celle de leurs sociétés – contre le terrorisme, contre le crime organisé, et toujours aux côtés des citoyens africains.
 
Car il est clair que, sans sécurité, l'Afrique ne sera jamais en mesure d’exploiter pleinement son potentiel. Et le potentiel de ce continent est vraiment énorme. Je pense tout d'abord à son capital humain, les femmes, les jeunes, la moitié de la population africaine qui a moins de trente ans. C’est une incroyable réserve d'énergie, d'innovation , d'idées, pas seulement pour le futur du continent mais pour le présent de l'Afrique et aussi du reste du monde. Ce n’est pas par hasard que l’on a proposé que le prochain sommet Union africaine - Union européenne soit consacré aux jeunes, la plus grande ressource africaine.
 
Il y a un désir de changement en Afrique, nous le voyons très bien. Nous l'avons vu il y a quelques jours en Gambie, pas loin d'ici. Le peuple de la Gambie a montré que le changement est possible, et qu'il est possible d’une manière démocratique. L’Afrique parvient à faire entendre sa voix, une voix positive, dans un moment où nous avons vraiment un grand besoin de voix positives dans ces temps difficiles dans le monde.
 
Notre travail, en tant que décideurs politiques, est de créer des espaces pour ces voix positives, pour des expériences positives y compris en Afrique. Créer l’espace dans lequel l'Afrique peut vraiment exploiter son potentiel. Et nous savons que cela ne peut se faire sans sécurité.
 
Il n'y a pas de développement sans sécurité, et il n’y a pas de sécurité sans développement. Ce sont deux phrases que vous avez entendues souvent et qui guident depuis plusieurs années le travail de l'Union européenne, et se trouvent également dans l'esprit des objectifs de développement durable que nous avons adoptés à New York l'année passée.
 
Je parle pour la première partie : il n'y a pas de développement sans sécurité. Si nous travaillons ensemble pour construire une infrastructure – un puit pour l’eau, une route ou un pipeline – nous devons également être en mesure de la protéger d’une attaque, ou empêcher qu’elle ne tombe dans de mauvaises mains.
 
Je voudrais mettre l'accent sur trois aspects de notre travail, le travail de l'Union européenne, pour renforcer la sécurité de l'Afrique.
 
Tout d'abord, nos missions civiles et militaires. Depuis 2003, l’Union Européenne a déployé 35 missions et 100.000 hommes et femmes. 18 de ces 35 missions – et une égale proportion de nos forces – ont eu l’Afrique comme théâtre d’opération. Nos six opérations militaires exécutives, et nos missions de formation et de conseil se déroulent sur ce continent – Et Jean-Yves vient de rappeler notre engagement avec une forte approche régionale, on le sait, avec le travail avec le Sahel récemment avec le G5.
 
Nous avons parcouru un long chemin depuis les jours de notre première mission – c'était la mission Artemis au Congo en 2003. Nous avons entrepris des tâches allant de la lutte contre la piraterie à la formation des forces de sécurité en Afrique. Et nous travaillons encore à rendre nos efforts plus efficaces : il y a quelques semaines, à Bruxelles, l'Union européenne a approuvé ma proposition – Jean-Yves était là - pour améliorer la coopération entre les missions civiles et militaires, dans le cadre d’un projet pour réaliser une vraie Union Européenne de la sécurité et de la défense. C'est nécessaire pour la sécurité de l'Europe, c'est nécessaire pour la sécurité de l'Afrique et du reste du monde.
 
Deuxième aspect : l’insécurité ne connaît pas de frontières, et l’histoire et de l'Europe et de l'Afrique le démontre clairement. Il est donc essentiel que les organisations régionales africaines aient un rôle majeur dans la gestion de la sécurité du continent.
 
Depuis 2004, l'Union européenne a soutenu la consolidation de l'architecture africaine de paix et de sécurité avec plus de 2 milliards d'euros, pour appuyer les efforts réalisés par l'Union Africaine, et les Communautés économiques régionales. On a pu le voir au Mali et en République Centrafrique, en Somalie avec l'AMISOM, mais aussi en Guinée Bissau, dans le bassin du lac Tchad contre Boko Haram ou encore au Soudan du Sud. Nous restons, par ailleurs, fermement engagés à soutenir aussi bien les structures et les initiatives de médiation africaines, au Soudan ou au Burundi par exemple, que le Système continental d’alerte rapide et la Force africaine en attente.
 
Troisième aspect : la sécurité nécessite des ressources, de l'expertise, du personnel. Pendant l'été j'ai présenté une nouvelle proposition à l'Union européenne qui vise à renforcer les capacités, y compris l'équipement, de nos partenaires pour favoriser la sécurité et le développement – Jean-Yves vient de l'évoquer et nous travaillons étroitement avec, j'espère, la possibilité de réaliser des premiers passages dans ce sens bientôt.
 
Le renforcement des capacités et les réformes du secteur de la sécurité constituent des étapes indispensables sur la voie du développement durable. Dans de nombreux cas, les réformes du secteur de la sécurité sont essentielles pour rendre les militaires les militaires plus professionnels et plus responsables, plus en phase avec les objectifs de vie démocratique et pacifique qu’ils doivent défendre.  Ceci est essentiel pour atteindre le 16ème objectif de développement durable, qui vise à promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives pour le développement durable.
 
Dans ce domaine, le travail sur le développement et la sécurité sont vraiment, vraiment liés. À travers nos instruments de coopération au développement, nous soutenons plus de 60 projets concrets dans plus de 20 pays africains; visant à la réforme d’institutions civiles, de la police et de l’armée, au renforcement de la protection civile, au contrôle des frontières, à la surveillance maritime. Nous avons pour l'Union européenne un seul objectif : rendre ces institutions plus efficaces, légitimes et durables, pour soutenir le développement du continent africain.
 
Une sécurité réellement durable, réellement durable, exige que la police, l'armée et toutes les institutions aient la confiance des citoyens qu’ils doivent protéger. Mais il exige aussi une économie saine, avec des emplois et des opportunités au niveau des attentes de chacun.
 
Et il est alors facile de comprendre qu'il n'y a pas de sécurité sans développement. Et c'est pour cette raison que l'Union européenne a créée au Sommet en Novembre 2015 à la Valette (à Malte) un fond fiduciaire avec des centaines de millions d'euros alloués en 2016 déjà pour mettre en place en priorité des actions destinées à créer des emplois pour les jeunes et en particulier dans le secteur agricole et dans les zones de forte progression. Et c'est aussi pour cette raison que j'ai lancé il y a quelques mois un nouveau Plan d'investissement européen pour l'Afrique. C'est non seulement un autre programme d'aide ou de soutien au développement. C’est une nouvelle approche, potentiellement je dis toujours une révolution pour les investissements européens en Afrique.
 
L'Union européenne et les Etats membres de l'Union européenne investissent déjà autour de 20 milliards d'euros d'aide au développement pour l'Afrique chaque année, 20 milliards d'euros chaque année pour l'Afrique, seulement l'Union européenne. Nous sommes le premier investisseur international en Afrique, mais nous savons aussi, parce que nous connaissons l'Afrique, que ce continent nécessite des ressources beaucoup plus importantes que ça pour faire face aux défis mais aussi pour exploiter son potentiel. C'est pour cela que maintenant nous regardons positivement le fait que l'investissement du secteur privé européen en Afrique sont de près de 200 milliards d'euros.
 
Les entreprises européennes créent déjà des millions d'emplois sur le continent africain. Alors ce que je propose avec ce plan d'investissement, est une alliance entre public et privé qui est indispensable pour mobiliser les ressources nécessaires. Tel est l'objectif du Plan d'investissement externe. Nous offrons aux entreprises privées des incitations et des garanties pour investir en Afrique, et en particulier dans les zones les plus fragiles de l'Afrique. Les investisseurs privés, on le sait très bien, ont tendance à ne pas investir dans des régions potentiellement instables. Et ce sont précisément ces régions, les plus fragiles, qui ont le plus besoin d'investissements - parce que la croissance économique est l'antidote le plus puissant à l'instabilité et c'est la voie la plus solide vers la sécurité.
 
Alors il n'y a pas d'autre puissance mondiale que l'Union européenne qui offre un engagement similaire en Afrique que ce soit dans le secteur de la sécurité, dans le secteur du développement ou de l'investissement privé. Nous travaillons ensemble pour la sécurité du continent – parce que nous savons très bien que la sécurité de l'Afrique c'est aussi la sécurité de l'Europe, avec nos missions, en partenariat avec l'Union africaine, et avec le soutien direct aux forces de sécurité en Afrique. Et nous travaillons ensemble pour la croissance de toute l'Afrique, en commençant par les zones qui en ont le plus besoin.
 
Et je voudrais remercier encore une fois, sincèrement, le Sénégal et le Président [Macky] Sall, un vrai partenaire pour l'Union européenne.
 
J'ai parlé des voix positives, j'ai parlé de partenariat, de développement et de sécurité. Et il a quelques jours le Sénégal a gagné sa présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a été placée sous le signe d'une diplomatique de la paix. Alors le Sénégal a été trois fois membre du Conseil de Sécurité et cette constance je crois traduit la considération et le crédit de l'Afrique, de l'Europe, de la communauté internationale et du Sénégal.
 
Le Sénégal, je le dis au nom de l'Union européenne mais je suis sure je peux le dire au nom de tous dans le monde, le Sénégal est un partenaire solide et fiable sur la paix, sur la sécurité, sur le développement durable, sur tous les dossiers fondamentaux sur lesquels nous travaillons ensemble y compris un sujet difficile,  le défi de la migration. Sécurité durable, développement durable, partenariat fiable. Nous croyons qu’une Afrique plus stable et plus forte est dans notre intérêt, ainsi que dans l'intérêt de tous les Africains. Nous croyons dans le potentiel de l'Afrique, dans l'énergie incroyable de ce continent, dans le désir de changement des citoyens africains, de ses femmes, de ses jeunes.
 
Votre force est notre force. Il est une force que nous pouvons construire seulement ensemble – comme partenaires, et comme amis. Alors Monsieur le Président, chers amis, le Sénégal et toute l'Afrique, peuvent toujours compter sur l'Union européenne. Nous sommes partenaires, amis, et nous le resterons toujours. Merci beaucoup.
 
Lien vers la vidéo:  http://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I130421

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