Stratégie globale de l’UE

Discours - Webinaire "Comprendre le GREEN DEAL Européen : enjeux et impact sur la relance économique au Maroc"

Rabat, 11/02/2021 - 12:02, UNIQUE ID: 210215_38
Speeches of the Ambassador

Discours de Madame Claudia WIEDEY, Ambassadrice de l'Union européenne au Maroc - 11 février 2021

Webinaire Association professionnelle des cimentiers/Association des Ingénieurs de l’Ecole Mohammedia

" Comprendre le GREEN DEAL Européen

Enjeux et impact sur la relance économique au Maroc"

Discours de Claudia WIEDEY, Ambassadrice de l'Union européenne au Maroc

11 /02/2021 - plateforme ZOOM                                                   

 

Monsieur le Ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Économie numérique,

Monsieur le Président de l’Association professionnelle des cimentiers,

Monsieur le Président de l’Association des ingénieurs de l’Ecole Mohammedia,

Chers partenaires,

Chers amis,

Mesdames et Messieurs,

Je tiens à remercier l’Association professionnelle des cimentiers et l’Association des ingénieurs de l’école Mohammedia pour cette occasion qui m’est offerte de m’exprimer devant vous sur un sujet de première importance pour l’Union européenne, et pour son partenariat avec le Maroc: le green deal européen et la lutte contre le changement climatique.

Permettez-moi, avant de commencer mon propos, de m’adresser à l’Association Professionnelle des Cimentiers : nous savons que votre secteur d’activité a été souvent montré du doigt pour son impact sur l’environnement. L’industrie du ciment représente 5 à 6% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et des actions correctives sont indispensables pour contribuer à la réalisation de l'objectif principal de l'Accord de Paris de 2015 : maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2°C. Or, j’ai appris avec satisfaction qu’au Maroc, vous aviez déjà effectué de gros efforts et que vous êtes passés du qualificatif « pollueur » à « dépollueur net » en quelques années et producteurs d’environnement. C’est là le résultat de toutes les initiatives novatrices en termes de revalorisation des déchets ou le recours aux énergies renouvelables que vous avez entre autres, adoptés. Vous serez d’autant plus sensibles, et je m’en réjouis, à nos ambitions communes pour la lutte contre le changement climatique.

Alors que nous continuons de nous concentrer sur la lutte contre la Covid-19 et ses conséquences pour l'économie mondiale, les autres crises mondiales persistent: la crise climatique, la crise de la biodiversité, la pollution et la surexploitation des ressources.

Ces crises sont interdépendantes. Le changement climatique accélère la destruction du monde naturel par les sécheresses, les inondations et les incendies de forêt. La perte de biodiversité et l'utilisation non durable de la nature sont à leur tour les principaux moteurs du changement climatique.

Logiquement, les solutions doivent également être liées entre elles. Des écosystèmes sains nous aident à atténuer le changement climatique et à nous y adapter. Soyons clairs : il s’agit aujourd’hui d’une question existentielle pour tous, partout sur le globe, pays riches comme pays pauvres.

Il y a plus d’un an, alors que le monde était encore très différent d'aujourd'hui, nous avons présenté le Green Deal européen. Il a été conçu comme la nouvelle stratégie de croissance de l'Europe. Une stratégie pour allier durabilité environnementale, économique et sociale.

Et avec l'impact de la crise Covid, la transition verte que nous avions déjà planifiée avec le Green Deal européen est devenue aussi notre feuille de route pour la reprise en Europe.

Il se concentrera sur les infrastructures durables, les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique ; il portera  sur l'écologisation de nos villes et campagnes, sur les produits et services verts, sur l'agriculture et l'alimentation durables ; sans oublier bien sûr les transports propres et l'innovation dans les technologies propres.

Nous quittons l'économie du carbone et passons à une économie propre, innovante, inclusive et circulaire. Une économie qui nous permet de restaurer la biodiversité et de réduire la pollution tout en créant de la croissance, des emplois, la prospérité et la santé.

Je crois  que nous avons tous maintenant une occasion unique d'adopter une transition verte pour reconstruire en mieux. C'est notre chemin collectif vers le rétablissement, pour les peuples et la planète. Et tandis que nous débloquons d'énormes sommes d'argent, nous ne pouvons le dépenser qu'une seule fois.

La transition vers la neutralité climatique exigera une action, parfois difficile, de notre part à tous. Mais la chose la plus importante est que cela peut être fait.

En fait, la véritable catastrophe économique serait de NE PAS agir sur le climat et l'environnement. Plus de la moitié du PIB mondial dépend de la nature et des services qu'elle fournit. Lorsque nous examinons les coûts de la non-action, il devient clair que nous ne pouvons pas nous permettre de NE PAS investir dans une transition verte.

L’Union européenne vise désormais à réduire les émissions nettes de Gaz à effet de serre d'au moins 55% en 2030. Nos politiques et stratégies sont guidées par l'objectif ambitieux de l'UE de devenir le premier continent neutre pour le climat d'ici 2050 .

L'Union européenne dépensera 1 800 milliards de dollars pour aider à redémarrer l'économie. Une quantité de ressources sans précédent qui sera utilisée de manière sans précédent. Les dirigeants européens ont convenu que 30% devraient être dépensés pour soutenir nos objectifs climatiques. C'est un énorme pas en avant.

Pourquoi dépenser de l'argent pour conserver les choses en l’état, tout en sachant très bien que nous aurons à nouveau besoin d'argent pour les changer dans un proche avenir? Ce serait un gaspillage irresponsable, car de l'argent neuf pourrait ne plus être disponible dans un monde accablé par la dette post-Covid. Et nous aurions des milliards et des milliards d'actifs bloqués.

L'argent que nous utilisons actuellement est de l'argent emprunté aux générations futures. Le dépenser pour leur avenir, au lieu de notre passé, est un impératif moral et une question de bon sens économique. Nous n’avons pas le choix. Nous devons emprunter et dépenser cet argent maintenant, de manière responsable aux yeux de nos enfants.

Enfin, pour surmonter la crise Covid, nous avons besoin de politiques macroéconomiques expansionnistes. L'investissement Green Deal offrira un double dividende. Les investissements nécessaires à la transition sont les mêmes types d'investissements que ceux nécessaires à la reprise. Alors pourquoi n’en choisir qu’un si vous pouvez avoir les deux?

Plusieurs d'entre eux sont faciles à mettre en œuvre et auront un impact important sur l'emploi et le reste de l'économie: pensez à la rénovation énergétique des bâtiments. D'autres offrent de solides perspectives de leadership industriel mondial actuel et futur, comme l'énergie offshore et l'économie de l'hydrogène.

La transition climatique a bien sûr des effets distributifs sur lesquels nous devons garder un œil vigilant lorsque nous élaborons nos politiques. Mais nous ne pouvons pas oublier que le plus grand nombre de perdants proviendrait du changement climatique incontrôlé, qui ferait pleuvoir ses conséquences catastrophiques sur les pays les plus pauvres .

Bien que nous soyons convaincus que le Green Deal est la bonne voie vers un avenir durable, il n'y a aucun sens pour nous, Européens, d'emprunter ce chemin tout seuls. Travailler avec des partenaires internationaux est une nécessité absolue, si nous voulons tous sortir plus forts de cette crise.

Lutter contre le changement climatique est une responsabilité collective : l’UE poursuit toutes les voies de coopération et de diplomatie à travers des instruments tels que les partenariats stratégiques, la politique commerciale, l'aide au développement et d'autres outils de financement, pour mutualiser nos efforts. La Commission européenne vient également de souligner l’urgence de cette action pour le Voisinage Sud, dans son document stratégique intitulé « un nouvel agenda pour la Méditerranée », adopté pas plus tard que mardi.

Le Maroc a été inclus comme partenaire clé dans cette démarche, grâce à sa très ambitieuse politique climatique et énergétique, notamment depuis sa présidence de la COP22. Son grand potentiel en matière d’énergies renouvelables et son positionnement international plaident également en faveur d’une coopération étroite entre nous. A tel point que nous venons de formuler ensemble un « Partenariat Vert » qui détaille notre action commune sur le climat, mais également sur l'environnement et l’économie verte.

A travers ce texte, nous entendons accompagner la transition vers une société et des modes de consommation plus durables ; renforcer l’ambition des politiques et la mise en œuvre des stratégies ; démontrer les opportunités économiques d’une économie plus verte et propre ; et aussi renforcer la coopération régionale. Le travail se fera à travers des échanges, mais aussi, quand nécessaire, à travers une coopération plus concrète sur des actions à financer. Le document du Partenariat vient d’être validé, et il sera probablement lancé officiellement dans les prochains mois. Les travaux techniques viennent de commencer, pour définir les priorités de 2021 et mettre en route les groupes techniques.

Une autre raison pour laquelle nous devrions tous agir est que nous voulons éviter le risque de fuite de carbone. Les mesures que nous prenons au sein de l'UE pour réduire les émissions n’auraient aucun sens si elles conduisaient à une augmentation des émissions ailleurs. Ainsi, s’il existe un risque de fuite de carbone, la Commission proposera un mécanisme d'ajustement aux frontières pour certains secteurs, afin de réduire ce risque. Permettez- moi de rappeler que l’UE est un ardent défenseur d’un ordre commercial fondé sur des règles : notre mécanisme respectera les obligations internationales et les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Avec le Maroc, nous ne partons pas de rien : de nombreux programmes et projets communs visent déjà à protéger l’environnement et le climat. Je n’en citerai que quelques-uns :  les énergies renouvelables avec l’immense parc solaire de Noor Ouarzazate – l’un de plus grands au monde – ou encore le Parc éolien de Midelt, ont bénéficié de financements substantiels de l’UE. Par ailleurs, nous coopérons déjà sur la convergence des législations environnementales ou encore le développement de ressources humaines qualifiées.

Le développement agricole, la gestion des ressources naturelles (forêt, eau, pêche durable…) font également partie de nos domaines d’intervention à visée environnementale. L’Union européenne s’est engagée aux côtés du Département de l’Environnement du Ministère de l’énergie pour soutenir la Stratégie Nationale de Développement Durable, à travers le Programme d’appui à la compétitivité et la croissance verte.  Ce programme promeut notamment l’émergence de filières vertes. Des programmes régionaux tels que Switchmed financent des projets pilotes sur la production et la consommation propre, notamment auprès des industries.

Enfin, l’Union européenne appuie également plusieurs projets de la société civile marocaine qui œuvrent pour la sensibilisation aux défis environnementaux, et pour la protection de l’environnement. Notre coopération dans ces domaines est appelée à se renforcer, pour soutenir une relance post covid-19, résiliente et durable. Je voudrais rappeler que l’UE et ses États membres restent les premiers donateurs mondiaux en matière d’aide au développement; ils fournissent plus de 40 % du financement public mondial en faveur du climat. Étant donné que les fonds publics ne suffiront pas, l’UE et ses États membres coordonneront leur soutien pour mobiliser les fonds privés.

 La tendance à ce qu’on appelle la « finance verte » a été amorcée bien avant la crise du coronavirus. Elle doit bien sûr se poursuivre.  Avec la crise économique liée à la pandémie, on note que les stratégies d’investissement qui ont le mieux résisté sont celles comportant une faible part dans les énergies fossiles. Ainsi, parmi les politiques de relance à la fois les plus efficaces et les plus durables, on pourrait citer :

•          L’investissement dans des infrastructures plus vertes.

•          L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments.

•          L’investissement dans l’éducation et la formation continue, pour la création de nouveaux emplois qui contribueront à accélérer la transition vers une économie bas carbone.

•          L’investissement dans le capital naturel – c’est-à-dire tout ce qui préserve les écosystèmes et la restauration des habitats contribuant à stocker le dioxyde de carbone, notamment, bien sûr, les forêts.

•          L’investissement dans la Recherche & Développement, afin de développer des solutions propres.

Ces investissements ont aussi un rôle important à jouer dans la création d’emploi, en particulier chez les jeunes. 

Mesdames et Messieurs,

Nous devons bâtir ensemble un avenir prospère. Un avenir où les relations internationales sont basées sur l'amitié et la coopération mutuelle, qui nous assure une planète propre, durable. Je sais que nous pourrons compter sur le Maroc, son dynamisme, sa jeunesse, ses citoyens, sans lesquels les discours resteront vains. Je me réjouis, à cet égard, de constater que nous partons sur de bonnes bases : d’après une récente enquête d’opinion publique lancée par le PNUD, 68% des citoyens marocains interrogés considèrent le changement climatique comme une urgence. Sachons répondre, ensemble, à leurs attentes.


Je vous remercie.