Stratégie globale de l’UE

Yémen: Communiqué conjoint de l'Allemagne, du Koweït, de la Suède, du Royaume-Uni, des États-Unis, de la Chine, de la France, de la Russie et de l'Union européenne sur le conflit au Yémen

Brussels, 17/09/2020 - 17:45, UNIQUE ID: 200917_13
Joint Statements

  1. Les ministres des affaires étrangères de l'Allemagne, du Koweït, de la Suède et du Royaume-Uni ont co-organisé une réunion le jeudi 17 septembre 2020, dans le cadre de la 75e Assemblée générale des Nations unies, avec des ministres et des représentants des États-Unis, de la Chine, de la France et de la Russie ainsi qu'avec le haut représentant de l'Union, afin de débattre des progrès politiques à réaliser d'urgence au Yémen.
  2. À la suite des informations communiquées par le Secrétaire général des Nations unies et son envoyé spécial pour le Yémen, le groupe a discuté de la nécessité urgente qu'une désescalade militaire et des progrès politiques aient lieu au Yémen, soulignant qu'il soutenait sans réserve l'envoyé spécial, M. Martin Griffiths, y compris les efforts déployés par celui-ci pour faciliter un accord entre les parties yéménites sur la déclaration commune, qui comprend un cessez-le-feu à l'échelle nationale, des mesures humanitaires et économiques et la reprise d'un processus politique global et inclusif. Il a réaffirmé que la communauté internationale est fermement déterminée à faire respecter la souveraineté, l'unité, l'indépendance et l'intégrité territoriale du Yémen. Les membres du groupe ont rappelé que seule une solution politique inclusive peut mettre un terme au conflit au Yémen.
  3. Le groupe a souligné que, dans le cadre du processus politique, il était nécessaire que les parties concluent rapidement un accord global de transition afin de mettre fin au conflit, d'amorcer une période de transition durant laquelle le pouvoir serait partagé entre différentes composantes politiques et sociales et, au terme de cette période, d'assurer un transfert pacifique du pouvoir à un nouveau gouvernement inclusif sur la base de la tenue d'élections nationales crédibles. Il a insisté sur la nécessité d'un processus politique ouvert à tous, qui permette notamment la pleine participation des femmes et des jeunes. Le groupe a invité le gouvernement de la République du Yémen et les Houthis à engager avec l'envoyé spécial un dialogue constructif et continu, sans conditions préalables, afin de parvenir rapidement à un accord sur les propositions de paix faites par les Nations unies. Il a également invité les pays voisins du Yémen à user de leur influence à cet effet pour appuyer les efforts des Nations unies.
  4. Le groupe a souligné l'urgence d'une désescalade dans tout le pays et d'un cessez-le-feu à l'échelle nationale, ainsi que de la mise en œuvre intégrale de la résolution 2532. À cet égard, il s'est félicité de l'appel lancé le 25 mars par le Secrétaire général en faveur d'une cessation immédiate des hostilités au Yémen ainsi que du cessez-le-feu unilatéral annoncé le 8 avril par la Coalition en appui à la légitimité au Yémen, déplorant que les parties yéménites n'aient pas saisi cette occasion pour parvenir à un cessez-le-feu à l'échelle nationale. Le groupe a fait part de sa vive inquiétude face à la poursuite de l'offensive des Houthis contre Marib, qui met gravement en danger les résidents et les personnes déplacées dans cette ville, menaçant ainsi de faire échouer le processus de paix de l'ONU; il a souligné qu'il était préoccupé par la persistance des violences dans le conflit au Yémen, notamment par la poursuite des attaques perpétrées par les Houthis contre l'Arabie saoudite, qui représentent une grave menace pour la sécurité de la région, et il s'est déclaré inquiet face aux informations faisant état d'incessantes pertes civiles. Il a invité toutes les parties à remplir les obligations qui leur incombent en vertu du droit international humanitaire, notamment la protection des civils, en particulier des travailleurs humanitaires et du personnel de santé, ainsi que des infrastructures civiles.
  5. Le groupe a réaffirmé l'importance qu'il attache au processus de paix au Yémen et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, y compris la résolution 2216 de celui-ci, ainsi qu'à l'initiative du Conseil de coopération du Golfe et son mécanisme de mise en œuvre et aux résultats de la Conférence de dialogue national. Il a rappelé qu'il importait que les États membres respectent pleinement l'embargo sur les armes imposé par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies concernant le Yémen. Se félicitant de l'annonce faite le 28 juillet concernant l'accélération de l'application de l'accord de Riyad, grâce à la médiation du Royaume d'Arabie saoudite, il a salué les efforts déployés par ce dernier en ce sens, et il a invité le gouvernement yéménite et le Conseil de transition du Sud à pleinement mettre en œuvre d'urgence ces mesures. Ces accords, s'ils étaient mis en œuvre, renforceraient les efforts déployés par les Nations unies pour parvenir à une solution globale.
  6. Le groupe s'est félicité de l'ouverture à Genève du nouveau cycle de négociations sur les échanges de prisonniers et a invité les parties à mettre en œuvre d'urgence les engagements qu'elles ont pris à cet égard. Il a réaffirmé qu'il soutenait sans réserve la MINUAAH et a appelé les parties yéménites à respecter le cessez-le-feu à Hodeïda et à travailler de manière constructive à la mise en œuvre de l'accord de Stockholm, y compris le mandat de l'UNVIM, qui demeure un élément important du processus de paix au Yémen. À cet égard, le groupe a en outre invité les parties yéménites à donner suite de manière constructive aux propositions des Nations unies visant, d'une part, à assurer que carburant, biens humanitaires et denrées alimentaires puissent arriver au Yémen, par le port de Hodeïdah, en quantité suffisante et sans entrave, et, d'autre part, à mettre en place un mécanisme permettant de transférer les recettes portuaires aux fins du paiement des salaires des fonctionnaires, sur la base des données relatives aux rémunérations de 2014. Le groupe, se déclarant inquiet des conséquences humanitaires de la pénurie de carburant dans le nord du Yémen, a souligné qu'il importait de veiller à ce que la population civile puisse régulièrement accéder à des approvisionnements suffisants en carburant et autres biens essentiels. Il a également réaffirmé son soutien au mécanisme de vérification et d'inspection des Nations unies pour le Yémen.
  7. À la suite de la note sur les risques pour la sécurité alimentaire publiée le 4 septembre par le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires (en référence à la résolution 2417 du Conseil de sécurité des Nations unies), le groupe a constaté que les indicateurs économiques et humanitaires indiquent une aggravation de l'insécurité alimentaire, et que le risque de famine est réel cette année au Yémen en cas de perturbation prolongée des importations de denrées alimentaires ou d'entraves à la distribution de celles-ci,risque exacerbé par l'épidémie de COVID-19..  À cet égard, le groupe se déclare profondément préoccupé par le fait que le plan d'intervention humanitaire mis en place par les Nations unies n'a reçu que 30 % des fonds dont il a besoin cette année. Il a remercié le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suède, le Koweït et l'UE, qui ont engagé, depuis la conférence des donateurs du 2 juin, des fonds supplémentaires aux fins du plan d'intervention humanitaire des Nations unies, pour un montant total de plus de 350 millions de dollars. Afin d'éviter la famine, le groupe a invité tous les donateurs à verser immédiatement les engagements existants et à envisager de nouvelles contributions. Il a également discuté de l'influence déterminante de l'effondrement économique sur l'aggravation du risque de famine et a demandé aux partenaires du Yémen d'envisager toutes les mesures qui permettraient de renforcer l'économie, y compris des injections régulières de devises étrangères dans la Banque centrale et des mesures visant à encourager des importations massives de biens commerciaux essentiels transitant par tous les ports du Yémen. Dans ce contexte, le groupe a rappelé la nécessité de s'attaquer aux principaux facteurs de la crise humanitaire actuelle et a évoqué les efforts de coordination actuellement déployés par l'UE, l'ONU et la Banque mondiale à cet effet.
  8. Le groupe s'est déclaré conscient que les entraves et atteintes aux opérations d'aide humanitaire continuent à poser des problèmes d'une difficulté extrême, en particulier dans le nord du Yémen. Si le groupe a pris acte des premiers pas fait par les Houthis, il n'en reste pas moins que, dans l'ensemble, des progrès plus importants sont nécessaires pour permettre aux organisations humanitaires de continuer à fournir une aide vitale à des millions de personnes vulnérables dans tout le pays. Il a ainsi appelé les parties yéménites à faciliter un accès complet, sûr et sans entrave de l'aide humanitaire à toutes les personnes dans le besoin, et a instamment demandé aux donateurs potentiels qui ont fait d'importantes contributions par le passé d'intensifier l'aide humanitaire en faveur de l'intervention menée par les Nations unies.
  9. Le groupe s'est également déclaré conscient de la grave menace que représente le pétrolier Safer, dont l'état désastreux risque de provoquer une catastrophe environnementale, économique et humanitaire au Yémen et dans la région, et il a invité les Houthis à faciliter d'urgence un accès inconditionnel et sûr aux experts de l'ONU pour qu'ils mènent une mission d'évaluation et de réparation.
  10. Le groupe attend du Conseil de sécurité qu'il réexamine les progrès réalisés lors de la prochaine session et est convenu de se réunir à nouveau au niveau des hauts fonctionnaires dans un délai de six mois. Enfin, il s'est réjoui que l'Allemagne ait offert d'accueillir une telle réunion à Berlin.
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