Stratégie globale de l’UE

Cérémonie d'ouverture de la conférence "Procédures du CEDAW à l'égard des femmes: les enjeux pour Maurice"

Mauritius , 29/01/2020 - 09:23, UNIQUE ID: 200129_5
Speeches of the Ambassador

Madame Nicole Ameline, membre  du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et ancienne Ministre de la Parité et de l'Égalité professionnelle de la République française

Monsieur Dheerujlall Seetulsingh S.C, Président de la Commission Nationale des Droits Humains (NHRC) de la République de Maurice

Mon Cher Collègue, Monsieur Emmanuel Cohet, Ambassadeur de la République de France

Représentants des Ministères et autres organisations étatiques

Les membres du judiciaire

Les représentants de la presse

Distingues invités

Mesdames et Messieurs

 

Bonjour à tous.

Les conventions internationales relatives aux droits humains sont des instruments fondamentaux pour la protection de ces droits partout dans le monde. 

Aussi suis-je ravi d'accueillir parmi nous aujourd'hui Madame Nicole Ameline, membre du très important Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.  Madame Ameline est une personnalité reconnue sur le plan international pour son engagement en faveur des droits des femmes. Je remercie donc chaleureusement Madame Ameline pour sa présence parmi nous. Votre expérience et votre dévouement Madame à cette cause nous seront, j'en suis certain, extrêmement utiles au cours des débats d’aujourd’hui à Maurice.

Je remercie également Monsieur Seetulsingh, Président de la Commission Nationale des Droits de l'Homme qui a pris l'initiative d'inviter Madame Ameline pour animer une série de conférences sur la discrimination envers les femmes. Monsieur Seetulsingh, votre démarche est le signe que la discrimination envers les femmes est une préoccupation importante des autorités comme de la société en général. Dans son discours programme vendredi dernier le Président de la République a d’ailleurs insisté sur l’importance des valeurs dans la société, et en particulier sur la question de l’égalité de genre.

Ce cycle de conférences lancé aujourd’hui nous donne les moyens de continuer à porter la question de discrimination à l'égard des femmes dans le débat public. C'est absolument fondamental. Il nous permet ainsi de mobiliser toutes les énergies pour lutter contre cette discrimination:

  • Tout d'abord, celles des ministères. Je me souviens que la Ministre de l'Egalité de Genre et du Bien être de la Famille était à mes cotés le 23 novembre dernier, lors la marche silencieuse dans les rues de Port Louis pour alerter sur les violences faites aux femmes. La participation de la Ministre à cette marche et ses initiatives (l’observatoire des violences) et prises de positions claires, sont la marque de son engagement et de sa détermination. Tous ici nous l'en remercions.
  • Ensuite, je veux saluer la mobilisation des services, notamment de police et de justice, en charge de faire appliquer et respecter les lois. Votre rôle est fondamental en tant que gardiens de l’état de droit et du respect des droits de l'homme; c’est vous qui allez protéger les victimes et de leur rendre justice.
  • Je salue aussi la mobilisation des organisations de la société civile; vous travaillez chaque jour, au quotidien, au plus près des communautés. Je voudrais ici souligner le travail remarquable que ces organisations réalisent pour la prévention et le soutien aux femmes et aux filles. Mais aussi comme force de proposition à partir des observations de terrain réalisées.
  • Enfin je salue la mobilisation de l'ensemble des citoyens: nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas rester indifférents devant la souffrance ou quelque peu détachés des cas de violences, souvent à l'issue tragique, dont nous prenons chaque semaine connaissance dans les medias

Il est de notre devoir à tous de contribuer à la réalisation de l'objectif de développement durable numéro 5 consacré à l'égalité du genre, un objectif porté par les Nations Unies et sur lequel l'ensemble de la communauté internationale s'est engagée il y a 5 ans.

Un mot sur les relations entre l'UE et le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (plus connu je crois sous son acronyme anglais CEDAW) est l’instrument international le plus complet visant à protéger les droits humains des femmes; c’est le deuxième traité onusien de défense des droits humains le plus ratifié (par 189 nations), après la Convention relative aux droits de l’enfant.

En signant/ratifiant la Convention les Etats parties s'engagent à mettre en œuvre toutes les mesures possibles pour lutter contre la discrimination à l'égard des femmes.

Cette convention a fêté ses quarante ans en 2019 mais elle reste toujours d'actualité et n'a pas pris une ride!

Tous les Etats membres de l'Union européenne ont signé et ratifié cette convention. Nos politiques européennes sont fondées sur l'égalité entre les hommes et les femmes.  Cette question a été posée dès l'origine de la construction européenne: dès 1958, les Traités communautaires font référence à l'égalité du genre. Il a fallu du temps et beaucoup d’énergie pour que les situations changent, mais les évolutions sont là (Mme Ursula Von Der Leyen – Présidente de la Commission Européenne et Mme Lagarde en sont des illustrations marquantes) et le processus se poursuit, car il reste beaucoup à faire, même en Europe.

Si l'Union européenne et ses Etats membres sont engagés à faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité en Europe, ce principe anime aussi notre action extérieure. L'Union européenne se mobilise et travaille avec les gouvernements, la société civile et d'autres partenaires pour promouvoir l'autonomisation des femmes, et lutter contre la violence et contre toute forme de discrimination envers les femmes et les filles. En 2018, l'UE et les Nations unies ont lancé l'initiative Spotlight, un ambitieux partenariat pour éliminer toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles. L'UE s’engage politiquement et financièrement dans cette initiative de portée mondiale en y consacrant un demi milliard d'euros pour mener des projets sur tous les continents (en Afrique, en Asie et en Amérique Latine) parce qu’il s’agit d’un fléau mondial et d’un frein au développement y compris économique de la société.

Alors quelle importance a le CEDAW pour Maurice?

Qu'en est-il de la République de Maurice?

Maurice a ratifié la convention internationale pour l'élimination de toute forme de discrimination contre les femmes (CEDAW) dès 1979 - année de son adoption par les Nations Unies.  Maurice était ainsi parmi les premiers pays à le faire! 

Cela démontre l'importance de ce sujet déjà à cette époque. Mais si la ratification rapide de la convention est absolument remarquable, il semble par contre que toutes les provisions de la convention ne sont à ce jour pas totalement appliquées par Maurice.

A l'occasion de l'examen du rapport périodique de Maurice sous le CEDAW en 2018, les Nations Unies ont d’ailleurs appelé Maurice à domestiquer la convention à travers les lois mauriciennes. 

En effet le système juridique mauricien impose la nécessité de suivre un processus de domestication des conventions internationales; celles-ci pour être d’application, doivent être retranscrites dans les lois locales.  Ce processus westminsterien est différent de celui qui existe en Europe continental qui reconnaît la hiérarchie des normes et n’impose pas cette retranscription pour que le citoyen puisse se prévaloir des droits issus des conventions internationales.

Traduire l'ensemble des provisions du CEDAW au niveau local permettrait à Maurice de couvrir toutes les sphères dans lesquelles les femmes font face à la discrimination, notamment au niveau économique, social et politique et ainsi d'être à la hauteur des engagements pris dès 1979!

On peut relever qu’à l'occasion de l'Examen Périodique Universel de 2018, Maurice a reçu plus d'une trentaine de recommandations sur l'amélioration de la condition de la femme et sur la lutte contre la violence contre les femmes et contre la discrimination.  Toutes ces recommandations ont été acceptées par Maurice, et je tiens à féliciter le gouvernement a cet égard. 

Mais la question  qui reste posée est la suivante: qu'en est-il de la mise en œuvre de ces recommandations? Nul doute que ce thème sera abordé lors de notre conférence ce matin et je suis impatient d'entendre les discussions.

Comment l'Union européenne peut-elle soutenir l’état Mauricien dans ce contexte?

La Ministre de l'Egalité de Genre et du Bien être de la Famille et le Premier Ministre ont déjà annoncé un 'Gender Equality Bill' pour la rentrée parlementaire.  Je ne peux que me réjouir et les féliciter de cette impulsion donnée. 

Comme vous le savez l'Union européenne a appuyé le gouvernement mauricien dans l'élaboration d'un Gender Equality Bill depuis 2018.  Ce projet de loi a fait l'objet de plusieurs consultations avec les partenaires et la société civile.  Ces consultations ont abouti à l'élaboration de propositions importantes qui, je l’espère, seront utiles pour franchir cette étape parlementaire.

Cette loi permettrait de moderniser le cadre juridique et de donner l’opportunité aux femmes de s'affirmer économiquement, politiquement et socialement.

Ce serait aussi un élément déterminant pour donner une impulsion nouvelle à notre dialogue politique que nous menons stimuler depuis 2018 avec le gouvernement sur la question de genre et auquel participent également plusieurs Ministères.

Cette loi donnerait aussi un élan nouveau à tous les projets que nous menons ici à Maurice pour lutter contre la discrimination à l'égard des femmes, améliorer la participation des femmes dans la vie politique et prévenir les violences contre les femmes.

Parmi ces projets il y a bien sur celui de "Promotion des droits de l'homme à Maurice et à Rodrigues" mis en œuvre par la Commission Nationale des Droits de l'Homme et qui nous réunit aujourd’hui; il a pour but de sensibiliser plus de 20.000 personnes sur les droits de l'homme d'ici fin 2020.  Depuis son lancement en 2018, ce sont  plus de 10 000 personnes y compris des jeunes (âgés de 10 à 20 ans), des femmes et des personnes âgées  qui ont déjà été sensibilisés sur leurs droits.

L'objectif est de les informer au sujet des violations des droits de l'homme et des instances auxquelles il est possible de faire appel si les droits ne sont pas respectés.

La discrimination à l'égard des femmes, et les violations des droits de l'homme, sont encore, malheureusement, trop souvent une réalité à travers le monde, y compris au sein de l'Union européenne.

Pour lutter la discrimination et toute forme de violation des droits humains, il faut inlassablement continuer à former et à sensibiliser l'ensemble des acteurs et tous les citoyens sur les droits de l'homme et sur leur importance.

Il faut continuer également à porter le sujet dans le débat public et ainsi contribuer à libérer la parole et à mieux protéger les victimes.

Il faut une action collective forte pour que les actions des uns et des autres, mises ensemble, fassent une réelle différence dans la vie des femmes et des filles et posent les bases, pour toutes les générations futures, d'une société plus juste ou chaque individu, quel qu'il soit, ait sa place.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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