European Union External Action

Déclaration commune des ministres des affaires étrangères et de la défense du groupe restreint élargi de la coalition internationale de lutte contre l'EI/Daech

Bruxelles, 22/07/2016 - 00:00, UNIQUE ID: 160722_03
Statements on behalf of the EU

Les ministres des affaires étrangères et de la défense du groupe restreint de la coalition de lutte contre l'EI (Daech), de la coalition militaire et des membres qui ont apporté d'importantes contributions non militaires se sont réunis aujourd'hui à Washington à l'invitation du Secrétaire d'État américain John Kerry et du Secrétaire à la défense américain Ash Carter pour dynamiser et accélérer la campagne qui est menée sur de multiples fronts pour défaire Daech en Iraq et en Syrie. Le groupe restreint de la coalition a également affiné son approche commune à l'égard des groupes qui se réclament de Daech en Libye et dans d'autres régions du monde, renforçant sa détermination commune à contrer les ambitions terroristes mondiales de l'organisation. Nous nous trouvons à un tournant dans la campagne visant à conduire Daech à la défaite de manière durable et irréversible. Les attentats de Nice, de Bagdad, de Dhaka Rukban, d'Istanbul et de Qaa, ainsi que ceux qui les ont précédés, n'ont fait que renforcé notre ferme volonté commune d'en finir avec Daech et l'idéologie toxique qui inspire ses partisans et sympathisants.

Nous nous félicitons des progrès que les forces iraquiennes et les forces de l'opposition modérée en Syrie n'ont cessé de réaliser pour empêcher Daech d'accéder à des territoires, des routes d'approvisionnement et des ressources. Appuyées par les opérations aériennes de la coalition, les forces iraquiennes ont progressivement remonté la vallée de l'Euphrate, libérant Falloujah and Hit, et reprenant Routbah pour sécuriser l'autoroute reliant l'Iraq et la Jordanie, laquelle est importante sur le plan économique. L'Iraq a lancé des opérations simultanées dans la vallée du Tigre, reprenant des zones stratégiquement importantes près de Qaiyara et avertissant Daech que la reconquête de Mossoul n'était qu'une question de temps. Les forces de la coalition syrienne arabe ont réalisé des avancées significatives à Manbij et dans ses alentours et ont libéré d'autres villes de la région. Libérer la région de Manbij de Daech reste une tâche essentielle de la coalition, qui nécessite d'apporter une aide soutenue à la coalition syrienne arabe et aux forces de l'opposition syrienne modérée, y compris celles qui se trouvent dans les environs de Mara'a. Les forces de l'opposition syrienne modérée ont progressé au sud de Shaddadi, séparant un peu plus les fiefs de Daech que sont Raqqa et Mossoul. Daech est également sous pression à l'ouest et au sud de Raqqa, où il s'emploie à repousser des offensives dont il est la cible de toutes part. La dynamique qui s'est engagée impose d'exercer une pression militaire encore plus importante sur cet objectif stratégique.

Pour faire en sorte que les victoires militaires entraînent la défaite irréversible de Daech, nous nous attachons à mettre en œuvre une approche globale intégrée pour cette campagne. La formation et le soutien des forces iraquiennes et syriennes qui sont à nos côtés sont des éléments essentiels de cette approche. Nous nous efforçons aussi de réduire l'impact des opérations militaires sur les civils, tout en préparant le terrain pour relever les défis humanitaires et stabiliser rapidement les communautés libérées. Comme les opérations militaires prennent de l'ampleur et s'intensifient, nous appelons à redoubler d'efforts pour protéger les civils qui se trouvent dans les zones de conflit et ceux qui les fuient, en sécurisant les routes et en empêchant que des exactions ne soient commises pendant et après les hostilités, dans le plein respect du droit international humanitaire et des principes relatifs aux droits de l'homme qui sont applicables. Les milices populaires et groupes analogues opérant en Iraq devraient être contrôlés de près par le gouvernement iraquien. Tout doit être mis en œuvre pour éviter les arrestations arbitraires et les irrégularités dans les procédures de contrôle, tout en veillant à ce que les auteurs d'infractions rendent compte de leurs actes.

Nous soutenons la décision du Premier ministre Abadi de mettre en place une commission chargée d'enquêter sur les crimes qui auraient été commis à l'encontre de civils fuyant des zones libérées, ainsi que la détermination du gouvernement à traduire en justice leurs auteurs. Dans la perspective des avancées qui vont être réalisées à Mossoul, les membres de la coalition se tiennent prêts à soutenir un processus de planification placé sous la direction de l'Iraq et portant sur les opérations militaires, l'aide humanitaire, les programmes de stabilisation et la gouvernance à mettre en place après la libération, auquel prennent part des acteurs de premier plan du gouvernement iraquien, des communautés locales et des organisations internationales concernées.

Daech continue de connaître d'autres revers importants. Il a perdu plusieurs de ses responsables à un rythme élevé ainsi qu'un grand nombre de combattants. Le nombre de nouvelles recrues a atteint son niveau le plus bas depuis le début du conflit. Ses ressources diminuent dans la mesure où il perd du terrain et que les frappes aériennes de la coalition réduisent sa production de pétrole et détruisent des dizaines de millions de dollars entreposées par ses soins dans des coffres de banques et en d'autres endroits. Soumis à une pression financière croissante, Daech a réduit de moitié le salaire de ses combattants dans certaines régions et se livre désormais à une "taxation" de plus en plus arbitraire et à des extorsions, ce qui met davantage à mal sa crédibilité et son attrait vis-à-vis des recrues. Daech recourt de plus en plus à la conscription pour garnir ses rangs et a plus de mal à monter des opérations militaires.

Nous restons vivement préoccupés par l'augmentation des besoins humanitaires dans les zones touchées par le conflit en Iraq et en Syrie. Nous saluons la générosité manifestée par les communautés d'accueil dans les pays voisins, et celle dont ont fait preuve les donateurs lors de la conférence de Londres de février 2016 et des trois conférences précédentes organisées par le Koweït, lesquels ont tous contribué à répondre aux immenses besoins humanitaires des Syriens. Nous continuerons à exiger un accès total et sans entrave pour l'aide humanitaire sur tout le territoire syrien. Les besoins urgents des civils en Iraq, dont il est fait état dans le plan d'aide humanitaire pour l'Iraq de 2016 adopté par les Nations unies, requièrent également un financement vital et un regain d'efforts, reposant sur des principes, afin de garantir protection et accès humanitaire. La situation des communautés assiégées et des zones difficiles d'accès appelle toujours une réponse internationale concertée. Nous demandons à tous les membres de la communauté internationale de continuer à répondre aux besoins humanitaires de l'Iraq en 2016, à hauteur des contributions extraordinaires faites lors de la conférence des donateurs du 20 juillet 2016. Nous notons avec inquiétude que les opérations militaires visant à libérer Mossoul, deuxième plus grande ville d'Iraq, et le déplacement d'un million de personnes maximum qui pourrait en résulter sont susceptibles d'entraîner une augmentation des besoins humanitaires telle que même les ressources promises récemment ne suffiraient pas.

Nous convenons de la nécessité de stabiliser rapidement les zones dévastées par Daech. La sûreté publique et la stabilisation immédiate au sein des communautés libérées sont des priorités absolues de notre coalition. Les récentes avancées militaires s'accompagnent d'une augmentation du nombre de personnes ayant besoin d'une aide pour se rétablir, en particulier dans les zones peuplées d'Iraq. Saluant les contributions essentielles faites par de nombreux membres de la coalition lors de la conférence des donateurs pour l'Iraq qui s'est tenue le 20 juillet, nous demandons instamment qu'un soutien continue d'être apporté au mécanisme de financement pour la stabilisation immédiate mis en place par les Nations unies ainsi qu'au nouveau mécanisme de financement créé par celles-ci pour la stabilisation étendue, dont l'objet est d'aider les partenaires locaux à améliorer les conditions qui permettent d'assurer un retour volontaire, durable, en toute sécurité et dans la dignité des habitants et de favoriser le redressement économique de leurs communautés. Nous continuerons de soutenir le programme visant à former davantage de policiers iraquiens, mené sous la direction du gouvernement italien, sachant qu'il est indispensable d'augmenter substantiellement le nombre de stagiaires. Nous convenons que l'évacuation des débris de guerre dans les zones libérées, la formation des services de police à la sécurisation des communautés locales et la prise en compte des besoins et rôles divers des femmes, des hommes, des enfants, des jeunes et des personnes âgées au niveau local constituent des conditions préalables au retour des populations déplacées et à un redressement durable. Une gouvernance locale légitime et inclusive est également essentielle pour la stabilité.

Nous appuyons sans réserve les efforts déployés par le Premier ministre, M. al-Abadi, et le gouvernement iraquien pour vaincre Daech et faire en sorte que l'Iraq trouve le chemin de la stabilité et de la prospérité, grâce notamment à réformes institutionnelles. Nous réaffirmons notre soutien à l'action menée par le gouvernement iraquien pour traiter les questions de gouvernance, améliorer les services publics, réduire la corruption, décentraliser certaines autorités fédérales et garantir les droits de tous les Iraquiens, quelles que soient leur religion, leur confession et leur appartenance ethnique. Alors que la campagne contre Daech progresse, nous continuerons d'appuyer les efforts accomplis par le gouvernement iraquien pour accélérer la réconciliation nationale et consolider les fondements politiques de l'État de droit, de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité pour tous les Iraquiens, dans le plein respect de l'unité, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Iraq. Pour garantir une victoire durable sur Daech, nous devons continuer à encourager des politiques d'ouverture à toutes les parties, à tous les niveaux du gouvernement iraquien.

Nous insistons sur le soutien que nous apportons aux cadres internationaux (les résolutions 2178, 2199 et 2253 du Conseil de sécurité des Nations unies), conjointement avec des instances telles que le Forum mondial de lutte contre le terrorisme et le Groupe d'action financière, pour empêcher les déplacements des membres de Daech et des combattants terroristes étrangers, ainsi que le financement de l'organisation terroriste et le trafic et le commerce illicite auxquels elle s'adonne. Nous continuerons à renforcer notre coopération, y compris avec Interpol, afin de repérer et de surveiller les combattants terroristes étrangers, y compris ceux qui reviennent des zones de conflit, et de leur imposer des mesures d'interdiction, tout en démantelant les réseaux d'appui logistique. Nous sommes également déterminés à empêcher Daech de générer, de transférer et d'utiliser des fonds, en nous appuyant sur le succès de nos efforts coordonnés pour réduire ses revenus. Nous sommes résolus à écarter totalement Daech des circuits financiers internationaux et à supprimer tous les liens financiers existants avec ses entités affiliées en dehors de l'Iraq et de la Syrie. Nous continuerons de nous fonder sur les résolutions 1267, 1989 et 2253 du Conseil de sécurité des Nations unies pour imposer des sanctions aux personnes qui soutiennent Daech. Nous saluons les contre-discours innovants des partenaires de la coalition pour lutter contre l'idéologie violente de Daech et la propagande qui la promeut. Nous continuerons d'œuvrer ensemble, de manière proactive, pour mettre à mal la vision violente du monde de Daech et pour renforcer la résilience face à ses tentatives d'influencer les opinions publiques mondiales. À cet égard, nous encourageons les membres de la coalition à collaborer avec des entités du secteur privé et des entités opérant au niveau des collectivités afin de lutter contre l'endoctrinement de Daech et d'empêcher que l'organisation ne tire parti du cyberespace pour commettre des actes de terrorisme.

Compte tenu de la complexité de la menace que représente Daech, de la volonté commune de vaincre durablement cette organisation terroriste, ainsi que du nombre croissant d'attaques perpétrées par Daech ou des recrues du terrorisme endogène inspirées par son idéologie, nos gouvernements doivent accélérer les efforts déployés pour renforcer la coordination et l'échange d'informations, entre eux et au niveau national. Conscients de la nécessité d'œuvrer en collaboration plus étroite pour lutter contre les réseaux terroristes internationaux, les nations ont été invitées ici, aujourd'hui, à participer à une discussion entre services compétents pour améliorer l'échange d'informations. Notre objectif partagé est de prévenir les attentats terroristes, en portant une attention particulière et immédiate à la menace que représente Daech pour nos pays et nos modes de vie. Dans ce contexte, nous nous félicitons qu'Interpol ait rejoint la coalition. Nous prenons note des mesures positives que les gouvernements ont déjà prises et qui ont permis d'enregistrer une hausse de 400 % du nombre de profils de combattants terroristes étrangers partagés par l'intermédiaire d'Interpol au cours des deux dernières années. Nous appelons toutes les nations à fournir à Interpol des données sur les combattants terroristes étrangers, dans le respect des législations nationales.

La coalition se tient aux côtés du peuple syrien et soutient une véritable transition politique, fondée sur le communiqué de Genève de 2012 et la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, dans le but de former un gouvernement inclusif, pluraliste et non confessionnel qui représente la volonté de tous les Syriens. Un règlement politique négocié du conflit est indispensable pour parvenir à vaincre Daech. Rappelant le calendrier fixé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies en vue d'une transition politique, nous engageons toutes les parties, en particulier le régime syrien, à respecter pleinement la cessation des hostilités, à réduire la violence et à s'attacher à mettre un terme au conflit. Nous condamnons la violence aveugle dont est victime la population civile, qu'elle soit perpétrée par le régime, Daech, le Front Al-Nosra ou d'autres groupes armés. Nous affichons un front uni pour exiger qu'il soit mis fin aux bombardements aveugles du régime syrien et à ses entraves à l'accès de l'aide humanitaire, et nous demandons que le régime respecte totalement, immédiatement et sans équivoque la résolution 2254 et toutes les autres résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies. Ces actions vont à l'encontre du consensus international en faveur de la cessation des hostilités et empêchent la reprise du processus de négociation placé sous l'égide des Nations unies. Nous appelons toutes les parties à faire preuve d'une attitude constructive en faveur du dialogue politique mené sous les auspices des Nations unies, car il s'agit du seul moyen d'instaurer la paix et de préserver l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie. Nous sommes prêts à accélérer les préparations en vue d'une action de stabilisation, de réhabilitation et de relèvement en Syrie, ainsi que du retour des réfugiés syriens et des personnes déplacées, lorsque les parties parviendront à un règlement politique.

En Libye, nous sommes disposés à apporter notre aide au gouvernement d'entente nationale, s'il en fait la demande, et nous soutiendrons les efforts qu'il déploie pour placer les forces militaires et de sécurité sous son contrôle afin de vaincre Daech et d'instaurer la paix, la sécurité et l'État de droit pour le peuple libyen, dans un pays uni et souverain. Nous nous félicitons des succès remportés par le gouvernement d'entente nationale pour lutter contre Daech et faire en sorte que l'organisation ne contrôle plus qu'une zone limitée de la ville de Syrte. Nous reconnaissons la nécessité d'intensifier les efforts de coordination entre les forces militaires et les forces de sécurité libyennes légitimes dans la lutte contre Daech et d'autres groupes terroristes désignés par les Nations unies sur l'ensemble du territoire libyen, y compris à Benghazi, Derna et Sabratha, et nous nous félicitons des progrès accomplis pour faire reculer Daech dans ces régions. Nous continuerons à prêter attention à la Libye et à la menace que Daech fait peser sur ce pays et ses voisins.

Conscients des nombreux défis posés par Daech dans diverses régions, nous restons déterminés à maintenir la dynamique de la coalition internationale et attendons avec intérêt la prochaine réunion du groupe restreint des directeurs politiques, qui doit se tenir à Berlin en novembre 2016.

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