CDH 46 - Déclaration de M. Josep Borrell au nom de l’UE à la 46e session du CDH

Geneva, 23/02/2021 - 14:51, UNIQUE ID: 210223_34
Statements on behalf of the EU

Madame la Présidente, Madame la Haute Commissaire, chers collègues,

Il y a un an, le Secrétaire général Antonio Guterres se tenait devant cette assemblée et appelait à agir pour les droits humains. Si son appel était légitime à l’époque, l’urgence du défi n’a pas changé. Partout dans le monde, alors que fait rage une crise sanitaire mondiale de grande ampleur, les droits humains et la démocratie sont menacés. 

Dans de nombreux endroits, la pandémie de COVID-19 a accéléré l’usure du tissu démocratique. Des gouvernements censurent des journalistes, manipulent l’information, emprisonnent des manifestants pacifiques, s’en prennent aux défenseurs des droits humains et rognent les droits des femmes. Nous avons vécu des tentatives de fragilisation de la Cour pénale internationale, la juridiction de dernier ressort, à laquelle nous confions la mission de faire répondre les pires criminels de leurs actes.

Nous avons tous le devoir d’en faire davantage pour les droits humains. L’Union européenne prend sa part de l’effort. Nous venons de lancer la mise en œuvre d’un nouveau plan d’action de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Et pour renforcer encore notre action collective, nous avons créé un régime mondial de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme.

Madame la Présidente,

en plusieurs endroits du globe, les droits humains et la démocratie sont confrontés à des défis de taille. Des manifestants de tous âges sont descendus dans la rue en Biélorussie, en Russie, au Chili, au Liban et à Hong Kong pour défendre leurs libertés et refuser l’injustice. 

Nous avons été témoins d’une répression inacceptable exercée contre des manifestants pacifiques en Russie.

L’Union européenne dénonce la décision des autorités russes de condamner M. Navalny; il s’agit d’une décision inacceptable qui est motivée par des raisons politiques. Nous déplorons les nombreuses détentions et l’usage disproportionné de la force contre des manifestants et des journalistes. Nous rejetons les pressions juridiques dont font l’objet la société civile indépendante, les défenseurs des droits humains et les voix politiques indépendantes. Ces restrictions sont contraires aux obligations qui incombent à la Russie en vertu de la législation internationale en matière de droits humains. Dans tous nos pays, chacun doit pouvoir exprimer un avis divergent et exercer son droit de manifester sans crainte d’être réprimé.

Nous nous réjouissons de l’attention accordée par cette assemblée à l’aggravation de la situation en matière de droits humains en Biélorussie après l’élection présidentielle. L’Union européenne condamne la violence disproportionnée exercée par les autorités de l’État contre des manifestants pacifiques, et notamment l’usage systématique de la torture. L’Union européenne demande que tous les cas présumés de violations et d’abus fassent l’objet d’une enquête approfondie et transparente.

Permettez-moi également de réitérer l’appel lancé par l’Union européenne à la Chine pour qu’elle se conforme aux obligations qui lui incombent en vertu du droit national et international de respecter et de protéger les droits humains, notamment les droits des personnes appartenant à des minorités dans le Xinjiang, au Tibet et en Mongolie intérieure. Nous appelons une nouvelle fois la Chine à accorder aux observateurs indépendants, et notamment à la Haute Commissaire Bachelet, un accès effectif au Xinjiang. Il s’agit d’une condition indispensable pour permettre une évaluation indépendante, impartiale et transparente des graves préoccupations de la communauté internationale. Je renouvelle également notre invitation à la Chine à respecter les libertés fondamentales, l’état de droit et les principes démocratiques à Hong Kong, et à garantir le degré élevé d’autonomie dont jouit la région en vertu du principe «un pays, deux systèmes».

La situation au Tigré, en Éthiopie, est alarmante. L’accès humanitaire à cette région doit être total et sans restrictions. Ce n’est pas une exigence de l’UE, c’est une règle de droit international. Au Myanmar/en Birmanie, le coup d’État militaire constitue une violation évidente de la constitution du pays et une tentative inacceptable de nier la volonté démocratique du peuple du Myanmar/de Birmanie. Nous appelons à un rétablissement immédiat du gouvernement civil légitime. La démocratie doit l’emporter.

Madame la Présidente,

permettez-moi de souligner que nous soutenons fermement l’action de la Haute Commissaire Bachelet et les travaux du Conseil des droits de l’homme. Il va de soi que tous les membres du Conseil doivent respecter, protéger, faire appliquer et promouvoir les droits humains. Et le Conseil lui-même devrait être un endroit sûr. Les représailles contre celles et ceux qui participent à nos sessions ou coopèrent avec le système des Nations unies ne sauraient être tolérées.

Madame la Présidente,

le monde a besoin d’une voix forte sur le chapitre des droits humains alors que nous nous efforçons de reconstruire après la pandémie de COVID-19. Le Conseil des droits de l’homme doit continuer de défendre les droits des victimes, de répercuter la voix de ceux qui subissent des discriminations et d’exiger que les violations, où qu’elles se produisent, ne restent pas impunies.

L’Union européenne se tient prête à prendre sa part, et nous comptons sur d’autres pour s’unir à nous dans cet effort.

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