European Union External Action

Discours de l'Ambassadeur à la cérémonie de lancement du programme "Appui à la Décentralisation et aux Initiatives Locales (ADIL)".

Djibouti, 17/09/2020 - 13:54, UNIQUE ID: 200917_6
Speeches of the Ambassador

Cérémonie de lancement du programme « Appui à la décentralisation et aux initiatives locales » Dikhil, le 17 septembre 2020

Merci de m’avoir invité à participer à ce lancement aujourd’hui.

C’est la première fois que je me rends à Dikhil et je désire remercier le Préfet, le Président du conseil régional, tous les conseillers régionaux et les acteurs locaux pour leur accueil très chaleureux.

Je suis arrivé à Djibouti il y a exactement un an et je suis un peu gêné d’admettre que, jusqu’à présent, je n’ai guère eu l’occasion d’aller en province. Les inondations en novembre puis, bien sûr, le confinement dû au Covid-19 ont rendu les déplacements problématiques mais j’espère vraiment que l’année à venir sera plus clémente pour nous tous et que je pourrai régulièrement visiter chaque région de votre beau pays.

J’ai le plaisir de me trouver aujourd’hui en compagnie de mes collègues de la Délégation de l’Union européenne, de l’Ambassadeur de France, Arnaud Guillois, et son équipe. Le programme que nous lançons aujourd’hui est financé par l’Union européenne mais rappelons-nous bien que l’Union européenne ne serait rien sans la contribution des contribuables français, allemands et de tous ceux des autres Etats membres. Tout ce que nous entreprenons, nous le faisons dans un esprit d’équipe, c’est la  “Team Europe”.

La France, en l'occurrence, a déjà largement investi dans la décentralisation à Djibouti et comme vous le savez Expertise France est notre partenaire opérationnel dans ce programme.

En arrivant à Djibouti il y a un an, j’ai été heureux de découvrir la Croix de Lorraine qui s’élève en face de l’Ambassade de France. Isabelle, ma femme, vient d’un petit village lorrain proche de Nancy et elle en est fière. 

Elle a donc cru que l’Ambassadeur de France l’avait érigée pour lui souhaiter la bienvenue. Tout le monde le sait, l’Ambassadeur de France est très gentil mais hélas ce n’est pas pour accueillir ma femme que cette croix a été construite. L’Ambassadeur m’a expliqué qu’elle avait été placée à cet endroit en souvenir de la fameuse visite du Général de Gaulle à Djibouti en septembre 1966.

Une chose entraînant l’autre, je me rappelais alors de la visite du Président Charles de Gaulle en Irlande, mon propre pays. C’était en juin 1969 et il venait de démissionner de ses fonctions de Président.

Vous devez sans doute vous demander pourquoi je passe tant de temps aujourd’hui à vous parler de ma femme, de la Croix de Lorraine et de la visite de de Gaulle en Irlande. La raison en est que le Président venait de démissionner parce qu’il avait perdu un référendum et, faut-il le préciser, le référendum portait sur la création de régions et sur la réforme du Sénat. Entre parenthèses, ce référendum du 27 avril 1969 fut le sujet du mémoire de DEA écrit par un autre Président français, Nicolas Sarkozy cette fois-ci.

Toutes ces informations vous seront bien utiles si vous avez l’intention de participer à Questions pour un Champion, mais je vous en parle parce qu’elles démontrent comme il est difficile de mener à bien une décentralisation efficace, que ce soit en France, en Europe ou à travers le monde.

Vous avez récemment entendu parler de la polémique soulevée aux Etats-Unis suite à la décision du Président Donald Trump d’envoyer la garde nationale américaine pour rétablir l’ordre dans certains états, alors que les Gouverneurs de ces états lui avaient assuré qu’ils n’en avaient pas besoin. Ces polémiques remontent aux premiers temps de l’Union américaine quand des civils autodidactes, les “minutemen”, avaient décidé de s’approprier le contrôle de l’ordre et de la loi au niveau local.

Cela peut nous paraître bizarre aujourd’hui mais à la même époque la notion d’assemblée municipale ou « town hall » (en anglais) voyait le jour. Ces structures sont toujours présentes de nos jours et dans le cadre de la Constitution américaine elles jouent un rôle très important.

On connaît bien ce type de tensions au sein même de l’Union européenne. C’est après des décennies de débats que le principe de subsidiarité a été introduit dans nos traités. En vertu du principe de subsidiarité, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local.

Quand on parle des institutions européennes, on pense généralement en premier à la Commission, au Conseil, au Parlement et à la Cour de Justice. Mais il y a une autre institution : le Comité des régions.

Le Comité européen des régions regroupe les représentants des collectivités locales et régionales et leur donne la parole dans le cadre de la politique régionale européenne.

Si je regarde vos voisins de la Corne d’Afrique, je remarque que la question du partage des pouvoirs entre le centre et les régions est omniprésente.

Je n’ai pas besoin de vous parler des préoccupations qui existent en Somalie entre le gouvernement fédéral et les Etats membres fédéraux. Au Kenya, le projet “building bridges initiative” traite de nombreux sujets, parmi lesquels celui de l’équilibre du pouvoir entre le gouvernement central et les régions. L’histoire du Soudan depuis sa fondation a été marquée par la lutte entre Khartoum et les périphéries. Et comme vous le savez, le concept d’un fédéralisme ethnique qui est au cœur de la constitution éthiopienne, est encore à l’heure actuelle soumis à de fortes tensions.

Djibouti diffère de ses grands voisins de par sa taille. Je suis irlandais et je peux vous assurer que la décentralisation profite également aux petits pays. La taille ne peut servir d’argument contre la décentralisation.

Djibouti diffère également de ses voisins en raison de sa remarquable stabilité dans une région fortement instable. On ne doit pas prendre pour argent comptant la stabilité dont bénéficie Djibouti et elle ne peut pas non plus servir d’outil qui servirait à rejeter la décentralisation. Davantage de décentralisation entraîne davantage de stabilité, ce n’est jamais l’inverse.

C’est pour toutes ces raisons que l’Union européenne est heureuse d’apporter son soutien à ce programme qui représente un élément extrêmement important dans l’architecture de gouvernance du pays dans son ensemble.

Selon la ‘Vision 2035’ pour Djibouti, « les réformes en matière de gouvernance sont bien avancées, mais les défis restent nombreux pour approfondir l’Etat de droit. Il faut mettre en place une administration républicaine de développement … et réussir la décentralisation politique et économique ».

Notre financement à hauteur de 12 millions d’euros ne nous confère aucun droit d’ingérence mais il signifie que nous y avons quelque intérêt. Et nous sommes désormais intéressés par sa réalisation.

Lorsque nous investissons dans un programme, nous essayons de voir comment les risques encourus peuvent être limités. Ce programme n’est pas, au niveau financier, le plus ambitieux que nous engagions. Mais c’est celui pour lequel nous prenons le plus de risque. Et c’est bien un projet qui m’empêche de dormir parfois.

En général, nous investissons dans un programme qui a déjà été mis au point politiquement. Or, j'avoue avoir été surpris à mon arrivée à Djibouti il y a un an, d’apprendre que nous avions déjà engagé un financement de 12 millions d’euros pour un programme dont la finalité est en cours de maturation afin très certainement de répondre avec finesse aux exigences locales.

Donc, si je peux vous donner un conseil aujourd'hui, ce sera le suivant : adoptez, s’il vous plaît comme socle un code des collectivités locales le plus rapidement possible. Ce n’est pas à moi de vous dire ce que ce code de collectivités locales devra contenir. Ça, c’est votre responsabilité! Mais en tant que bailleur, j’appelle de mes vœux son adoption le plus rapidement possible afin que les acteurs aient une vision claire et définie du type de décentralisation auquel vous aspirez tous en tant que djiboutien.

Je sais que ce n'est pas une mince affaire mais, ma propre vision est simple : je voudrais qu’une jeune fille de Dikhil ou d’Obock se sente autant concernée par les prises de décision qu’un jeune garçon issu des quartiers du Héron ou d’Haramous. Comme Son Excellence le Président de la République de Djibouti l’a déjà dit : « Ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi. »

Le projet que nous lançons aujourd'hui est au cœur des objectifs de développement durable des Nations Unies. Comme vous le savez peut-être, 17 objectifs de développement durable devront être atteints d’ici 2030.

2030, ce n’est ni aujourd’hui ni demain mais ce n’est pas si loin non plus. Il faut que nous fassions tous d’immenses progrès à tous les niveaux. Parmi ces 17 objectifs, celui qui a ma préférence et le 16ème.  Il nous demande de “mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous”. 

Rappelez-vous bien cet objectif ODD 16 : “mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous”. 

En vous voyant aujourd’hui si nombreux, je suis heureux de constater que vous partagez tous notre attachement à la décentralisation et je vous dis merci pour l'enthousiasme que vous y portez.

N’oubliez pas de profiter de ce programme pour mettre en place des “institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous”. Je veux adresser mes vœux de réussite à vous tous qui êtes impliqués et, j’aimerais que vous accordiez votre entier soutien à notre partenaire opérationnel, Expertise France, pour que ce rêve devienne réalité.

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