European Union External Action

Confiance et réciprocité: les ingrédients nécessaires à la coopération entre l'UE et la Chine

Brussels, 15/05/2020 - 09:17, UNIQUE ID: 200515_10
Op-Eds

14/05/2020 - À mesure que la Chine s'affirmait sur la scène mondiale ces dernières années, la relation de l'UE avec ce pays a évolué, et la crise du coronavirus qui sévit à l'heure actuelle a des incidences sur cette évolution.

À mesure que la Chine s'affirmait sur la scène mondiale ces dernières années, la relation de l'UE avec ce pays a évolué, et la crise du coronavirus qui sévit à l'heure actuelle a des incidences sur cette évolution. D'une relation essentiellement bilatérale axée sur la coopération économique, elle s'est muée en une relation globale dans laquelle coexistent une coopération approfondie et des éléments d'une concurrence parfois ouverte. D'une manière générale, la position de l'UE est devenue plus réaliste et plus affirmée. Parallèlement, l'UE a également renforcé sa coopération avec d’autres partenaires importants en Asie, notamment le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et d'autres pays. De son côté, la Chine a opéré une transformation particulièrement impressionnante aux conséquences géopolitiques.

La relation que l'UE entretient avec la Chine est si multiforme que notre approche ne saurait se réduire à un seul prisme. Dans notre vision stratégique 2019, approuvée par l'ensemble des États membres de l'UE, il est souligné que la Chine est un partenaire avec lequel l'UE partage des objectifs étroitement intégrés; un partenaire de négociation avec lequel l'UE doit trouver un juste équilibre sur le plan des intérêts; un concurrent économique dans la course à la domination technologique; et un rival systémique dans la promotion d'autres modèles de gouvernance.

Ces quatre éléments doivent s'intégrer dans une politique cohérente. Mettre en place une approche commune de l'UE à l'égard de superpuissances n'est jamais tâche aisée, chaque État membre ayant ses propres points de vue et sensibilités. Et le cas de la Chine ne fait pas exception. Qui plus est, la Chine n'hésite pas à jouer parfois de ces différences. Mais il est certain qu'il nous appartient, à nous Européens, de maintenir la discipline collective nécessaire. L'unité est une condition préalable pour pouvoir exercer une influence, puisque même le plus grand État membre ne peut, s'il agit seul, influencer une superpuissance.

Les changements intervenus dans la relation entre l'UE et la Chine se sont accélérés depuis l'apparition du coronavirus. Il y a eu différentes phases. Au début, lorsque les hôpitaux chinois ont été débordés, l'UE a fourni un soutien important, sans grande publicité. Plus tard, lorsque l'Europe est devenue l'épicentre de la pandémie, la Chine a envoyé de grandes quantités d'équipements médicaux, et elle a fait en sorte que le monde en soit informé. L'essentiel est que nous fassions tous preuve de soutien mutuel et de solidarité au niveau international - et l'Union européenne a toujours prouvé à quel point elle y était attachée - tout en évitant de politiser l'assistance médicale d'urgence.

Affirmer que la crise mondiale du coronavirus appelle une réponse mondiale s'apparente désormais à un slogan. Il correspond pourtant bel et bien à la réalité. Nous avons clairement besoin d'une réponse multilatérale dans toutes les dimensions de la crise: limiter la propagation du virus, stimuler la recherche sur les traitements et les vaccins, faire face aux conséquences dans les pays en voie de développement et travailler sur la relance économique. Dans toutes ces dimensions, nous comptons sur la Chine pour jouer pleinement son rôle, eu égard à l'importance et aux responsabilités qui sont les siennes au niveau mondial.

Par exemple, nous avons un intérêt commun à aider les personnes vulnérables en Afrique et dans le monde à lutter contre la pandémie. En tant qu'UE, nous nous sommes attachés, conjointement avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et les États membres, à mobiliser un ensemble de mesures d'un montant de 20 milliards d'euros pour aider nos partenaires à faire face à l'urgence sanitaire et aux conséquences à long terme. Nous savons qu'il faudra consentir davantage d'efforts, y compris un important allégement de la dette, et nous demandons à la Chine de jouer le rôle qui lui appartient. Je suis prêt à examiner les moyens qui permettraient à l'UE et à la Chine de coopérer à cette fin. Une autre priorité conjointe doit consister à se doter d'une stratégie de "relance verte", en tirant parti des plans de sauvetage d'urgence pour accélérer notre transition énergétique et étayer nos engagements en matière de climat dans le cadre de l'accord de Paris. Pour renforcer nos moyens de défense contre de futures pandémies, nous devons également réaliser une enquête scientifique approfondie et indépendante sur les causes de la crise.

Au niveau bilatéral, l'aboutissement des négociations engagées depuis longtemps sur un accord global sur les investissements entre l'UE et la Chine enverrait un signal important au sujet de notre attachement commun à un partenariat économique fondé sur des règles. Dans le même esprit, nous avons besoin d'un suivi des engagements chinois concernant les subventions industrielles et les transferts de technologie forcés.

L'UE comme la Chine déclarent souvent être déterminées à promouvoir le multilatéralisme et le système des Nations Unies. Ce langage commun et cette position commune sont essentiels, en particulier à un moment où le système multilatéral est ouvertement remis en cause. Nous devons toutefois également admettre que nos approches à l'égard du multilatéralisme diffèrent, par exemple en ce qui concerne l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme, la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) ou les tensions en mer de Chine méridionale. Dans le domaine cyber, les deux parties soulignent qu'une approche multilatérale est nécessaire, mais la position de la Chine, centrée sur l'État, contraste avec l'approche multipartite de l'UE, fondée sur le respect des libertés et droits fondamentaux. En ce qui concerne l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la Chine se montre officiellement on ne peut plus favorable à l'organisation et défend sa forme actuelle, y compris le système de règlement des différends, mais en pratique, elle s'est montrée peu disposée à participer à la réforme effective de l'OMC, qui est de toute évidence nécessaire.

L'Europe, quant à elle, doit également tirer un certain nombre d'enseignements de la crise, qui auront des conséquences dans nos relations futures avec nos partenaires internationaux, y compris la Chine. Nous devons éviter une dépendance excessive dans les secteurs stratégiques en constituant des stocks de matériaux critiques. Nous devons également raccourcir et diversifier nos chaînes d'approvisionnement.

La diplomatie doit reposer sur des principes clairs, et les maîtres mots de la relation entre l'UE et la Chine devraient être la confiance, la transparence et la réciprocité. Nous devons avancer ensemble, sur base d'une évaluation réaliste des intentions stratégiques de la Chine et des intérêts communs de l'UE.