European Union External Action

Discours de l'ambassadeur de l'Union européenne à l'ouverture du Forum de la Société civile de RDC

Brussels, 27/11/2019 - 11:33, UNIQUE ID: 191127_13
Speeches of the Ambassador

Monsieur le représentant du Président de la République,

Mesdames et Messieurs les membres du Présidium du Cadre de concertation de la société civile,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs de la société civile,

Tout protocole respecté, en vos titres et fonctions, chers amis,

Nous faisons tous partie de la société civile ! Nous sommes la société civile ! Quel citoyen du monde n'est pas membre d'un club sportif, d'un syndicat, d'une association professionnelle ou de quartier, d'un mouvement de jeunesse, d'un parti politique, d'une communauté religieuse? Je vais vous faire une confession : même un Ambassadeur peut en dehors de ses fonctions officielles faire partie de la société civile.

Les présentes assises de la société civile en République Démocratique du Congo se tiennent dans un contexte particulier marqué par la première transition pacifique du pouvoir à la suite des élections tenues en décembre 2018. Ce processus n’aurait pu déboucher et réussir sans l’engagement de centaines de milliers de femmes et d’hommes de la société civile congolaise pour la défense de leurs idéaux et valeurs. Ce forum ne saurait naturellement qu’être dédié à tous ces citoyens-acteurs de la démocratie, dont certains ont même perdu la vie dans leur combat pour la liberté. Nous nous souvenons de leurs sacrifices et nous nous devons de les honorer.

 

L’émergence de la société civile congolaise se confond avec l’histoire de la République Démocratique du Congo à travers les luttes héroïques de ses acteurs sociaux comme KIMPA VITA au XVII siècle, SIMON KIMBANGU au début du 20ème siècle, les Cardinaux MALULA et MONSENGO,  le Docteur MUKWEGE, Julienne LUSENGE et bien d’autres qui ont marqué leur époque par un combat noble pour plus de liberté, dignité et paix.

C'est cette histoire qui a d'ailleurs principalement inspiré les organisateurs de ces assises dans le choix du thème du présent Forum : « repenser le rôle de la société civile en RDC ».

Monsieur le représentant du Président de la République,

Distingués invités,

Chers amis,

Dès l'aube de l’indépendance, l’Union européenne s’est mise aux côtés du peuple congolais pour cheminer ensemble. Beaucoup de projets ont été réalisés dans différents secteurs de la vie nationale, dans le domaine des infrastructures, de l’agriculture et de la préservation de l’environnement, de la lutte contre l’insécurité alimentaire, dans les secteurs sociaux, pour l’amélioration de la gouvernance démocratique. Entre 2008 et 2018, l’Union Européenne a consacré 20 millions d’euros dans le cadre de sa coopération avec le Gouvernement de la RDC pour le renforcement des capacités de la société civile. Dans le prolongement de cette action, nous allons signer avec le Ministre des Finances une nouvelle convention de 12 millions d’Euros pour un programme d’appui à la participation citoyenne de la société civile.


Le soutien de l’Union européenne en faveur de la société civile congolaise vise à la soutenir dans sa triple-mission de :

  • prestataire de services sociaux de base;
  • actrice de gouvernance pour une croissance inclusive et durable à travers sa participation aux dialogues sur les politiques publiques, conformément à l'Accord de Cotonou qui nous lie ;
  • actrice naturelle de changement par le dialogue et la veille citoyenne.

La société civile de la RDC aspire à travailler dans l’unité, à être forte et professionnelle. Nous ne pouvons que l'encourager dans ce sens.

  • L’unité s’entend dans la pluralité de toutes les dynamiques agissantes au sein de la société civile. Etre unis dans l’action, tout en restant différents les uns des autres, est une grande richesse, celle de la diversité. Le présent forum est une occasion offerte à la société civile de se concerter pour faire un point sans complaisance de ses forces et faiblesses, mais aussi des contraintes et opportunités qui peuvent se présenter à elle. Nous souhaitons que les résultats de cette analyse guident un meilleur choix des priorités à retenir pour les années à venir et une action encore plus efficace au bénéfice de la population congolaise dans son entier.

 

  • La force de la société civile peut s’évaluer, toutes choses égales par ailleurs, aux combats qu’elle se choisit de mener et qu’elle a déjà remportés  mais aussi de sa capacité de résilience face à l’adversité. La société civile congolaise est forte de plus de 90 millions de citoyens organisés à travers près de 45 000 organisations de la société civile, dont seulement 15.000 sont légalement formalisées ou en voie de l’être. Ces organisations sont de toutes tailles parsemées dans tous les coins de la République. Il n’y a pas une parcelle de votre pays qui ne bénéficie pas de la présence d’associations et d’organisations citoyennes. La véritable force de la société civile est qu’elle détient une profonde et riche connaissance des réalités du pays, complémentaire de celle des autres parties prenantes au développement, comme l’Etat. Je fais partie de ceux qui sont convaincus que toute grande nation ne peut se construire sans Etat et sans administration, mais également sans la présence d’une société civile forte capable de faire entendre sa voix.

 

Nous devons écouter cette voix. Nous sommes là, nous les partenaires de la République Démocratique du Congo pour apprendre de vous et vous écouter comme des partenaires. Nous avons des leçons à tirer sur les résultats actuels des partenariats. Je note parmi les défis actuels ceux liés en premier lieu à la construction d’une indispensable autonomie financière, aucune structure ne peut être durable en dépendant perpétuellement de financements extérieurs, en second lieu, à l’affirmation d’une gouvernance transparente et respectueuse des membres et adhérents des associations, en troisième lieu, à la définition d’une stratégie de transmission des connaissances et compétences, enfin, les questions cruciales d’éthique et de déontologie.

 

  • Quand on parle du rôle de la société civile en RDC, il est également important de reconnaître le courage énorme des femmes dans la société civile. Car, lors de leurs luttes pour la justice sociale, elles doivent également faire face au défi de l'exclusion dans de nombreux aspects de leur vie. Inclure les voix et actions des femmes dans la société civile est non seulement un gage d'ouverture démocratique, mais aussi une garantie d'efficacité et de résultats.

 

  • Une société civile consciente des enjeux locaux, provinciaux, nationaux et mondiaux est appelée à se « professionnaliser ». Cette professionnalisation ne doit évidemment pas s’entendre pour moi comme une perte d’idéal ou un abandon de valeurs mais va bien dans le sens d’un renforcement continu des capacités et des savoirs. Dans notre monde globalisé et multipolaire, dont les questions de développement transcendent les frontières nationales, dont les défis de gestion collective, sécurité et terrorisme, climat, épidémies, migrations et réfugiés, pour n’en citer que quelquesuns, ne cessent de se multiplier, les solutions ne pourront être trouvées que dans la conjugaison de toutes nos intelligences.

Monsieur le représentant du Président de la République,

Distingués invités,

Chers amis,

Fort de ces constats, je voudrais m’arrêter brièvement, en tant que partenaire, sur quelques éléments qui, à mon sens, peuvent permettre de repenser le rôle de la société civile de la RDC :

  • Premièrement, il conviendrait de travailler à une meilleure capitalisation des expériences conduites, les meilleures pratiques comme les échecs,  avec l'idée d'une part qu'on ne soit pas amené à répéter les mêmes erreurs et d'autre part l'objectif de transformer l'essai, c’est-à-dire de passer à l'échelle les programmes qui obtiennent les résultats les plus probants. Il nous faut mieux accompagner les organisations de la société civile dans leur croissance;
  • Deuxièmement, il y a lieu de souscrire à une éthique, à une gouvernance interne respectueuse des normes qui permettent une appropriation constante et une participation active et consciente de toutes les familles d’acteurs de la société civile. Nous, les partenaires, sommes parfois amenés à "faire les bons offices" pour résoudre des conflits évitables et stériles sur les enjeux d’intérêt plus personnels que collectifs. Il est fréquent que l’absence de bon sens éloigne certains leaders de la société civile de la mission pour laquelle ils se sont engagés;
  • Tertio,  la société civile se doit de contribuer à la création de richesse en apportant toute son expertise. Puiser dans vos idées, énergies et intelligences pour trouver un modèle de développement durable qui soit à la fois compatible avec votre riche culture et avec les contraintes de la mondialisation.

Mais pour y parvenir, ce travail d’accompagnement par les partenaires techniques et financiers exige beaucoup de patience.

  • Patience d’abord car tout travail d’apprentissage et d’accompagnement est nourri par la longueur du temps. Pour cela, il faut créer l'espace permettant à l'ensemble des organisations de la société civile de respirer et croître. Cet espace est par essence le cadre légal des associations sans but lucratif.  Celles-ci ne devraient souffrir d’aucune restriction dans la jouissance de leurs droits et libertés garantis par la Constitution et les engagements internationaux librement signés et ratifiés par la RDC. En 2019, ici comme partout ailleurs,  il n’est pas normal ni acceptable que des hommes et femmes de la société civile soient privés de liberté, vivent en clandestinité ou, plus grave encore, soient tués parce qu’ils défendent les valeurs et principes démocratiques universels ;

 

  • Patience encore parce c'est la somme des efforts de tous qui permet d'arriver à constituer une masse critique d’énergies, d’intelligences et de volonté. Et cela, avec la ferme conviction d’amorcer un changement qualitatif et durable pour les générations présentes et futures. L'inclusion de la jeunesse dans la vie publique représente dans ce sens un énorme enjeu que nous ne devrons pas négliger ;

 

  • Patience enfin pour donner à la RDC le destin qui est le sien : être une grande nation au cœur de l’Afrique.

Monsieur le représentant du Président de la République,

Distingués invités,

Chers amis,

En appuyant l'organisation de ce forum, nous sommes persuadés que les résultats souhaités seront au rendez-vous:

  • La validation de tous les outils de gouvernance qui permettront au cadre de concertation de la société civile de fonctionner normalement ;
  • La mise en place consensuelle des nouveaux animateurs du Bureau du cadre de concertation national ;
  • Une définition claire de nouveaux modes de collaboration entre la société civile, les autorités étatiques et les partenaires techniques et financiers sur les enjeux de développement.

 

Je formule le vœu profond et convaincu que la société civile après le forum ne soit plus tout à fait la même qu'avant celui-ci.

Je ne saurai terminer mon message sans renouveler mes remerciements à l’ensemble de hautes personnalités ici présentes. Mes remerciements s’adressent aussi aux organisateurs de ce Forum qui ont œuvré nuit et jour depuis plusieurs mois pour préparer les présentes assises. A chacun et chacune, soyez fiers du travail abattu et, comme le dit la sagesse locale: « MUSAPI MOKO ESUKOLAKA ELONGI TE ».

Je vous remercie.

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