European Union External Action

Discours prononcé par la HRVP, Federica Mogherini, à l’occasion de la Réunion de Haut Niveau sur la République centrafricaine

New York, 27/09/2019 - 09:41, UNIQUE ID: 190930_6
HR/VP speeches

Discours prononcé par la HRVP de l’Union européenne, Federica Mogherini, à l’occasion de la Réunion de Haut Niveau sur la République centrafricaine, co-présidée par le Président Touadéra, le Secrétaire général des Nations Unies et le Président de la Commission de l’Union africaine

Merci. Président Touadera, Président Faki,

Chers amis,

Le peuple centrafricain a soif de paix. Et après six ans de guerre, l'accord de paix de février représente enfin une réelle opportunité de tourner la page.

Pourtant, la violence ne s'est pas encore arrêtée et certains groupes armés violent l'accord en s’attaquant à nouveau à la population. Le processus de désarmement est lent dans de nombreux cas, et certains groupes armés font le contraire de ce qui avait été convenu en février.

(Voyage au Centrafrique) : Les difficultés de l'accord, cependant, ne peuvent et ne doivent pas nous décourager. Cet été, j'étais pour la première fois dans le pays, rencontrant des hommes et des femmes avec une force et un courage extraordinaires.

J'ai assisté à la création du comité formé de représentants de la société civile et des groupes armés, qui s'emploiera à mettre en œuvre l'accord de paix.

Et j'ai rencontré un groupe de femmes qui tentent de guérir les plaies de leurs communautés, en reconstruisant un sentiment d'appartenance commune au-delà des divisions ethniques et religieuses.

(Soutien à Touadera) : La République centrafricaine est un pays tourné vers l'avenir, et en tant que communauté internationale, nous avons le devoir d'apporter tout notre soutien au président Touadera et à la mise en œuvre de l'accord de paix.

Monsieur le Président, je voudrais vous remercier encore une fois pour votre courage et votre détermination. Vous manifestez chaque jour la volonté de réunir votre pays, de surmonter les conflits de ces années dans un esprit de réconciliation et d’unité. Merci beaucoup.

Pour continuer le chemin de la réconciliation, la contribution de chacun sera nécessaire.

Le gouvernement et les autorités des États devront poursuivre et accélérer les travaux de ces mois, mais il sera également essentiel que les groupes armés prennent au sérieux les engagements signés avec l'accord de paix. Et il faudra une contribution supplémentaire de la communauté internationale.

Pour notre part, en tant qu’Union européenne, nous sommes ici pour confirmer une nouvelle fois notre soutien total, avec tous les outils à notre disposition.

(Justice et reconciliation) : Premièrement, le système de justice transitionnelle doit encore être développé pleinement. Le peuple centrafricain réclame justice après des années de violence, et il n’est jamais facile de trouver le juste équilibre entre réconciliation et sanction des crimes commis. L’Union européenne est disposée à accroître son soutien technique et financier sur cette question.

(Unités Mixtes) : Un élément central de l'Accord de paix est la constitution des Unités Spéciales Mixtes de Sécurité. Nous partageons tous le même objectif ici, c’est-à-dire de créer les conditions d’une paix durable.

Pour cette raison, il est essentiel que les groupes armés acceptent les conditions préalables décrites dans l'accord : un désarmement préventif, la sélection des candidats (vetting), leur formation et le respect de la chaîne de commandement des Forces armées. Notre soutien financier dépend également de la mise en œuvre de ces conditions. 

L’accord de paix prévoit tous les mécanismes nécessaires pour prévenir les violations et y répondre – y compris des sanctions. Les garants de l'Accord ainsi que les Nations Unies doivent exploiter pleinement ces moyens, pour continuer à engager ces groupes armés qui sont activement non-conformes à l’Accord.

L'Union européenne a déjà versé une première contribution pour payer les indemnités alimentaires des unités mixtes, à la demande de l'Union africaine par le biais de la Facilité de soutien à la paix pour l'Afrique. Nous envisagerons un soutien supplémentaire une fois que les unités sont déployées.

(Réforme de la Sécurité) : En ce qui concerne la réforme du secteur de la sécurité, l'Union européenne est déjà largement engagée, par le biais de sa mission militaire de formation, ainsi qu'en fournissant un soutien budgétaire au déploiement des forces de sécurité intérieure dans l'ensemble du pays.

Notre mission a achevé un cours de formation destiné aux formateurs de l'armée qui travailleront avec les unités mixtes.

Nous soutiendrons également le renforcement du bureau de l'Union africaine et une mission d'observateurs militaires de l'Union africaine focalisé sur les unités mixtes.

À la demande des autorités centrafricaines, nous prévoyons également le déploiement d'une mission civile qui appuiera le renforcement des forces de sécurité intérieure.

(Élections) : Au-delà de la sécurité, je veux mentionner deux autres domaines de soutien. L'année prochaine, les élections auront lieu en République centrafricaine. Nous appelons toutes les parties à œuvrer en faveur d'un processus électoral pacifique, inclusif et transparent. L'Union européenne est prête à fournir un soutien financier et technique, et nous encourageons les autres partenaires à le faire. Le soutien de la MINUSCA sera aussi essentiel.

(Services de bases) : Enfin, il est essentiel de garantir la présence des autorités de l’État et des services de bases sur l’ensemble du territoire centrafricain. À cette fin, l'Union européenne va adopter un programme visant à atteindre le sud-est du pays, inaccessible auparavant en raison de l'insécurité.

(Dividendes de la paix) : Le peuple centrafricain doit pouvoir percevoir les avantages de l’Accord de paix – et pour beaucoup d’entre eux, cela n’est pas encore le cas. Créer des "dividendes de la paix" est essentiel pour que la réconciliation s’enracine profondément dans la conscience du pays.

Cela nécessite un travail supplémentaire de la part de toutes les composantes de la société et de la politique centrafricaine. Mais cela nécessite également une contribution plus décisive de la communauté internationale.

(Responsabilités internationaux) : Les agences d'aide sur le terrain affirment avoir reçu moins de la moitié de ce dont elles ont besoin pour aider les personnes les plus à risque. Et la responsabilité principale, dans ce cas, appartient aux partenaires internationaux.

Il y a trois ans, l'Union européenne a convoqué une conférence internationale pour soutenir le processus de paix en Afrique centrale. Aujourd’hui, il est encore plus important que la communauté internationale tout entière fasse entendre son soutien – politique et économique – au peuple centrafricain.

Merci.