European Union External Action

Discours de Mme Federica Mogherini, haute représentante de l'Union/vice-présidente de la Commission, devant le Conseil de sécurité des Nations unies: la coopération entre les Nations unies et les organisations régionales et sous-régionales

New York, 09/03/2015 - 23:56, UNIQUE ID: 150309_01
Statements by the HR/VP

Monsieur le Président,

C'est un honneur pour moi de m'exprimer devant le Conseil de sécurité quelques mois après ma prise de fonctions en tant que haute représentante de l'Union européenne. Je tiens à remercier la présidence française du Conseil de m'avoir donné cette possibilité d'évoquer notre partenariat. Et je souhaiterais également vous remercier, Monsieur le Secrétaire général, pour les informations que vous nous avez communiquées, mais surtout pour votre amitié et l'excellente coopération que nous avons déjà mise en place au cours de ces derniers mois.

Cette réunion du Conseil de sécurité est la première à laquelle je participe dans l'exercice de mes fonctions actuelles, mais c'est la cinquième qui est consacrée à la coopération entre les Nations unies et l'UE. La régularité de ces réunions témoigne de l'approfondissement de nos relations, mais également de l'importance que les Nations unies et l'UE leur accordent. En février 2014, le Conseil de sécurité a adopté sa première déclaration présidentielle sur la coopération entre les Nations unies et l'UE, dans laquelle nous avons été encouragés à renforcer nos relations institutionnelles et notre partenariat stratégique. Et nous savons tous combien cela est nécessaire, en particulier en ces temps troublés.

L'année a été difficile dans le monde. Les espoirs d'un ordre mondial plus pacifique et davantage fondé sur la coopération ont été brisés par des violations flagrantes du droit international, la propagation des groupes terroristes, des crises aux conséquences humanitaires désastreuses et l'apparition de maladies capables de détruire des régions entières.

Nous n'avons pas baissé les bras face à ces défis. Nous nous sommes efforcés de les relever, ensemble. Et là où la coopération entre des forces divergentes a prévalu sur l'affrontement, les choses ont commencé à évoluer dans la bonne direction.

L'attachement de l'Europe au multilatéralisme, dont les Nations unies sont le pilier, trouve son origine dans nos valeurs et nos convictions. Mais il s'agit aussi d'un acte de réalisme. Comme vous l'avez très justement dit, Monsieur le Secrétaire général, les menaces auxquelles nous sommes confrontés n'ont jamais été aussi complexes. Elles exigent des réponses complexes et structurées. Le temps où des "super puissances" pensaient qu'elles pouvaient diviser le monde en sphères d'influence est révolu depuis longtemps - nous devrions tous en prendre conscience. Les acteurs régionaux et mondiaux se sont multipliés. Et aucun d'entre eux ne peut raisonnablement prétendre, à lui seul, relever les défis qui se posent ou véritablement tirer profit des possibilités qui s'offrent. Plus que jamais, nous avons besoin de coopération. Le nouvel ordre mondial sera multilatéral, ou ne sera pas.
 
Nous considérons que le partenariat stratégique avec les Nations unies est fondamental. Mais il me faut également souligner l'importance que revêtent pour nous les partenaires régionaux, et notamment la Ligue arabe, l'OSCE, l'Union africaine et nos interlocuteurs régionaux en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu'en Asie. Des partenariats multidimensionnels, placés sous l'égide du Conseil de sécurité des Nations unies, qui est responsable au premier chef de la paix et de la sécurité internationales, constituent les seuls fondements sur lesquels pourra s'édifier la future architecture mondiale de sécurité.

Dans ce contexte, je souhaiterais maintenant aborder quelques dossiers qui, j'en suis sûre, figurent pour nous tous au premier rang des priorités, à commencer par celui de la Libye. Nous devons remettre le pays sur les rails, et le temps presse. La Libye a besoin d'un État unifié et efficace, sans quoi le chaos prévaudra. Tout comme le Conseil de sécurité, nous soutenons résolument les efforts que déploie sans relâche le représentant spécial du Secrétaire général, M. León, pour rapprocher les parties. Les factions qui opèrent en Libye devraient savoir que l'Europe, à l'instar de l'ensemble de la communauté internationale, est prête à les aider à reconstruire leur pays. Par tous les moyens possibles. L'Union européenne est disposée à fournir toutes les formes d'aide, dans le cadre d'une coordination étroite et permanente avec les Nations unies et avec d'autres acteurs régionaux.

Mais, en premier lieu, avec nos amis libyens. Il faut que les factions libyennes fassent le premier pas. Les dirigeants politiques libyens devraient à présent tout mettre en œuvre pour trouver les compromis nécessaires, afin de saisir cette dernière chance de se mettre d'accord sur un gouvernement d'union nationale de transition. Et cela, dans les jours, et non les semaines, qui viennent, car le temps ne joue pas en notre faveur.

Avec l'aggravation de la crise, l'influence de Daech se propage à plusieurs milliers de kilomètres de la région du Levant. Les trafiquants d'êtres humains ont déjà mis en péril la vie de trop nombreux migrants, en l'absence de contrôle de l'État sur les côtes ou les frontières terrestres de la Libye. Et nous avons pu observer les effets déstabilisateurs du conflit sur l'ensemble de la région du Sahel et sur la région subsaharienne.

Terrorisme, migrations non contrôlées, instabilité régionale: la mise en place d'un gouvernement d'union en Libye sera déterminante pour s'attaquer à tous ces défis. Et elle sera déterminante, avant tout, pour que tous les Libyens puissent bénéficier des conditions de sécurité et de vie décentes que le pays peut leur offrir, et qu'ils méritent, après tant d'années difficiles.

Mais ces problèmes ne sont pas uniquement ceux de la Libye. Ils nous concernent tous. Il est donc de notre intérêt commun et de notre responsabilité commune de contribuer, par tous les moyens possibles et de toute urgence, à leur règlement. À cet égard, une coopération étroite entre les Nations unies et l'UE, comme celle que nous avons établie durant ces derniers mois sur la crise libyenne, est décisive. Et elle devrait le devenir plus encore au cours des mois à venir.

Lutter contre le terrorisme revient à fermer tous les espaces où l'extrémisme prospère. Il s'agit d'un défi en termes de sécurité, bien sûr, mais n'oublions pas ses dimensions politiques et culturelles. Comme je l'ai dit, pour vaincre Daech en Libye, il faut que les factions du pays trouvent un accord politique. Il en va de même en Syrie. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'UE soutient sans réserve les efforts que les Nations unies déploient en faveur de la paix: le travail qu'accomplit Staffan de Mistura en faveur de cessez-le-feu locaux peut ouvrir la voie à une solution politique à la crise. On peut espérer qu'il s'agira du premier pas vers une transition conduite par les Syriens, après bien trop d'années d'effusions de sang.
 
Dans le même temps, les violations graves commises contre la population civile exigent que les responsables aient à répondre de leurs actes et qu'il soit mis fin à l'impunité. L'UE est unie dans le soutien qu'elle apporte aux travaux menés par le Conseil de sécurité, en particulier ses résolutions 2170 et 2178, et j'engage tous les pays à rapidement mettre en œuvre ces résolutions, dans le plein respect des droits de l'homme et de l'État de droit.

Nous sommes convaincus que la stabilité et la sécurité dans la durée peuvent aller de pair avec le respect des droits de l'homme et des libertés. Le respect des droits de l'homme et du droit humanitaire international est un facteur essentiel de paix et de stabilité, ainsi qu'un principe directeur de l'UE. J'ai personnellement souligné, lors de la réunion du Conseil des droits de l'homme de la semaine dernière, l'attachement résolu de l'Union européenne aux organes et mécanismes des Nations unies relatifs aux droits de l'homme.

Il n'y a pas de stabilité sans démocratie. Et il n'y a pas de sécurité sans droits de l'homme. Il ne peut y avoir de stabilité et de sécurité sans une justice rendue avec équité et sans un véritable engagement en faveur de la bonne gouvernance, de l'État de droit et de la lutte contre la corruption. On ne peut opposer stabilité et démocratie ni sécurité et droits de l'homme: ce sont de faux dilemmes. Nous ne devons surtout pas tomber dans ce piège.

Mais la lutte contre le terrorisme est aussi une bataille où il s'agit de conquérir les cœurs et les esprits. Daech, comme d'autres groupes terroristes, tente de remettre à l'ordre du jour un choc des civilisations fabriqué de toutes pièces. Nous n'oublierons pas que les premières victimes des attaques de cette organisation sont des Musulmans, à la fois sunnites et chiites, des Arabes, des Africains, des Asiatiques. Nous n'assistons pas, et n'assisterons pas, à un choc des civilisations: il ne s'agit pas d'un conflit opposant l'Islam et l'Occident. Ce dont il s'agit, c'est de l'utilisation abusive et à des fins criminelles d'une religion noble pour perpétrer des attentats terroristes dans le cadre d'une lutte de pouvoir.

Comme nous avons tous pu nous en rendre compte, Daech est très doué pour la propagande. Nous devons tenir un discours dissuasif, tant dans nos pays qu'à l'étranger. Nous devons aussi nous pencher sur les difficultés auxquelles nous sommes nous-mêmes confrontés, en Europe, en matière d'intégration, de possibilités offertes, de dialogue et de respect. Et nous devons collaborer davantage avec nos partenaires à l'extérieur de l'Europe. Nous assurerons le suivi des résultats du sommet de Washington sur la lutte contre l'extrémisme violent, en particulier en promouvant la coopération, notamment dans le domaine l'éducation, en travaillant davantage avec les communautés locales, en particulier dans la Corne de l'Afrique. C'est d'ailleurs là que nous avons prévu de tenir notre session plénière annuelle du groupe de travail du GCTF sur le renforcement des capacités des pays de la Corne de l'Afrique: elle aura lieu à Kampala (Ouganda) du 17 au 20 mars 2015.

Nous sommes prêts à faciliter d'autres formes de dialogue, notamment grâce à la création d'un groupe de personnalités éminentes d'Europe et du monde musulman, en vue de favoriser les échanges et de promouvoir un dialogue sur les causes et les ramifications du terrorisme dans nos sociétés. Dans le domaine de l'éducation, l'UE propose d'accueillir une réunion d'experts régionaux au début de l'été et de faire participer le réseau de sensibilisation à la radicalisation qu'elle a mis en place; par ailleurs, conjointement avec les Nations unies, nous étudierons les possibilités d'organiser un débat général de haut niveau en marge de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain, afin de diffuser le message selon lequel il convient de renforcer les partenariats internationaux pour lutter contre l'extrémisme violent.
 
Nous savons tous comment la guerre, la terreur et la pauvreté forcent des millions de gens à quitter leur pays d'origine pour chercher un avenir meilleur. Nous devons appréhender le phénomène des migrations selon plusieurs perspectives: l'aide internationale, la gestion des crises, le contrôle aux frontières, l'intégration, l'inclusion sociale. Toutes ces questions doivent être réglées efficacement. Mais il y a une chose que nous ne devons jamais oublier: c'est de vies humaines qu'il s'agit - de sauver des vies humaines.

Nous ne pouvons pas laisser la Méditerranée, berceau de civilisations millénaires, devenir un cimetière pour des dizaines de milliers d'innocents. Avec mes collègues chargés des affaires intérieures et des migrations, nous sommes en faveur d'une coopération plus approfondie entre les États membres de l'UE afin de trouver des solutions politiques et opérationnelles qui permettront d'éviter de nouvelles tragédies. Parallèlement, nous redoublons d'efforts pour soutenir l'action du HCR et de l'OIM et pour assumer conjointement et solidairement notre devoir de répondre aux besoins des réfugiés et des demandeurs d'asile.

Il y a beaucoup à faire pour que les réfugiés soient les bienvenus dans nos sociétés. Tous devraient se voir offrir l'occasion de rechercher leur propre bonheur et de contribuer au développement de leur nouvelle communauté. Cohésion sociale, solidarité, protection de la vie humaine: toutes ces valeurs sont au cœur du projet européen. Il s'agit d'un domaine dans lequel l'Union européenne ne peut se permettre d'échouer. Mais il est exclu que nous réussissions seuls.

Ce n'est pas à l'Europe seule de faire face aux migrations incontrôlées; il s'agit d'une responsabilité que nous partageons. Les pays de la région fournissent déjà un effort qui nécessite un soutien international, à commencer par la Jordanie, le Liban, la Turquie, la Tunisie et de nombreux pays de l'UE. À n'en pas douter, nous faisons notre part, et nous redoublerons d'efforts à l'avenir. Mais il faut que tous les pays relèvent ce défi. C'est dans notre intérêt à tous et c'est pour nous tous un devoir moral. Nous devons collaborer pour renforcer la stabilité dans des régions du monde qui font face à de terribles périls.

Hier, un attentat à la roquette sur un camp de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), à Kidal, a tué deux enfants maliens et un soldat de la paix tchadien et blessé 11 autres soldats de la paix ainsi que trois civils. Avant-hier, un attentat terroriste commis à Bamako a coûté la vie à plusieurs personnes, dont un agent de sécurité de nationalité belge qui travaillait pour la délégation de l'UE au Mali. Cela ne fait que renforcer notre détermination à contribuer à la lutte contre le terrorisme dans toute la région et à parvenir à la conclusion d'un accord de paix à Bamako.

Au Mali, l'UE conduit à la fois une mission civile et une mission de formation militaire pour la reconstruction et la remise à niveau des forces armées. Ces missions s'inscrivent dans le cadre d'une stratégie cohérente à moyen terme visant à renforcer les capacités nationales africaines, afin de permettre à ces forces, en temps voulu, de remplacer les opérations de soutien de la paix de l'ONU.
Je me réjouis que vous vous rendiez en Afrique aujourd'hui, car la coopération entre l'Union africaine, l'UE et l'ONU est un facteur essentiel pour la stabilité régionale, et nous travaillons depuis longtemps en partenariat avec ces deux organisations. Dans le domaine des opérations de maintien de la sécurité et de la paix, ces partenariats se chevauchent de plus en plus et il est temps de se demander comment fonctionne cette coopération trilatérale et comment elle pourrait fonctionner mieux encore.
 
Comme cela a été réaffirmé lors du sommet UE-Afrique qui s'est tenu à Bruxelles en avril dernier, l'UE est résolue à soutenir les efforts que l'Afrique déploie pour gérer sa propre sécurité. Nous avons soutenu l'architecture africaine de paix et de sécurité depuis le début et nous souhaitons lui apporter une aide pratique à tous les niveaux - national, régional et continental - pour qu'elle puisse être mise en œuvre. L'UE a joint l'acte à la parole. Depuis 2004, soit en 10 ans, l'UE a fourni 1,2 milliard d'euros pour soutenir, par l'intermédiaire de la facilité de soutien à la paix pour l'Afrique, les opérations de paix conduites par l'UA. Au total, 16 missions et opérations PSDC ont été déployées sur le continent africain à ce jour, apportant un soutien pratique et des résultats concrets dans plusieurs pays fragiles ou sortant d'une crise.

En République centrafricaine, la mission EUFOR, organisée sur mandat du Conseil de sécurité, a collaboré étroitement avec la mission MISCA de l'UA et, actuellement, la mission MINUSCA de l'ONU afin d'assurer une protection vitale pour la population civile de Bangui. Nous croyons d'ailleurs que notre coopération avec l'ONU, tant pour la planification que la conduite de cette mission, a été exemplaire. Au large de la Corne de l'Afrique, l'opération Atalanta a contribué à éliminer la piraterie.

Mais pour prévenir les conflits, rien ne vaut un gouvernement transparent et tenu de rendre des comptes, qui représente et protège tous les citoyens et tous les groupes du pays, et écoute leurs préoccupations, tient compte de leurs besoins et accueille favorablement leur participation active. Dès lors, les efforts consentis par l'UA et l'ONU pour encourager la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et le plein respect de la constitution sont autant de facteurs essentiels pour prévenir les crises.

Grâce à une coopération plus étroite entre l'UA, l'ONU et l'UE, nous pouvons joindre nos efforts pour maximiser leurs effets, à l'heure où nous relevons des défis immédiats et où nous renforçons les capacités pour remédier aux causes sous-jacentes dans une perspective globale et à long terme. Cette année pourtant, l'Afrique n'a pas seulement dû faire face à des crises et à des conflits.

La semaine dernière, à Bruxelles, nous avons envoyé un message d'espoir, mais aussi un message qui témoigne de notre résolution sans faille à lutter contre Ebola. Ce combat ne cessera que lorsque la maladie sera jugulée. Et que les pays, les sociétés et les populations touchées se seront rétablis. C'est une lutte qui repose sur la coopération et le partenariat, sur la confiance, ainsi que sur la prise en main des mesures par les pays concernés, et au premier chef par les populations locales. Ce combat a été mené surtout en Afrique de l'Ouest, par les populations et les autorités des trois pays les plus durement touchés.

Mais ce fut aussi, dans une large mesure, un combat collectif. Le rôle moteur que l'ONU a joué a été essentiel pour nous tous. Les Nations unies disposent en effet de l'expertise, de l'expérience et de la capacité de rassemblement à l'échelle mondiale. Je tiens d'ailleurs vous rendre hommage, M. Ban Ki Moon, pour le travail que vous avez accompli pour gagner le soutien de la communauté internationale. Ce travail est important et le restera.

À l'heure même où nous mettons l'accent sur les frontières sud de l'Europe, ainsi que sur les voisins méridionaux de nos propres voisins méridionaux, nous devons faire face, parallèlement, aux évènements qui se produisent dans la partie orientale de notre continent. Ce qui s'est passé en Ukraine l'année dernière est la crise la plus grave qu'ait connue l'Europe depuis les guerres des Balkans. C'est le moment d'ajouter que les Balkans nous donnent à tous, aujourd'hui, des raisons d'être fiers et optimistes. Vingt ans exactement après Srebrenica, on voit à quel point la paix, la démocratie et l'intégration régionale peuvent progresser, pour peu qu'on y consacre les investissements nécessaires.
 
Aujourd'hui, en Ukraine, il est urgent de parvenir à une solution durable, surtout en raison du nombre de victimes et des conséquences humanitaires du conflit. Le bilan humain est extrêmement lourd: près de 6000 personnes ont perdu la vie et les blessés sont bien plus nombreux encore. Sans compter le nombre des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays.

Les règles fondamentales du droit international, consacrées dans la charte de l'ONU, sont bafouées. Cela ne saurait rester sans réponse: l'UE condamne l'annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol, qui constitue une violation du droit international. Les Nations unies partagent cette position, comme l'indique la résolution 68/262 de l'Assemblée générale, votée l'année dernière.

Laissez-moi vous dire que le rôle de l'ONU n'est pas négligeable. Il est important que le train de mesures adopté à Minsk le 12 février dernier ait été approuvé par le Conseil de sécurité. Ce cessez le feu est fragile et il convient de ne ménager aucun effort pour le maintenir en vigueur. Le retrait des armes lourdes n'est qu'une première étape. Il est essentiel que toutes les parties appliquent rapidement et complètement tous les points des accords de Minsk afin de parvenir à une solution politique durable au conflit.

Nous continuerons de soutenir l'application des accords de Minsk, comme nous le faisons déjà, notamment grâce à des contributions en nature et financières à la mission spéciale d'observation de l'OSCE en Ukraine. Je suis constamment en contact avec le Secrétaire général, ainsi qu'avec le Secrétaire général de l'OSCE, M. Lamberto Zannier, pour veiller à ce que le soutien que chacun apporte soit efficace et bien coordonné. Par ailleurs, nous sommes reconnaissants aux différentes agences de l'ONU qui ont coordonné les efforts humanitaires internationaux et qui communiquent des informations impartiales sur la situation des droits de l'homme.

Notre politique à l'égard de l'Ukraine est on ne peut plus claire. Nous voulons que le conflit prenne fin. Il faut que le conflit prenne fin. Et il faut que l'intégrité territoriale du pays soit préservée. Mais nous devons également nous assurer que l'Ukraine devienne un État qui fonctionne, qui réponde aux aspirations de ses citoyens. Tous ceux qui souhaitent aller dans ce sens trouveront les portes de l'UE grandes ouvertes à la coopération. L'Europe s'est construite sur le principe de la coopération, tant à l'intérieur de ses frontières qu'avec ses voisins. Et nous voulons que ce principe reste au cœur de nos politiques. Nous vivons dans un monde complexe, traversé par des conflits, qui a besoin de davantage de coopération, et non de moins. Partout.

Les crises les plus récentes ne devraient pas détourner notre attention du processus de paix au Proche-Orient. N'oublions pas qu'une autre guerre a eu lieu, à Gaza, il y a six mois à peine. Nous devrions tous tout mettre en œuvre pour relancer le processus de paix. L'alternative à la paix n'est pas le statu quo. Si nous ne soignons pas la blessure, elle ne fera qu'empirer. Si nous n'agissons pas, les violences s'aggraveront.

Il faut des actes maintenant. C'est pourquoi la première visite que j'ai effectuée en tant que haute représentante a été réservée au Proche-Orient. Je suis allée à Gaza, à Jérusalem, à Ramallah. L'Europe est prête à prendre sa part de responsabilité dans la relance du processus. C'est pourquoi nous avons pris l'initiative d'accueillir en Europe, il y a quelques semaines et pour la première fois depuis plus d'un an, le Quatuor réuni au plus haut niveau. Nous devons recréer le cadre international qui peut ouvrir la voie d'une solution. Nous savons tous que le seul moyen de régler le conflit est de parvenir à un accord entre les parties qui mette un terme à l'occupation qui a commencé en 1967 ainsi qu'à toutes les revendications, et qui réponde aux aspirations de tous.
 
Il n'y a pas d'autre solution qu'une solution à deux États, avec un État d'Israël dont la sécurité est assurée, et un État palestinien indépendant, démocratique, souverain et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité et la reconnaissance mutuelle. Nous savons aussi que nous devons faciliter la mise en place d'un cadre régional allant dans le sens d'une solution. Les crises qui secouent actuellement la région pourraient être l'occasion pour nous de définir un équilibre différent. Un équilibre fondé sur la paix pour tous.

Mais il faut commencer par l'essentiel: nous devons protéger dès à présent la viabilité de la solution à deux États.

Israël devrait réitérer son engagement à cesser l'implantation de toute nouvelle colonie de peuplement en Cisjordanie et devrait reprendre le transfert des recettes de l'Autorité palestinienne, conformément à ses obligations. Les factions palestiniennes devraient mettre de côté leurs rivalités pour favoriser une réelle réconciliation nationale, et rétablir le contrôle gouvernemental à Gaza.

Comme je l'ai dit, je me suis rendue à Gaza il y a quelques mois. Je vous assure que la situation humanitaire dans laquelle se trouve la population de la bande de Gaza nous impose d'agir d'urgence. De toute urgence. Il faut rétablir les infrastructures et les services de base. L'UE s'est réjouie des engagements pris par des membres de la communauté internationale en faveur de la reconstruction de Gaza, mais il faut à présent que ces engagements soient honorés de toute urgence. L'UE appelle de ses vœux une évolution radicale de la situation politique et économique à Gaza, ainsi que sur le plan de la sécurité, y compris la fin du blocus et des réponses aux préoccupations légitimes d'Israël en matière de sécurité.

Des négociations directes entre les parties devraient reprendre dès que possible. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités et faciliter la reprise de ces négociations. Nous sommes prêts à apporter notre contribution. Le Quatuor doit intensifier ses efforts pour faciliter la relance du processus de paix et, dans ce contexte, établir le dialogue avec l'ensemble des parties prenantes, en particulier dans la région, pour que tous les acteurs clés se rallient à l'action en faveur de la paix et la soutiennent. Dans ce contexte, permettez-moi de rappeler que l'initiative de paix arabe demeure un fondement de toute paix future.

Les turbulences qui secouent la région renforcent le sentiment d'urgence. Alors que Daech ne respecte ni les frontières ni la souveraineté des États existants, Israël et la Palestine ont la chance de reconnaître mutuellement leurs frontières et leur droit à la sécurité. La paix dans les lieux saints pourrait être le plus convaincant des messages contre les extrémismes, au niveau de la région et du monde entier.

À propos du Proche-Orient et de la coopération entre l'UE et les Nations unies, nous ne pouvons pas oublier le rôle joué par l'Union européenne - et mon rôle personnel - en tant que facilitateur des pourparlers avec l'Iran. Notre objectif est ambitieux, et très réaliste à la fois: nous devons trouver un accord qui réponde à l'aspiration légitime de l'Iran à avoir un programme nucléaire pacifique et qui garantisse la sécurité de la région et du monde entier.

Le seul accord possible est celui qui garantira la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien. Il y a encore du chemin à parcourir, et les prochaines semaines seront décisives. Mais nous n'avons jamais été aussi proches de ce qui pourrait bien marquer un tournant dans l'histoire des relations de l'Iran avec l'Occident. Et avec la région. Ne laissons pas passer une telle occasion historique.
 
Avant de conclure, permettez-moi d'envisager l'avenir. L'année 2015 est une année cruciale pour les Nations unies. En effet, outre ses soixante-dix ans que l'organisation fêtera cette année, des processus cruciaux arriveront à leur terme et de nouveaux auront commencé à prendre forme. Ces processus détermineront l'action qui sera menée sur la scène mondiale dans les décennies à venir. Les résultats influenceront la sécurité au niveau mondial de toute une génération, voire plusieurs.

Les discussions battent leur plein concernant l'action qui sera menée après 2015. Nous devons préconiser une action qui entraînera une vraie transformation et qui portera de façon équilibrée sur les aspects économiques, sociaux et environnementaux du développement durable, partout dans le monde. Il faut pour cela des sociétés vivant dans la paix et à l'abri de la violence. Il ne peut y avoir de paix sans développement et sans respect des droits de l'homme. Une fois que nous avons compris que tout cela est lié, nous ne pouvons que soutenir les efforts consentis par le Secrétaire général des Nations unies pour que soient abordé cette année, de façon globale et dans une véritable optique de changement, les problématiques de l'éradication de la pauvreté et du développement durable.

L'année 2015 est également celle du vingtième anniversaire de la déclaration de Pékin et du quinzième anniversaire de l'adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. C'est pour nous tous une occasion unique de soutenir les Nations unies dans l'action qu'elles mènent pour promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, l'autonomisation des femmes et des jeunes filles et la lutte contre toutes les formes de violence à l'encontre des femmes. Je suis heureuse d'avoir assisté tout récemment à la séance inaugurale de la 59e session de la Commission de la condition de la femme.

L'année 2015 est également une année importante pour notre action commune en faveur de la paix. Quand la paix est mise à mal, nous devons montrer que nous avons la volonté et la capacité d'agir de façon décisive et - souvent - rapidement. Le plus souvent, ce sont les Nations unies qui sont invitées à prendre l'initiative. C'est ainsi que les opérations de maintien de la paix des Nations unies sont de plus en plus sollicitées. Les Nations unies doivent pouvoir adapter leur réaction à des crises toujours plus complexes et dans lesquelles, de plus en plus, un grand nombre d'acteurs non étatiques sont impliqués. Les conflits ont changé, et donc les moyens d'y faire face doivent eux aussi évoluer.

L'Union européenne appuie pleinement le réexamen des opérations de maintien de la paix de l'ONU lancé par le Secrétaire général l'an dernier. Ce réexamen, qui arrive à point nommé, était tout à fait nécessaire. Nous attendons du Conseil de sécurité qu'il s'acquitte de la responsabilité principale que lui confère la charte en matière de maintien de la paix. Le monde attend du Conseil de sécurité qu'il agisse avec détermination et en temps opportun face aux crises auxquelles nous sommes confrontés.

Notre Union, l'Union européenne, repose sur les mêmes valeurs, la même vision d'un ordre mondial fondé sur la coopération, que celles sur la base desquelles les Nations unies ont été créées il y a soixante-dix ans. Au fil du temps, les facteurs qui menacent la paix n'ont cessé d'évoluer. À nous d'évoluer à notre tour. Nos outils doivent être adaptés aux nouveaux défis. Mais nos espoirs et nos aspirations, eux, n'ont pas changé: nous voulons mettre les générations suivantes à l'abri des conflits, nous voulons nous battre pour la démocratie et les droits de l'homme, et promouvoir le progrès social.
 
L'Union européenne est convaincue qu'elle peut jouer un rôle clé pour un avenir plus pacifique. Nous espérons que d'autres membres de la communauté internationale, sous la conduite des Nations unies, apporteront leur pierre à l'édifice. Nous ne réussirons que si chacun d'entre nous assume son rôle. Nous ne réussirons que si les nations de ce monde sont véritablement unies. 
Je vous remercie de votre attention.

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