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Remarques de la Haute Représentante/Vice-Présidente Federica Mogherini lors de la conférence de presse commune avec Nasser Bourita, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Maroc

Rabat, 17/01/2019 - 15:35, UNIQUE ID: 190117_8
Statements by the HR/VP

Remarques de la Haute Représentante/Vice-Présidente Federica Mogherini lors de la conférence de presse commune avec Nasser Bourita, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Maroc

Rabat, 16 janvier 2019

Seule la version prononcée fait foi!

J’aimerais commencer par dire que c’est une très belle journée pour le Maroc, pour l’Union européenne et pour notre relation bilatérale.

Je voudrais remercier Monsieur le Ministre [des affaires étrangères et de la coopération internationale du Maroc, Nasser Bourita], tous ses collègues ici au Ministère des affaires étrangères, mais aussi au gouvernement, les autorités marocaines, les citoyens marocains, ainsi que mes collègues à la Commission européenne, au Conseil européen mais aussi au Parlement européen, pour un excellent travail d’équipe que nous avons fait pendant ces derniers mois et années, pour coordonner un travail compliqué qui se termine aujourd’hui sur une note totalement positive.

Je pense que c'est un moment important, pas seulement pour fêter un résultat, mais aussi pour comprendre que ce résultat positif est arrivé notamment parce que nous avons travaillé ensemble dans les moments difficiles mais aussi dans les moments plus faciles, pour arriver à ce résultat.

Aujourd'hui, le Parlement européen nous a permis, avec un vote favorable à une très large majorité, de changer l'Accord d'association entre l'Union européenne et le Maroc, et c'est la base, non seulement de ma visite aujourd'hui, mais aussi et surtout, pour commencer une nouvelle étape dans les relations entre l'Union européenne et le Maroc.

Je me félicite du travail conjoint que nous avons accompli ensemble ces derniers mois pour adapter l'Accord d'association [UE-Maroc] à la jurisprudence de la Cour de justice européenne, et comme je l'ai dit, je voudrais remercier tous ceux qui, des deux côtés, ont travaillé pendant des années pour arriver à ce résultat, à cette solution favorable qui est une solution favorable pour le Maroc et pour l'Union européenne.

Aujourd'hui, je suis convaincue que nous pouvons relancer notre partenariat sur de nouvelles bases, donner à ce partenariat une nouvelle impulsion, commencer ensemble une nouvelle époque - je dirais écrire un nouveau chapitre de l'histoire qui, comme le Ministre [Nasser Bourita] l'a dit, est déjà longue, positive et belle. Maintenant, on peut y ajouter un nouveau chapitre encore plus positif et intense.

Le Maroc est déjà un partenaire stratégique de l'Union européenne, un partenaire clé de notre voisinage immédiat, oriental et méridional, avec lequel nous avons développé un partenariat durable et précieux pendant cinquante ans. Nous aspirons maintenant, tous les deux, à un saut qualitatif dans nos relations pour bâtir un partenariat à vocation régionale qui regarde la Méditerranée, qui regarde le monde arabe et l'Afrique, qui soit à la hauteur de nos attentes - des attentes de nos citoyens des deux côtés de la Méditerranée - et qui nous permettent d'atteindre nos objectifs communs tant en Méditerranée qu'en Afrique.

Notre nouveau partenariat renforcé sera aussi important pour faciliter un rapprochement encore plus important entre le Maroc et l'Union européenne, qui s'inscrit dans le prolongement de la réforme que le Maroc a entamée avec la constitution de 2011; et je veux amener ici le message très fort et très clair que l'Union européenne est prête à soutenir le Maroc et ses priorités nationales dans ce contexte.

Dans ce sens, permettez-moi de dire que l'accent qui a été mis par Sa Majesté le Roi Mohammed VI sur la jeunesse, sur l'emploi et la formation professionnelle, correspond parfaitement aux priorités de l'Union européenne. Donc je suis sûre que ça sera une piste de travail commune extrêmement fructueuse pour le futur.

En 2018 déjà, nous avons appuyé le Maroc dans le domaine de la bonne gouvernance, du développement régional, de la jeunesse, avec trois projets importants d'une valeur totale de 190 millions d'euros. Je suis convaincue que notre nouveau partenariat, cette nouvelle phase nous permettra aussi de discuter encore mieux et encore plus des questions qui ont besoin d'être discutées entre voisins et partenaires, comme nous le sommes, telles que la sécurité et les migrations.

Nous voulons profiter du bon travail et de l'expertise marocaine dans ce domaine pour avoir un véritable échange avec un partenaire, partager nos expériences et obtenir, au Maroc et en Europe, de meilleurs résultats.

Quant au développement dans la région, notre dialogue et notre coopération sont déjà très intenses, très positifs, et très importants. Avec le Ministre [Nasser Bourita], nous venons de nous rendre compte que dans les prochains jours et semaines, nous allons être présents tous les deux à un certain nombre d'événements; demain et après-demain à Malte à la réunion [des Ministres des Affaires étrangères du Dialogue] 5+5 [Espagne, France, Italie, Malte et Portugal et Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie], la semaine prochaine à Bruxelles pour une réunion ministérielle entre l'Union européenne et l'Union africaine, début février à Bruxelles pour la réunion ministérielle entre l'Union européenne et la Ligue arabe, et ensuite au sommet à Charm el-Cheikh entre l'Union européenne et la Ligue arabe.

Cela indique l'ampleur et l'intensité d'un travail qui est seulement naturel pour deux partenaires qui se connaissent depuis si longtemps, qui sont très proches en termes de géographie, mais aussi des intérêts, de l'expérience, de la culture que nous partageons. Deux partenaires qui peuvent travailler plus et mieux dans le contexte régional qui est difficile et qui pourra être abordé seulement dans le cadre d'une coopération très forte.

Je voudrais aussi terminer par dire que, dans l'Union européenne, nous regardons avec beaucoup d'espoir et de soutien le nouvel élan observé, l'engagement entre les parties lors des discussions à Genève en décembre qui constituent un signe positif et un espoir pour la solution du processus au Sahara occidental. Il est important que cet engagement se poursuive en vue d'une nouvelle réunion dans les mois à venir.

L'Union européenne soutient pleinement le travail des Nations unies, et de son Envoyé spécial [pour le Sahara occidental, Horst Koehler]. Nous sommes prêts à soutenir le travail des Nations unies sur ce dossier afin de trouver une solution à un conflit qui dure depuis plus de quarante ans.

Je voudrais terminer par remercier encore une fois le Ministre [Nasser Bourita], toute l'équipe qui a travaillé jour et nuit ces dernières années avec nos équipes, et dire que par rapport à d'autres visites ici à Rabat dont je me souviens bien, aujourd'hui est une visite pour fêter, relancer et ouvrir une nouvelle phase encore meilleure dans nos relations.

Merci.

 

Q. Quel est le rôle et la place du Maroc dans le partenariat méditerranéen?

Le Maroc est non seulement un des pays les plus proches géographiquement des côtes européennes, mais aussi un des pays, sinon le pays, avec lequel l'Union européenne a le partenariat le plus ancien. Au-delà de cela, c'est un pays clé au sein de deux organisations qui, pour nous en tant qu'Union européenne, sont des partenaires naturels et stratégiques: la Ligue arabe et l'Union africaine.

Ce n'est pas un mystère que l'Union européenne, surtout dans cette phase de la géopolitique globale, investit énormément dans le multilatéralisme, dans le renforcement des organisations régionales, et pour nous le Maroc est un partenaire clé dans la région méditerranéenne, dans la Ligue arabe, dans l'Union africaine et dans les relations bilatérales entre l'Union européenne et le Maroc.

De plus, il y a différents forums où nous coopérons très étroitement, je peux nommer le [Dialogue] 5+5 qui va se réunir demain à Malte, mais aussi l'Union pour la Méditerranée qui a eu un Secrétaire-général marocain [Fathallah Sijilmassi] qui a travaillé de façon excellente jusqu'à il y a quelques mois, et que je voudrais aussi remercier.

La place du Maroc dans le partenariat méditerranéen est clé et je suis convaincue que la journée d'aujourd'hui va ouvrir d'autres pistes de travail encore plus importantes dans le futur.

Q. Récemment, il y a eu un débat sur le format de participation dans le cadre de l’Union européenne – Union africaine. Cela aura-t-il un impact sur le statut de la RASD aux yeux de l'Union européenne?

Cela a été un sujet de discussion il y a un peu plus d'un an déjà pour le sommet d'Abidjan entre l'Union européenne et l'Union africaine.

Le principe qui a été utilisé il y a un an est encore valable, c'est-à-dire, chaque côté organise ses délégations. Cela n'a aucun impact sur la position de l'Union européenne et cela ne change pas la position de l'Union européenne concernant la reconnaissance de la RASD.

Q. Serait-ce possible d'avoir un point précis sur les aides et les montants accordés en ce qui concerne la migration, et le calendrier de déblocage prévu par l'Union européenne depuis ces derniers mois et pour les prochains mois, pour qu'on ait une vision à peu près précise?

Premièrement, je tiens à souligner une chose: en Europe, il y a beaucoup d'attention sur le dossier migratoire et c'est normal. Nous le savons très bien et nous reconnaissons le fait que, premièrement, le dossier migratoire n'est pas le seul - et je dirais même que ce n'est pas le plus important - que nous avons avec le Maroc  et nous savons très bien aussi que le Maroc porte une attention particulière à ce dossier parce qu'il est en soi un pays de transit et de destination. Donc, nous abordons cette question en tant que partenaires, pour avoir une coopération d'égal à égal qui nous permette de faire face à ces phénomènes de façon coopérative.

Nous avons dédié déjà en décembre l'année passée 140 millions d'euros pour soutenir la gestion des frontières marocaines, et une première tranche de 30 millions d'euros d'appui budgétaire a déjà été octroyée fin décembre. Le reste sera payé dans les mois qui viennent sur des projets plus concrets.

En parallèle, l'Union européenne est en train de soutenir deux autres projets qui concernent d'autres activités.

Je passerai la parole au Ministre [Nasser Bourita] pour ce qui concerne les prochaines étapes, mais ce que nous avons décidé ce soir est de relancer pleinement notre partenariat - à pleine vitesse et avec une ambition très haute. Cela veut dire que nous allons préparer maintenant avec tous nos groupes de travail les différents dialogues sectoriels, et avoir un Conseil d'association – je l'espère au printemps - et relancer tous les niveaux de dialogue et de coopération. Certains d'entre eux ont été actifs pendant ces années plus compliquées; maintenant le feu vert est donné et nous avons tous les deux - je pense - l'intention d'investir le plus possible dans la relance de ce partenariat et ce dans tous les domaines.

Q. Aujourd'hui l'amendement de l’accord agricole entre le Maroc et l'UE a été ratifié. Comme l’a dit M. le Ministre Nasser Bourita, il y a eu des tentatives par le passé de contester cet accord juridiquement. Comme on le sait, le Polisario, avec l'instigation de l'Algérie, a mené une politique de poursuite en justice. Est-ce que cet accord donne des garanties au Maroc pour qu'il n'y ait plus de pareil agissements de la part du Polisario ?  Est-ce qu'il y a des garanties juridiques et judiciaires sur les produits marocains en provenances du Sahara occidental dans le cadre de cet accord agricole qui a été ratifié aujourd'hui ?

Ce que je peux dire est que ce que nous avons fait est important parce que, comme nous l'avons dit, nous sommes arrivés à amender, changer, à adapter un accord important pour l'Union européenne et le Maroc, à la jurisprudence de la Cour de justice européenne.

Nous sommes arrivés à le faire en écoutant les différentes préoccupations, en Europe et ailleurs, mais surtout dans le contexte du Parlement européen, et je voudrais encore une fois souligner la bonne coopération entre les institutions de l'Union européenne. Je voudrais en particulier remercier les parlementaires du Parlement européen, les groupes [politiques] et les différentes commissions pour l'excellent travail très en profondeur sur le dossier, ce qui est en soi une bonne base.

Nous avons encore du travail devant nous, par exemple sur la pêche le mois prochain. Ce qui est important pour moi c'est, premièrement, le fait que nous sommes arrivés à soutenir ce changement avec une large majorité, ce qui donne un espoir pour la poursuite du travail, par exemple sur la pêche, et surtout avec une méthode, parce que nous avons travaillé depuis le premier jour.

Je m'en souviens très bien, j'étais ici en mars 2016 dans un contexte complètement différent. Si vous regardez les vidéos de cette époque, c'était moins souriant et un peu plus tendu, mais toujours avec le même sentiment amical, qui nous est toujours venu car nous avions toujours la conscience d'être du même côté.

Nous avons travaillé à tous les niveaux, et vraiment un grand merci aux équipes qui ont travaillé sur cet accord, pour essayer de résoudre une question qui nous était posée à tous les deux, dans la meilleure et la plus constructive des façons. Je pense que cette méthode en soi est une excellente base, premièrement pour renforcer le partenariat, cela peut aussi être une base pour faire face à d'autres défis qui peuvent arriver, mais surtout maintenant pour relancer notre partenariat de façon encore plus forte qu'avant.

Lien de la vidéo: https://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I166592