European Union External Action

Remarques introductives de la Haute Représentante/Vice-Présidente Federica Mogherini lors de la conférence de presse conjointe avec le Président en exercice du G5 Sahel

Bruxelles, 23/02/2018 - 19:14, UNIQUE ID: 180223_15
Remarks

Remarques introductives de la Haute Représentante/Vice-Présidente Federica Mogherini lors de la conférence de presse conjointe avec le Président en exercice du G5 Sahel, Mahamadou Issoufou, Président du Niger, le Président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat et le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix à l'issue de la Conférence internationale de haut niveau sur le Sahel

Bruxelles, 23 février 2018

 

Seule la version écrite fait foi!

 

Premièrement, je souhaite saluer et remercier nos amis du G5 Sahel – les chefs d'Etat et de gouvernement des cinq pays avec lesquels l'Union européenne a développé un partenariat très étroit lors de ces dernières années – mais aussi les 32 chefs d'Etat et de gouvernement présents aujourd'hui à Bruxelles, les Nations Unies, la Commission de l'Union africaine avec laquelle nous avons travaillé pour organiser cette conférence, et avec laquelle nous travaillons chaque jour pour la stabilité, la paix, et le développement dans la région. Mais aussi, je voudrais remercier, saluer les quinze pays partenaires qui ont tenu à participer à cette conférence aujourd'hui, et à contribuer à une mobilisation du soutien qui est vraiment impressionnante, aujourd'hui.

 

Nous avons premièrement donner un message très clair, fort et puissant de soutien et de la priorité que la communauté internationale donne à la région du Sahel. Les défis de sécurité, de développement, de stabilité de la région du Sahel vont bien au-delà de la région même. C'est pour cela qu'il est, pour nous, fondamental de mobiliser ce soutien international.

 

L'impact de l'insécurité suscitée par la présence de groupes criminels, de trafiquants d'armes, de drogue, d'êtres humains, ainsi que des groupes terroristes dans la région se fait sentir jusqu'en Europe et bien au-delà de notre même continent. Et c'est pour cela que nous voulons – et nous devons – répondre ensemble à ce défi, tout en laissant – et cela est très important pour moi de le souligner – les pays du G5 définir eux-mêmes leur stratégie, leur propre façon de coopérer, de manière à répondre à leurs priorités. Ce sont les gens, les gouvernements, les institutions, les femmes, les hommes de la région du Sahel qui savent le mieux comment faire face et répondre aux défis qui sont les nôtres.

 

Donc cette conférence avait comme premier but la mobilisation de soutiens politiques. Et avec 32 chefs d'Etat et de gouvernement et plus de 60 délégations présentes, je pense que ces objectifs ont été clairement atteints. Le but de cette conférence était aussi de mobiliser un soutien y compris le soutien financier.

 

Nous avons, bien sûr, discuté aussi du soutien au développement de la région. Nous savons très bien que les conditions de développement économique et social, partout, mais surtout dans le Sahel, est une condition fondamentale, pour garantir la sécurité de la région. Je veux souligner, encore une fois, le fait que l'Union européenne avec les 8 milliards d'euros déjà investis sur la période 2014-2020 – pour le Sahel seulement – est, et continuera à être le premier partenaire, le premier donateur pour le Sahel.

 

Mais aujourd'hui, nous avons mobilisé le soutien pour la force conjointe du G5 Sahel lancée en octobre dernier, à laquelle l'Union européenne a contribué la première. Déjà en juin et en juillet [2017], nous avons mobilisé, en tant qu'Union européenne, 50 millions d'euros initiaux alloués pour sa création. Et aujourd'hui, l'Union européenne a annoncé 50 millions d'euros supplémentaires pour aider à sa montée en puissance.

 

Mais le chiffre le plus important, que je suis heureuse de partager avec vous aujourd'hui, est qu'au total nous avons mobilisé un soutien de 414 millions d'euros. Je répète 414 millions d'euros. Cela va bien au-delà des attentes initiales, grâce à une mobilisation énorme de la part non seulement de l'Union européenne et de ses Etats membres mais aussi de la part des autres partenaires internationaux. L'Union européenne et les Etats membres contribuent à ces 414 millions d'euros avec un chiffre total de 176 millions d'euros, pour la force conjointe seulement, en plus des investissements sur le développement.

 

Donc cela est un résultat énorme qui nous donne maintenant la base pour travailler sur l'opérationnalisation de la force conjointe. Et sur ce point, je suis sûr que nos amis vous en diront plus. De plus, cela nous donne la responsabilité de continuer le travail, dans le même esprit de coopération très étroite avec le G5, l'Union africaine, les Nations Unies, mais aussi avec les partenaires qui nous ont rejoints aujourd'hui.

 

Je souhaite dire un mot, avant de terminer, sur le fait que nous avons aussi établi un centre de coordination [Coordination Hub], ici, à l'Union européenne, unique en son genre, pour rassembler les offres de soutien international à la force conjointe [du G5 Sahel]. Je viens de nommer le soutien financier, mais il y a aussi des contributions qui se feront d'une façon différente à celle des contributions financières à la force [conjointe du G5 Sahel].

 

Le Centre de coordination, ici, à l'Union européenne, est déjà opérationnel, et permet aux donateurs d'acheminer l'aide indispensable demandée avec une liste de besoins fournie par la force conjointe. Et nous faisons correspondre les besoins identifiés par la force conjointe avec les disponibilités de soutien des donateurs pour la force conjointe. 46 requêtes ont déjà été reçues et en cours de traitement. Donc, cela est déjà opérationnel.

 

Et je pense qu'il est aussi important de souligner ceci, compte tenu de la coordination que vous voyez ici. Nous tenons à avoir un niveau de coordination qui simplifiera le travail pour le G5 Sahel et qui ne multipliera pas les efforts sur le plan bureaucratique ou administratif. Donc, il y a aussi cet aspect important qui a été décidé et qui est déjà opérationnel.

 

Je voudrais vraiment remercier mes amis autour de moi ici, mais aussi l'ensemble des 60 délégations et plus qui ont aujourd'hui contribué à ces résultats très importants.

 

Lien vers la vidéo: http://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I150908
 

Q. Sur les 414 millions d'euros que vous avez annoncés ce matin, quelles sont les nouvelles promesses de dons? Parce qu'une certaine somme avait déjà été mobilisée. Une question sans rapport avec la Conférence mais avec une opération militaire en cours dans le Nord-Est du Mali dans la région de Goa, menée par GATIA et MSA avec le concours de l'opération Barkhane. Pouvez-vous nous apporter des précisions, sur une opération qui vise le chef de l'Etat islamique dans le Sahara

 

Sur la première partie de la question, je tiens à souligner qu'hier, et ce matin à 8 heures, à part le soutien qui avait déjà été mobilisé par l'Union européenne en juillet, de 50 millions d'euros, concrètement rien n'était disponible. 

 

Il y avait déjà eu des annonces lors des semaines passées qui ont été confirmées ce matin. Il y a eu de nouvelles mobilisations de financement aujourd'hui de la part de certains autres partenaires, et il y a eu aujourd'hui, de la part de certains acteurs autour de la table, des annonces qui dépassent les annonces qu'ils avaient faites auparavant.

 

Je pense cependant qu'il est plus intéressant pour nous de nous concentrer sur le travail à faire maintenant et sur le fait suivant qui est évident pour moi: nous parlons de la Force conjointe depuis juin. Nous nous sommes réunis à plusieurs reprises de juin à aujourd'hui, avec les Ministres des Affaires étrangères, les Ministres de la défense du G5 Sahel, les chefs d'Etat ou de Gouvernement - en juillet à Paris, en septembre à New York, à Abidjan en novembre. A chaque fois, nous nous disions que sans l'appui financier, la Force conjointe ne parviendrait pas à devenir opérationnelle – donc à avoir des résultats.

 

Le grand défi était de mobiliser ce soutien financier dans un court délai, parce que l'objectif est d'avoir la Force conjointe opérationnelle en mars, c'est-à-dire à partir de la semaine prochaine. Le grand défi était de mobiliser cet argent aujourd'hui et nous sommes arrivés à le mobiliser.

 

Pour la suite, le défi est premièrement de faire en sorte que tous les engagements d'aujourd'hui se traduisent par un transfert effectif de soutien financier sur le terrain, donc que l'argent arrive à destination. Deuxièmement, pour le futur, de garantir une soutenabilité aux opérations de la Force conjointe, mais il faut tout d'abord que la force commence à être opérationnelle, et nous disposons à présent de la base pour y parvenir.

 

Q. Vous avez parlé de 414 millions d'euros annoncés et 75 millions d'euros chaque année pour assurer la pérennité. S'agit-il d'organiser chaque année une Conférence pour mobiliser 75 millions d'euros ou avez-vous déjà imaginé un système de prélèvement pour assurer ce financement?

 

Aujourd'hui, nous avons travaillé – comme je l'ai dit -  sur la mobilisation des financements qui sont nécessaires pour le début des opérations de la Force conjointe qui est la priorité. Comme cela vient d'être dit, nous sentons l'urgence pour la Force conjointe d'être opérationnelle le plus rapidement possible.

 

Nous avons également commencé à discuter de comment garantir la soutenabilité des opérations de la Force conjointe pour les années à venir, même si aucune décision n'a été prise à ce sujet aujourd'hui.

 

J'ai vu cependant autour de la table une forte compréhension qu'il s'agit clairement du début d'un processus, dans lequel - comme je l'ai dit - les donateurs se sont engagés à parvenir à des résultats. Je pense qu'au moment où la Force conjointe commencera à être opérationnelle sur le terrain, il faudra faire le suivi et nous sommes prêts à continuer ce travail. Ce, tout en soulignant le fait que c'est un travail que nous comptons continuer à faire sur l'aspect sécurité, avec la Force conjointe, mais aussi sur l'aspect développement, parce que nous savons bien – comme le Président Issoufou l'a dit - que sans ces 8 milliards d'euros que l'Union européenne a investi dans le développement, l'éducation, la création d'emplois, les services sociaux, la lutte contre le changement climatique etc. la Force conjointe seule, l'effort sécuritaire seul, ne peut pas à résoudre complètement le problème.

 

Q. Vous parlez d'une menace pour la sécurité en Europe. Quelle est exactement cette menace, ce sont des terroristes qui peuvent attaquer l'Europe, est-ce Dae'sh qui est en train de se réorganiser au Sahel. Pouvez-vous l'expliquer.

 

Je voudrais souligner les mots importants du Président. Il y a deux priorités absolues pour les citoyens européens : je considère encore que l'économie et l'emploi restent importants ainsi que la sécurité, le contre-terrorisme et la gestion des migrations.

 

Si nous voulons sérieusement travailler sur ces deux sujets du côté européen, c'est là la façon de le faire: investir dans le partenariat.  Il ne s'agit pas d'imposer un agenda à nos partenaires parce qu'ils savent beaucoup mieux que nous ce qu'il faut faire sur le terrain; mettre à disposition des ressources, mettre à disposition un soutien, pas seulement financier, mais aussi logistique et militaire dans le cas de la Force conjointe, et aussi travailler ensemble sur premièrement, l'aspect du contre-terrorisme; parce qu'à chaque fois qu'il y a une partie de territoire dans notre région - et le Sahel fait partie de notre région européenne au sens large de la Méditerranée, et le territoire est complexe - qui n'est pas complètement sous le contrôle de l'Etat, il y a là un risque d'avoir un noyau qui peut être opérationnel là-bas et préparer des activités ailleurs.

 

Il s'agit bien d'investir dans la promotion de ce type de développement dans toute la région du Sahel, de la Corne d'Afrique, du Moyen-Orient mais aussi dans le Sud-Est asiatique, ou en Afghanistan. Nous avons, je le pense, bien compris en Europe que la menace terroriste n'est pas nécessairement liée à un territoire. Il faut faire face et prévenir le plus possible partout où la menace commence à se développer et dans le Sahel c'est le cas.

 

La deuxième priorité est la lutte contre les trafiquants et le crime organisé. Premièrement parce que cela peut devenir une source de financement pour les activités et les réseaux terroristes, mais aussi parce que le trafic de drogue, d'armes et d'êtres humains passe par le Sahel, mais touche aussi l'Europe. Donc c'est dans notre intérêt prioritaire de travailler en partenariat, d'investir là où il faut investir.

 

C'est une approche - comme disait le Président Faki - très pragmatique, très pratique, qui fonctionne. Au-delà des slogans, voici la façon de véritablement faire face, avec des résultats qui je pense vont arriver, à la fois sur l'aspect de la gestion des flux migratoires, du trafic d'êtres humains, et de la prévention du terrorisme.

 

Lien vers la vidéo: https://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I150909