Irak: «Nous voulons vous aider à conquérir la paix», déclare Mme Mogherini lors de la conférence pour la reconstruction de l'Irak

14/02/2018 - 20:49
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Après la défaite territoriale de Daech, l’Union européenne souhaite aider les Irakiens à atteindre leurs objectifs de reconstruction du pays, en plaçant les citoyens au cœur du projet. Coprésidant la conférence pour la reconstruction de l’Irak organisée au Koweït le 13 février 2018, Federica Mogherini, haute représentante de l'UE, a insisté sur l'engagement résolu de l’UE à investir dans la reconstruction des infrastructures, mais aussi dans les institutions irakiennes, les systèmes sociaux et les communautés, et annoncé une enveloppe supplémentaire de 400 millions d’euros en faveur de l'aide humanitaire, du développement et de la stabilisation.

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Leyla est heureuse d’être de retour dans son école à Mossoul, où elle enseigne l’anglais à des élèves du primaire. «J'aime mon travail!», déclare-t-elle.

Leyla a enseigné dans le camp où elle vivait après avoir été déplacée par Daech, mais maintenant que les familles rentrent peu à peu chez elles, elle enseigne de nouveau dans son ancienne école, grâce à l'aide de l'UE.

Leyla et ses collègues sont confrontés à une tâche immense. Ils doivent enseigner à des élèves traumatisés par la violence, les pertes et les déplacements, dans une ville qui a vécu pendant près de trois ans sous l’occupation de Daech, où de nombreuses zones sont totalement détruites, mais dans laquelle les personnes déplacées à l’intérieur du pays souhaitent ardemment revenir dès que la sécurité sera assurée et que les services de base seront rétablis.

«La première et la plus urgente des contributions que nous pouvons apporter est de faire en sorte que les jours sombres vécus par l’Irak appartiennent à jamais au passé. Nous souhaitons consolider ce qui a été accompli par le peuple irakien et l'aider à "conquérir la paix" après avoir remporté la guerre contre Daech», a déclaré la haute représentante lors de la conférence pour la reconstruction de l’Irak organisée au Koweït. L’Union européenne copréside la conférence à l’invitation de l’émir du Koweït, illustrant ainsi son ferme engagement envers le peuple irakien et son gouvernement.

«C’est ce que nous entendons par "stabilisation". Nous voulons que la vie revienne dans les villes et les campagnes irakiennes. Nous voulons répondre aux besoins urgents de la population, afin de jeter une base solide pour la reconstruction», a ajouté Mme Mogherini.

Le gouvernement irakien a indiqué très clairement de quelle reconstruction le pays a besoin, a indiqué la haute représentante, qui reconnaît que la reconstruction physique de l’Irak nécessitera un vaste effort collectif, ainsi que des ressources et des investissements privés importants.

«Mais la reconstruction ne se limite pas à des bâtiments, des routes et des chemins de fer. Nous devons et nous voulons également aider l’Irak à reconstruire son système éducatif, ses institutions et sa société», a-t-elle ajouté.

La haute représentante a insisté sur la dimension humaine, sociale et institutionnelle de la reconstruction, expliquant que l’UE souhaitait aider les Irakiens à reconstruire leurs communautés et à mettre en valeur le capital humain considérable du pays.

Tout en conservant l'être humain au cœur du projet, l'Union souhaite également contribuer à construire un avenir meilleur pour l’ensemble des citoyens irakiens, reposant sur un État inclusif et une économie durable fondée sur la connaissance. 

L’UE et la haute représentante ont proposé une nouvelle stratégie pour l’Irak — adoptée par les États membres le 22 janvier —, qui définit la manière dont l’Union peut accompagner et soutenir la population irakienne à court et à long terme dans le domaine de l'aide humanitaire restant à apporter, du redressement rapide, du développement et des mesures de réforme, afin de bâtir un avenir meilleur pour le pays, dirigé par un État plus inclusif. 

Cette stratégie met en lumière les difficultés restant à surmonter et les principaux domaines dans lesquels l’action de l’UE peut apporter une valeur ajoutée au cours des prochaines années.

Parler avec des professeurs comme Leyla montre à l'évidence que le redémarrage de l’enseignement dans les zones libérées constitue un élément essentiel pour renforcer la cohésion sociale et tourner la page dans un esprit de véritable réconciliation.

Cependant, il apparaît aussi clairement que, sans une approche globale, les résultats seront limités.

Pour que plus d'enfants et d'enseignants reprennent le chemin de l'école, il faut qu'un plus grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays retournent en toute sécurité dans leurs foyers, avec le sentiment qu’elles peuvent faire confiance aux institutions locales.

«Nous, Européens, avons toujours été et continuerons d’être à vos côtés, avec les Irakiens», a déclaré Mme Mogherini.

«Avec les Nations unies, nous avons aidé à acheminer l’électricité, l’eau potable et des médicaments dans les zones libérées. Nous avons déminé des écoles à Ramadi, de sorte qu'aujourd'hui, six mille enfants ont pu reprendre leurs études, et nous faisons de même dans d’autres parties du pays», a-t-elle ajouté.

L'aide est également axée sur la remise en état des services de base et des moyens de subsistance, afin de permettre les retours volontaires, durables et dans la dignité, sans diminuer pour autant l'assistance aux personnes déplacées à l'intérieur du pays restant dans des camps et aux populations touchées par le conflit. Il convient de ne pas négliger le passage, au-delà des zones libérées, de l'aide d'urgence aux mesures de redressement rapide et de développement, aux besoins humanitaires subsistants, au bien-être psychologique, au sens de la communauté et au sentiment d'appartenance à un État.

Il faut également s'occuper des parents d'élèves et de leurs frères et sœurs plus âgés et convaincre les familles pauvres d’envoyer leurs enfants à l’école, plutôt que de les faire travailler.

«Chers collègues enseignants, allez voir ces familles, encouragez les parents et efforcez-vous de motiver les enfants pour qu'ils retournent à l’école — et nous réussirons», demande instamment Leyla.

Pour reconstruire les familles, les communautés et l’ensemble du pays, il faut créer de nouvelles possibilités d’emploi grâce à des modes de subsistance durables et développer des compétences au moyen de la formation professionnelle.

C’est pourquoi l’UE s’emploie à former les jeunes afin de leur donner les connaissances et les compétences dont ils auront besoin pour occuper des emplois, et notamment des emplois qui n’existent pas encore. Grâce à des programmes financés par l’UE, les enseignants travaillant dans le centre et le sud de l’Irak sont formés pour transmettre de nouvelles connaissances aux jeunes générations et leur donner les aptitudes nécessaires aux futurs marchés de l’emploi. Étant donné l'importance stratégique de cette tâche, l’UE maintiendra son aide à long terme, en mettant particulièrement l’accent sur les femmes et les jeunes.

Ces thèmes sociaux et humains sont au cœur de la contribution de l’UE à la conférence pour la reconstruction de l’Irak organisée au Koweït.

Il est également essentiel d'améliorer les prestations des services publics pour rétablir la confiance des Irakiens dans leurs institutions, et ce processus commence au niveau local. L'UE a ainsi œuvré pour renforcer la bonne gouvernance au sein des gouvernorats en améliorant les procédures de planification et de mise en œuvre. Le soutien aux autorités locales restera une priorité de la coopération avec l’Irak durant les prochaines années. 

«Ces trois dernières années, l’Union européenne et ses États membres ont investi trois milliards et demi d'euros pour aider le peuple irakien», a déclaré Mme Mogherini.

«Aujourd'hui, l’Union européenne est en train de finaliser ses procédures internes pour investir un montant supplémentaire de 400 millions d’euros dans des actions humanitaires, de développement et de stabilisation», a annoncé la haute représentante, expliquant que cette somme provenait du budget de l'Union et qu'elle s'ajoutait donc aux contributions individuelles des États membres.

La lutte menée contre Daech a été un moment d’unité nationale et d’autonomisation. L’UE souhaite aider le gouvernement irakien à maintenir ce cap crucial et à améliorer l’état de droit dans le pays, notamment en renforçant les capacités en matière de sécurité civile.

L’Union a ainsi déployé en novembre 2017 une mission civile en Irak afin de soutenir la réforme du secteur de la sécurité civile et de fournir des conseils stratégiques et une assistance dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Il est essentiel de rétablir la confiance de tous les citoyens irakiens dans l’appareil de sécurité de l’État et de faire en sorte que la sécurité respecte les droits de l’homme dans l'ensemble du pays.

Parallèlement, l’UE soutient les efforts déployés par le gouvernement irakien pour améliorer la bonne gouvernance et réformer le système de gestion des finances publiques afin de le rendre plus transparent et responsable vis-à-vis des citoyens irakiens. L’UE prévoit de continuer à soutenir les réformes concernant la transparence et la responsabilité des institutions, notamment dans le secteur de l’énergie.

L'Union a été et reste un partenaire solide et un ardent défenseur du peuple et du gouvernement irakiens, tant avant que pendant la lutte contre Daech.

Au cours des trois dernières années, notamment, elle a activement soutenu le peuple et le gouvernement irakiens. Outre son important soutien en tant que donateur — plus de 650 millions d’euros ont été octroyés depuis 2014 —, l’UE est avant tout un partenaire de longue date engagé dans un large éventail d’activités ayant une forte incidence sur le terrain, allant de l'aide humanitaire et du renforcement de la résilience à la sécurité et à l’aide au développement. Avec cette aide, l’UE met en œuvre une approche qui vise l'ensemble de l’Irak, au-delà des zones en crise.

La montée en puissance de Daech n’a pas signifié la fin de l’Irak. Au contraire, a indiqué la haute représentante, les personnes venues de toutes les communautés et de toutes les parties du pays se sont finalement unies dans un but commun. La défaite territoriale de Daech peut être l’occasion d'un nouvel essor pour l'Irak, où toutes les communautés partagent réellement une identité irakienne inclusive.

«Si l’Irak est en train de tourner la page, c’est surtout et avant tout grâce à son peuple, à ses hommes et à ses femmes. Cette victoire vous appartient et elle peut apporter enfin de l'espoir à toute une région», a déclaré la haute représentante.

Elle a ainsi souligné que l’objectif était de construire un pays pour tous, où chacun peut trouver sa place et se sentir chez lui. «Une reconstruction qui s'adresse à tous les Irakiens, au-delà de leur appartenance ethnique, de leur religion, de leur origine sociale et de leur sexe», a déclaré Mme Mogherini.

 

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