European Union External Action

Federica Mogherini: nous devons mettre en place des bases communes et non des interdictions

01/02/2017 - 20:09
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La haute représentante/vice-présidente s’est adressée au Parlement européen au sujet des restrictions de voyage introduites la semaine dernière par un décret du président des États-Unis.

L’Union européenne désapprouve les restrictions de voyage établies la semaine dernière par le président des États-Unis et continuera d'ouvrir ses portes à toutes les personnes ayant droit à une protection internationale, a déclaré aujourd’hui la haute représentante au Parlement européen.

«En tant qu’amie des États-Unis, je pense que l’Europe a le devoir de s’exprimer clairement, et respectueusement, chaque fois qu'il y a un désaccord, en particulier lorsque ce désaccord porte sur nos valeurs fondamentales», a indiqué la haute représentante. «Et il est clair que nous désapprouvons, comme semble-t-il beaucoup d’Américains, le décret publié par le président des États-Unis le 27 janvier.»

Le décret prévoit une suspension temporaire, pour une période de 90 jours, de l’entrée sur le territoire américain de ressortissants étrangers originaires de sept pays: l’Iraq, la Syrie, l’Iran, le Soudan, la Somalie, la Libye et le Yémen. Il prévoit également une suspension temporaire, pour une période de 120 jours, du programme américain d’accueil des réfugiés.

Les États-Unis ont précisé que les citoyens de l’UE n’étaient pas concernés par l’interdiction, même s’ils ont la double nationalité d’un des sept pays. L’UE reste toutefois en total désaccord avec l’arrêt», a déclaré Mme Mogherini.

«J’ai toujours considéré les États-Unis — et je continue à le faire — avec le plus grand respect et la plus grande admiration, comme un pays où chacun peut réussir, quelle que soit son origine sociale, ethnique ou culturelle. Un pays d’opportunités, d’espoir et de rêves. Un pays qui a toujours été grand, justement parce qu’il a toujours été ouvert et a toujours défendu les libertés.»

«J’ai déjà indiqué clairement ces derniers jours la position de l’Union européenne. Personne — je dis bien personne — ne peut être privé de ses droits en raison de son lieu de naissance, de sa religion ou de son appartenance ethnique», a déclaré la haute représentante lors de la séance plénière du Parlement européen à Bruxelles.

«Ce principe figure dans nos constitutions, en Europe comme en Amérique. C’est ce que nous sommes, ce qui fonde notre identité et que nous ne pouvons pas oublier. Notre histoire européenne nous a appris à nous réjouir lorsque des murs sont abattus et lorsque des ponts sont jetés. Nous avons appris de notre histoire, riche mais aussi tragique, que chaque être humain est avant tout une personne qui jouit de droits fondamentaux, que l’on ne peut remettre en question», a-t-elle ajouté.

«Un grand nombre de ces personnes fuient des groupes terroristes comme Daech. Ce sont des victimes du terrorisme... Et, surtout, elles ont un avenir à construire, dans l’intérêt de leur propre pays et de notre sécurité, car la reconstruction sociale de leur pays dépend d’elles.»

L’Union continuera d’offrir une protection à ces personnes, car il ne «serait pas moral, ni juste, ni légal ni dans notre intérêt de faire le contraire. Car ce type de mesure est susceptible d’aviver les tensions et la méfiance entre les personnes, entre les peuples et entre les nations», a souligné Federica Mogherini.

«Seuls le respect et la coopération peuvent améliorer notre sécurité. Seuls le respect et la coopération peuvent nous aider à gérer les nombreuses crises dans le monde. C’est la voie européenne. Nous travaillons ensemble, avec les pays qui connaissent une crise et avec leurs voisins. Tous. Une interdiction de voyage peut peut-être — peut-être — donner provisoirement l’illusion que l’on fait face au problème, mais elle ne peut que créer davantage de frustration et de colère. Nous avons besoin de coopération, pas de portes fermées. Nous devons dialoguer. Nous devons mettre en place des bases communes, et non des interdictions.»

L’UE est le plus grand donateur au monde en faveur de la population syrienne et des pays voisins, avec plus de 9 milliards d’euros investis depuis le début du conflit en Syrie. Elle a coopéré étroitement avec les États-Unis, notamment lors du sommet des Nations unies sur les réfugiés à New York, afin de protéger les droits humains de tous les migrants et réfugiés et de lutter contre les discours incitant à la haine contre ces personnes.

«L’UE est toujours prête à dialoguer avec la nouvelle administration américaine afin d’assurer le suivi de ces engagements, ainsi que de nombreux autres acquis que nous avons obtenus ces dernières années et qui sont aujourd’hui des éléments clés de notre politique européenne, qu’il s’agisse du changement climatique, de l’accord sur le nucléaire iranien, du processus de paix au Proche-Orient ou de notre soutien au système des Nations unies et à un système commercial libre et équitable», a conclu Mme Mogherini.