European Union External Action

Discours de la Haute Représentante/ Vice-Présidente de la Commission européenne Federica Mogherini lors de la remise du prix de l'Européen de l'année" du Trombinoscope

Bruxelles, 02/02/2017 - 22:00, UNIQUE ID: 170203_11
HR/VP speeches

Discours de la Haute Représentante/ Vice-Présidente de la Commission européenne Federica Mogherini lors de la remise du prix de l'Européen de l'année" du Trombinoscope

Seul le texte prononcé fait foi !

Je peux remercier en italien je pense ! Grazie !  C'est vraiment un honneur pour moi  d'être ici avec vous et je voudrais vous remercier aussi pour l'hospitalité, Monsieur le Président [Gérard Larcher, Président du Sénat],  dans ce palais merveilleux.

Quand j'ai appris que j'avais reçu ce prix prestigieux, j'ai  beaucoup réfléchi à toutes les personnes qui, en 2016, m'ont rendu fière d'être européenne. J'ai pensé aux nombreux citoyens qui sont descendus dans la rue pour souhaiter la « bienvenue aux réfugiés »; j'ai pensé aux volontaires qui ont aidé et continuent à aider les victimes du séisme dans le centre de l'Italie; j'ai pensé aux soldats européens, de l'Union européenne déployés pour stabiliser le Mali aux côtés des Français ou à nos équipes déployées pour sauver des vies en Méditerranée - plus de 32000 personnes sauvées seulement l'année dernière par les militaires qui opèrent en Méditerranée et sous le drapeau de l'Union européenne.

Quand je pense à cela, oui je suis fière de l'Union européenne, et je pense que c'est un sentiment qu'il faut redécouvrir.

Mais il n'y a pas beaucoup de dirigeants politiques aujourd'hui qui soulignent la fierté d'être européen. Et pourtant, dans le monde, dans le reste du monde, ils nous invitent à le faire. Vous savez, j'ai le luxe de voir l'Europe à travers les yeux de nos partenaires dans le monde. C'est un luxe important que je voudrais partager un peu avec nos citoyens. Je peux faire référence à Barack Obama, qui, alors qu'il était encore Président des Etats-Unis, l’a fait lors de ses visites ici en Europe. Mon ami John Kerry a très justement dit, lors d'une de ces visites à Bruxelles - très fréquentes - que, je cite: « les Européens devraient croire en eux même autant que nous croyons en vous ». Je pense que cette phrase devrait rester écrite pas seulement dans tous les bâtiments publics, les écoles mais aussi dans nos cœurs. Ici, en Europe, il semble que pour bien parler de notre Union européenne il faut une double dose de courage. Et pour le faire en période de campagne électorale, il faut peut-être une triple dose de courage. Et vous le savez bien ici.

Il est pourtant fondamental d'exprimer la fierté d'être européens, la fierté de ce que l'Union européenne a fait et continue d'accomplir chaque jour.

Pour la génération de mes grands-parents et de mes parents, l'Europe était avant tout un projet. Le projet  de la paix. Un projet bien réussi. Pour ma génération, celle d'Emmanuel [Macron], l'Europe est le rêve, le rêve de l'identité commune, d'Erasmus que j'ai fait en France, à Aix en Provence,  de Schengen, l'espace commun,  de l'euro. Mais maintenant, pour les générations actuelles, pour les générations futures, pour mes filles, c'est quoi l’Europe, c'est quoi notre Union? Je crois que c'est une nécessité, c'est la seule façon que nous avons de créer des opportunités, avant tout, des opportunités de travail, des opportunités sociales mais aussi d'assurer la sécurité dans nos villes, dans nos pays, dans le monde et de jouer un rôle pour la stabilité de notre région et aussi dans le reste du monde.

Cela ne veut pas dire fermer les yeux sur les lacunes et les défauts de l'Europe, au contraire. C'est  seulement si nous nous souvenons de la valeur réelle de notre Union que nous pourrons sauver notre Union, la réformer, la changer pour le meilleur.

Si nous n'arrivons pas à faire cela, le risque est d'affaiblir notre Union exactement au moment où nous en avons le plus besoin. C'est un paradoxe que, je crois, nous ne pouvons pas nous permettre, et cela serait dangereux aussi pour le  reste du monde.

Parce que nous sommes le premier marché au monde, nous sommes le premier partenaire commercial pour le reste du monde, partout, nous sommes les premiers donateurs d'aide humanitaire, les premiers acteurs du développement durable, et de la coopération internationale, la première force diplomatique au service du multilatéralisme et de la paix. Le monde a besoin de l'Union européenne et les Européens ont besoin de l'Union européenne.

Parce qu'une Europe forte et unie, et les deux choses vont ensemble, c'est avant tout dans notre intérêt. Il y a maintenant cette mode – je ne sais pas si c'est une expression française - de dire "America first", "Europe first". Je ne sais pas si c'est "first" ou pas mais c'est quand même dans notre intérêt.

Aujourd'hui, nous entendons beaucoup parler de « souverainisme » - ici aussi en France-  ou de la nécessité de récupérer notre souveraineté. Mais je suis convaincue que le seul moyen de récupérer notre souveraineté dans un monde globalisé comme le nôtre, c’est de partager et exercer notre souveraineté au niveau européen, ensemble. Parce que c'est la force de l'Europe qui fait la force de la France, de l'Italie, de l'Allemagne et de tous nos Etats membres

Je veux dire seulement deux choses, à propos de comment récupérer et exercer cette souveraineté. La première : expliquer que tous nos problèmes en sont "la faute de l'Europe» est une illusion. Il faut cesser ce petit jeu politique –commun à de nombreux pays, et j'en sais quelque chose -qui s'avère très dangereux. Nous sommes l'Europe; quand on dit c'est la faute de l'Europe, cela revient à dire que c'est notre faute. Si l'Union européenne ne fonctionne pas c'est de la responsabilité de chacun d'entre nous, au niveau européen, au niveau national, au niveau local. Et pas seulement les politiciens mais aussi les médias, les citoyens.

Alors l'Europe c'est nous, c'est notre Union. Le seul pays dans lequel que ce petit est impossible, c'est la Belgique mais ça ne suffit pas !

Deuxièmement : Le changement qu'il nous faut peut commencer par de petits pas, des choses concrètes, des petits gestes. Prenons le cas de la défense, et je sais que c'est important ici en France. Après soixante-dix ans d'échecs, on s'en souvient bien, nous sommes maintenant – maintenant, après le référendum en Grande Bretagne, après les élections aux Etats Unis - au moment où on aperçoit la crise mondiale et parfois aussi européenne. C'est maintenant qu'après soixante-dix ans d'échecs,  que nous arrivons à être en train de promulguer l'une des réformes les plus ambitieuses pour la défense européenne que l'Europe n'a jamais osé espérer. Et la décision française d'invoquer la défense commune, après les attentats de Paris, était un pas très important.

Alors les choses changent, et cela doit être le cas sur la défense mais aussi sur beaucoup d'autres sujets, y compris les dossiers économiques et sociaux. Les choses changent, changent vite, parfois dans des directions que l'on ne souhaiterait pas; dans cette période dans le monde il y a un changement global.

L'Europe aussi change; et doit continuer à changer. Et cela va être évident dans quelques semaines, à Rome quand, à l'occasion des célébrations du soixante-dixième anniversaire de notre Union,  nous partagerons une vision commune pour notre futur commun.

Dans ces temps d'incertitudes, l'Europe est et reste malgré tout un pilier stable, fort, fiable dans le système international, avec nos valeurs, qui sont claires, et avec nos priorités. Je peux en citer quelques-unes: la paix au Moyen Orient, l'accord sur le nucléaire iranien, le multilatéralisme, le système des Nations Unies, la lutte contre le changement climatique, le système de commerce global, "free and fair"  et la liste peut continuer.

Nous, nous savons très bien ce qu'est l'Europe, ce qu'il faut pour nous et ce pour quoi nous allons continuer à travailler. Comment ? De la façon européenne. Nous avons appris après des siècles de guerre qu'il est plus convenable pour nous, que c'est mieux pour nos intérêts, de travailler en paix plutôt que de combattre. Et c'est cela l'approche européenne, aussi dans le monde, aussi dans la région. Essayer de trouver les terrains communs, trouver les points de contact, la coopération plutôt que la compétition ou, encore plus, la coopération plutôt que la confrontation.

Alors l'Union européenne est là, va continuer à être là pour nos partenaires, que ce soit l'Afrique, voisine, que ce soit l'Amérique latine - parce que lorsqu'on dit le "Partenariat transatlantique" nous sommes habitués à penser aux Etats Unis mais l'Atlantique nous sépare aussi du Canada ou de l'Amérique latine-, alors nos relations transatlantiques vont sûrement continuer aussi avec les autres partenaires au-delà de l'Atlantique; le monde arabe, confus par des messages sur la religion musulmane qui  j'espère, ne vont pas trouver de place en Europe parce que nous avons appris avec l'histoire européenne que c'est la diversité notre force. Et des autres, en Asie ou ailleurs.

Alors c'est une Europe concrète, unie, dont nous avons besoin. Une Europe responsable, forte, partenaire, et puissance indispensable dans le monde aujourd'hui, aujourd'hui plus que jamais.

Ce sont des citoyens engagés, véritablement européens, dont notre Union a besoin, pour être de plus en plus la grande puissance globale dans le monde et les Européens en ont besoin.

Je vous remercie beaucoup.

 

Lien vers la vidéo: https://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I133028

Équipes éditoriales: