Réunion informelle des ministres du développement de l'Union européenne : Remarques du haut représentant Josep Borrell à son arrivée
Seul le prononcé fait foi !
Je voulais vous dire qu'aujourd’hui c’est une réunion des ministres du développement qui normalement ne devrait pas traiter l’Ukraine, puisque l’Ukraine ce n’est pas une affaire de développement. Mais on a ajouté la question de l'Ukraine, parce que ce qui se développe en Ukraine va au-delà de la crise humanitaire, il est question d'aide au développement, comme en Afghanistan. On va faire face à un problème semblable. On fait face déjà à 1,5 million de réfugiés en une semaine. Si les bombardements continuent comme ça, si on continue à bombarder les villes de façon indiscriminée, on peut s'attendre à 5 millions de migrants. Migrants, non. On ne peut pas les appeler des migrants. Ce sont des exilés, ce sont des gens qui cherchent à échapper à la guerre. On va se trouver, à la frontière Est de l'Europe, avec un problème majeur. Il faut mettre en œuvre tout ce que nous pouvons, c'est-à-dire, pas seulement de l'aide humanitaire.
Q. Concrètement?
Concrètement, il faut mobiliser toutes les ressources de l'Union européenne pour aider les pays qui vont recevoir ces flux [migratoires]. Il faut aider la Pologne, il faut aider tous les pays qui ont une frontière avec l’Ukraine à établir les moyens nécessaires pour accueillir ces gens.
Q. Ce n’est pas déjà ce qui est en train de se passer depuis plusieurs jours?
Oui, c'est ça.
Q. Le développement + , qu’est-ce que l’Union européenne pourrait mettre comme moyens supplémentaires ?
Mais des moyens supplémentaires, cela veut dire certainement des moyens supplémentaires. C’est-à-dire, plus d'argent, plus de capacités d'accueil, plus de provisions, plus d'aide alimentaire, d’écoles, des camps d'accueil. Plus de plus. C’est-à-dire élargir nos capacités. Ca dépend de l'argent surtout, mais l'argent faut les convertir en moyen matériel sur le terrain.
Et ensuite, le Conseil va s’occuper aussi de ce que nous appelons avec la France « la dimension géopolitique de l'aide au développement ». De plus en plus, il ne faut pas seulement donner des chèques, il faut voir quel est la destination finale de ces ressources ; comment la communauté internationale a réagi au vote aux Nations unies; pourquoi certains pays avec qui nous avons des rapports très étroits et que l’on aide beaucoup n'ont pas suivi les votes qu'on a demandés pour condamner la Russie. Donc, il faut avoir une vision plus politique de notre aide pour faire en sorte que la communauté internationale, d'abord, condamne l'action de la Russie, établit une coalition pour aider les réfugiés ukrainiens, pour soutenir l'Ukraine aussi bien ceux qui sont à l'intérieur et qui continuent la bataille et ceux qui sont partis pour y échapper, pour sauver leurs vies et auxquels il faut donner un accueil comme on l’a fait pour l’Afghanistan - c’est un mauvais exemple - parce qu’on n’a pas reçu 5 millions d’Afghans en Europe. Dans ce cas [Ukraine], il faut se préparer à recevoir aux alentours de 5 millions de personnes.
Pensez que quand c’était la crise de la Syrie dans les années 2015-2016, qui a été la crise des migrants en Europe, on parlait d’un million et demi de personnes. Maintenant ça va être beaucoup plus.
Merci.
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