European Union External Action

Tarraf à « L’Orient Le Jour » : Nous sommes soucieux de la situation sécuritaire au Liban

Beyrouth, 01/02/2021 - 00:00, UNIQUE ID: 210310_3
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Des aides européennes substantielles restent tributaires de la réalisation de réformes

La crise politique et les tensions sur le terrain sont autant de sujets qui préoccupent l’Union européenne qui réitère son appel aux dirigeants libanais pour qu’ils mettent en place sans tarder un gouvernement dans la perspective d’une sortie de crise « qui repose sur trois piliers ». Le chef de la mission diplomatique de l’UE à Beyrouth expose les grandes lignes de la position européenne par rapport au Liban.

Quelle est aujourd’hui la position officielle de l’Union européenne face à la crise institutionnelle au Liban ?

L’Union européenne note avec une inquiétude croissante la grave crise financière, économique, sociale et politique qui s’est enracinée au Liban et a été exacerbée par la pandémie de Covid-19 et l’explosion survenue le 4 août au port de Beyrouth. Nous sommes également soucieux de la situation sécuritaire et de ses éventuelles répercussions sur le peuple Libanais.

Nous appelons l’ensemble des parties prenantes et des forces politiques libanaises à accélérer la formation urgente d’un gouvernement crédible et responsable de ses actes, qui soit en mesure de mettre en œuvre les réformes nécessaires et de répondre aux aspirations et besoins exprimés par le peuple libanais. Il est essentiel que tout processus de réforme soit inclusif et associe les femmes, les jeunes, la société civile et le secteur privé afin de regagner la confiance des citoyens libanais. (…) L’aide substantielle fournie par l’UE pour appuyer la reconstruction d’un Liban démocratique, transparent, inclusif et prospère continuera de dépendre de la réalisation de progrès tangibles par rapport aux réformes nécessaires.

Quels sont les leviers diplomatiques disponibles pour accélérer la formation d’un gouvernement et la mise en place des réformes nécessaires ?

Il appartient aux seuls dirigeants libanais de formuler des réponses adéquates aux multiples crises auxquelles le pays fait face. (…) Mais nos attentes à l’égard d’un éventuel soutien sont bien connues. Nous les avons communiquées maintes fois à nos interlocuteurs libanais. C’est à eux de faire leurs choix. Le peuple libanais les jugera. L’histoire les jugera. Ce n’est pas à nous de le faire.

Selon l’UE, quelles sont aujourd’hui les stratégies de sortie de crise au Liban, quels moyens mettre en œuvre pour y arriver ?

Selon notre analyse, la stratégie de sortie de crise devrait être axée sur trois piliers. À court terme, il est essentiel de restaurer la stabilité économique et la crédibilité du secteur financier. Les négociations avec le Fonds monétaire international devraient reprendre dès que possible. Certaines mesures-clés devraient être adoptées de toute urgence, entre autres une loi sur le contrôle des capitaux, un système de passation des marchés publics adéquat, un audit de la Banque du Liban et des réformes dans le secteur bancaire. Il est également nécessaire d’assurer un soutien aux communautés les plus vulnérables, par le biais de la protection sociale.

À moyen terme, le Liban doit faire preuve de leadership en donnant la priorité aux mesures de gouvernance significatives et profondes, qui améliorent la prestation des services publics et garantissent la transparence et la pleine responsabilité envers les Libanais. Ce sont des réformes telles que l’indépendance du système judiciaire ou la lutte contre la corruption qui pourraient garantir le respect des droits de l’homme et de l’État de droit, et répondre aux aspirations légitimes pacifiquement exprimées par le peuple libanais. L’Union européenne est prête à soutenir ces réformes, mais leur mise en place doit appartenir au Liban.

À long terme, le Liban se doit de réévaluer les processus de prise de décision et de séparation des pouvoirs, pour mieux agir et répondre aux besoins du peuple libanais dans des circonstances exceptionnelles, comme celles-ci.

Quelle est l’action de l’UE envers les partis de la société civile ? Des programmes existent-ils pour soutenir les groupes émanant de la contestation de 2019 ?

Nous travaillons avec la société civile libanaise depuis plusieurs décennies. Nous l’engageons dans tout dialogue et consultation, et soutenons maintes initiatives locales. Nos contacts avec elle se sont intensifiés après le soulèvement de 2019. Il est essentiel pour nous de mieux comprendre les défis, aspirations et besoins légitimes du peuple libanais.

(…) Les événements qui ont marqué le Liban en 2020 ont complètement transformé le pays. Beaucoup de Libanais sont en colère, beaucoup ont perdu espoir. Mais ce sont ces mêmes Libanais qui, le 4 août, se sont mobilisés plus vite que leur gouvernement et qui nous ont donné une belle leçon de solidarité et d’humanité. Et c’est aux Libanais de façonner leur avenir. Nous espérons que la société civile puisse s’organiser et participer à définir l’avenir du pays. Nous serons à ses côtés.

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