St Pierre and Miquelon

Cérémonie de lancement du programme E€OFISH

Mauritius , 10/12/2020 - 10:05, UNIQUE ID: 201210_11
Speeches of the Ambassador

Seul le prononcé fait foi

 

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, de la coopération régionale et du commerce international de la République de Maurice

Monsieur le Ministre de l’Economie bleue, des Ressources marines, de la Pêche et du Transport maritime de la République de Maurice ;

Monsieur le Secrétaire Général de la Commission de l’océan Indien,

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique,

Distingués Partenaires au Développement,

Les représentants des organisations régionales (présents en visioconférence) ;

Honorables invités en vos rangs et qualités respectifs,

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur et un immense plaisir de participer au lancement du programme régional E€OFISH cet après-midi.

Ce programme, que l'Union européenne finance à hauteur de 28 millions d'euros, est l'un des engagements les plus marquants que nous avions annoncés lors de la conférence Our Ocean en 2018.  

Je suis heureux que cet ambitieux programme se concrétise; c'est le fruit de l’engagement collectif de nombreux partenaires engagés et motivés! Ce partenariat pour une pêche durable regroupe l'Union européenne et plusieurs organisations régionales de la région Afrique orientale et australe et l'océan Indien: permettez-moi de citer tout d'abord la Commission de l’océan Indien (COI) qui nous accueille aujourd'hui, le Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (la COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (la CAE) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (l'IGAD) ainsi que les organisations des lacs Tanganyika et Victoria, car la question de la pêche durable concerne aussi bien les mers que les grands lacs!.

Toutes ces organisations régionales ont pour ambition de travailler  en étroite collaboration et mettre en œuvre ce nouveau programme E€OFISH; celui-ci s'inscrit dans la continuité et la durabilité, car il se veut le digne héritier du programme SmartFish qui a permis, pendant plus d'une décennie, aux pays du Sud-ouest de l’océan Indien et du continent, de coopérer de manière constructive et efficace pour promouvoir une pêche durable; celle-ci est essentielle pour garantir  une plus grande sécurité alimentaire ainsi que de meilleurs revenus pour les populations.

Les ressources halieutiques de la région de l’Afrique de l’Est, de l’Afrique australe et de l’océan Indien peuvent, si elles sont bien gérées, générer un revenu annuel brut d’environ 5 milliards d’euros. En outre ce secteur de la pêche est fondamentale pour l'économie, car il fournit plus de 15 millions d’emplois directs et indirects dans la région. Et la pêche artisanale représente 90 % du secteur. Cependant, nous devons tous être conscients que ce secteur fait aujourd'hui face à un défi considérable, celui de la surexploitation des ressources marines.

C’est pour cette raison que le programme E€OFISH met au cœur de son dispositif la promotion d'une pêche durable, ceci afin de garantir une croissance économique équitable et inclusive, tellement nécessaire en ces périodes de crises démographiques, environnementales et climatiques auxquelles s'ajoutent aujourd'hui celle de la COVID-19 et de la biodiversité.

Vous le savez, l'UE est en faveur d'une gouvernance internationale des océans qui soit reconnue et accepté par tous; l'UE continue et continuera à s'engager en Europe et partout dans le monde avec nos pays partenaires pour une gestion sécurisée et durable des océans.

A travers ce programme E€OFISH, l'Union européenne confirme son soutien à plus d’une vingtaine de pays de la région, du Soudan à Maurice en passant par le Mozambique, l’Uganda, le Burundi, pour relever tous ces différents défis:

  • Le premier défi c'est celui du changement climatique: la hausse du niveau de la mer et la hausse de la température de l'eau ont des incidences directes sur le secteur de la pêche;
  • Le deuxième c'est bien sûr la préservation de la biodiversité et la santé de nos océans face à la surexploitation des écosystèmes et des ressources marines tout comme celles des lacs et rivières;
  • Le troisième c'est le risque que la région ne devienne un eldorado pour des activités illégales telles que la piraterie ou la pêche illégale, avec de graves conséquences souvent irréversibles au plan économique et environnemental.
  • La quatrième et non la moindre c’est le risque épidémiologique, illustré par les zoonoses comme l'actuelle pandémie du Covid-19 et son impact sur la sécurité alimentaire. 

Toutes ces raisons nous confortent dans notre engagement pour une pêche durable. J'ai évoqué un peu plus tôt le programme SmartFish mais il y a bien d'autres programmes ou opérations mené par l'UE pour conforter la sécurité maritime de la force Eunavfor au programme de sécurité maritime MASE ou de lutte contre le crime organisé à travers le programme Crimario. Et si nous avons collectivement accompli des progrès importants dans plusieurs domaines, beaucoup nous en sommes conscients, reste à faire.

Face aux défis urgents que je viens de mentionner, nous avons plus que jamais besoin d'un cadre solide. Etant donné que nos activités en mer ne font que s'accroître, il est de notre responsabilité d'éviter de répéter les mêmes erreurs que nous avons commises sur terre. Nous devons nous assurer que nos océans et nos lacs sont utilisés et gérés de manière durable et responsable. 

A ce titre permettez-moi de passer brièvement en revue les axes stratégiques du programme E€OFISH qui vont jeter les bases de ce cadre dont la région a tant besoin.

Le premier axe stratégique du programme E€OFISH est le renforcement des politiques régionales et des cadres institutionnels pour une gestion durable des ressources partagées, ceci tant au niveau des pêcheries continentales que marines. Sous cet axe, les organisations régionales bénéficieront de l’appui des experts techniques pour les aider à mettre en œuvre leurs stratégies pour une gestion durable de leurs ressources halieutiques.

Il est dans ce cadre prévu de travailler avec les centres de recherche et les Universités de la région pour améliorer les bases de données dans ce secteur.  Des données fiables sont en effet essentielles pour articuler la bonne et saine décision politique.

Le deuxième axe stratégique, qui est d'ailleurs le plus important du programme, est d'appuyer le Plan Régional de Surveillance des Pêches – connu comme le PRSP – en insistant sur le renforcement des capacités pour la prévention, la dissuasion et l'élimination de la pêche illégale, non déclarée et non reportée (INN) dans la région.  Ceci fait suite à l'engagement pris par l’Union européenne lors de la réunion ministérielle du PRSP qui s'est tenue à Madagascar en juillet 2017.

La lutte contre la pêche INN continue plus que jamais. Cette pêche illégale fait des ravages et coûte à l'économie mondiale plus de 10 milliards d'euros par an. Elle compromet la capacité des pays et des régions à gérer de manière durable leurs stocks de poissons et ainsi à assurer sur le long terme leur sécurité alimentaire et économique de leurs populations. Malheureusement la région de l'océan Indien, du fait de son étendu et des moyens de surveillance encore limités, présente d'importante fragilités qui sont aussitôt exploitées par des criminels, voire des organisations étatiques, sans scrupule et sans limite.

Le Plan Régional de Surveillance des Pêches (le PRSP) mis en œuvre par la COI a tout d'abord montré que le problème ne pouvait se résoudre autrement que sous une approche régionale; le PRSP a eu un effet de dissuasion dans la région, en augmentant le contrôle en mer. D'une manière encourageante, nous constatons qu'une vraie communauté a vu le jour entre les inspecteurs des pêches des différents pays, basée sur la confiance et le partage d'expériences. L'Union européenne, qui a largement contribué au financement du PRSP se réjouit de ces résultats concrets, mais qu'il faut sans cesse consolider.

Il est donc de notre devoir d'assurer que les poissons que nous consommons soient capturés de manière légale. Pour cela, il est primordial que les actions de surveillance, de contrôle et de suivi soient pérennes et dotées de moyens suffisants; il faut aussi que tous les pays adhérent pleinement aux différentes mesures qui ont été adoptées sous l'égide de la FAO pour le contrôle des prises et des débarquements dans les ports. La volonté politique est ici fondamentale

Pour sa part, E€OFISH va continuer à soutenir la mise en œuvre des opérations conjointes de surveillance de pêche, qui constitue d'expérience l'un des moyens les plus efficaces pour lutter contre la pêche INN.

Le troisième et dernier axe stratégique du programme E€OFISH est l’appui aux initiatives concrètes de gestion des pêcheries continentales et marines.

La pêche artisanale est souvent une affaire de famille, qui se transmet de père en fils. En fait, plus qu’une activité économique, c’est un mode de vie.

Le programme régional SmartFish, prédécesseur de E€OFISH, a initié un grand nombre de projets pilotes qui ont largement contribué au succès du programme. L’aménagement de la pêcherie du poulpe à Rodrigues et à Maurice, la gestion collaborative des pêches côtières à Zanzibar (axée également sur la ressource en poulpes) ou l’aménagement de la pêcherie du concombre de mer à Madagascar sont quelques exemples de projets pilote qui ont déjà eu un impact positif. Ces projets pilotes ont permis de démontrer qu’il est possible de satisfaire des intérêts publics et privés à travers des démarches d’aménagement des pêches. Et que les meilleurs gardiens d'une pêche durables sont les pêcheurs locaux eux même.

Nous continuons donc avec le programme E€OFISH notre action en faveur de la pêche artisanale. Je suis heureux de vous annoncer que l’UE a d'ores et déjà octroyé 9 contrats de subventions pour un montant total de 7,8 millions d’euros à plusieurs organisations de la région comprenant des ONGs, des organisations régionales et des centres de recherche pour la mise en œuvres des actions concrètes pour promouvoir la pêche artisanale, ainsi que le PNUD. Et les activités ont déjà commencé.

Le bureau du PNUD à Maurice est l'un des bénéficiaires et a obtenu une subvention d’un million euro pour soutenir les pêcheurs artisanaux de Maurice et de Rodrigues dans leurs activités quotidiennes. La Convention de financement, que j'ai signée en juin 2020, a prévu d’appuyer les pêcheurs affectés par le naufrage du Wakashio.

Nous nous félicitons de cet appui financier que nous apportons au PNUD pour accompagner les pêcheurs qui ont le plus besoin d'aide.

Excellences, Mesdames et Messieurs

Aucun d'entre nous ne peut résoudre seul les problèmes auxquels nos océans sont confrontés. Nous avons besoin les uns des autres. Et nous devons nous associer et faire pression ensemble pour faire avancer la gouvernance mondiale des océans. Ce n'est qu'ensemble que nous avons une chance de garder nos océans sains et productifs pour les générations à venir.

Le programme E€OFISH vient en complémentarité d’autres initiatives que l’UE mène dans la région. Je pense aux Accords de partenariat de pêche bilatéraux que l'UE a signés avec plusieurs pays dans la région et qui nous permettent d'accompagner depuis des décennies les pays de la région pour améliorer la gestion des pêches, pour promouvoir la pêche artisanale et pour lutter contre la pêche INN.

Depuis plus d'une décennie, nous avons bâti une relation de confiance entre différents partenaires comprenant des institutions régionales, des centres de recherche et des associations de pêcheurs. La bonne mise en œuvre du programme E€OFISH nécessite une bonne coopération entre l'ensemble des partenaires.  Je crois que l'exemple du programme SmartFish démontre que c'est possible. Ensemble, nous pouvons assurer une meilleure gestion de nos ressources et promouvoir une pêche plus durable.

Permettez-moi pour conclure de reprendre une citation de Nelson Mandela qui prend tout son sens ici : "Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès."

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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