Liechtenstein

Balkans occidentaux: nous devons changer la dynamique

21/05/2021 - 12:49
From the blog

21/05/2021 – Blog du HR/VP – Le commissaire Várhelyi et moi même avons pris part à un dîner informel avec les dirigeants des six pays des Balkans occidentaux. Ces derniers mois, nous avons constaté qu'ils éprouvaient un sentiment de frustration envers l'UE et que les discours nationalistes, souvent source de dissensions, étaient légion. Lors de notre dernière session du Conseil des affaires étrangères, les ministres des affaires étrangères de l'UE se sont accordés à reconnaître la nécessité de redoubler d'efforts pour rapprocher la région de l'Union européenne.

"Nous avons constaté que les Balkans occidentaux éprouvaient un sentiment de frustration envers l'UE et que les discours source de dissensions, étaient légion. Nous devons redoubler d'efforts pour rapprocher la région de l'Union européenne."

Mardi dernier, j'ai convié le président du Monténégro, M. Đukanović, le Premier ministre albanais, M. Rama, la Première ministre serbe, Mme Brnabić, le président du Conseil des ministres de Bosnie‑Herzégovine, M. Tegeltija, le Premier ministre de Macédoine du Nord, M. Zaev, et le Premier ministre du Kosovo, M. Kurti, à un dîner informel pour débattre de la situation dans la région. Le commissaire Várhelyi, chargé du processus d'adhésion, a également participé à notre débat.

 

"II était d'autant plus important de se réunir à nouveau avec les dirigeants des Balkans occidentaux dans un cadre informel que la région se trouve une nouvelle fois à la croisée des chemins sur le plan de l'intégration européenne."

 

Si, depuis 2017, ces réunions sont habituellement organisées deux fois par an, depuis le début de mon mandat, nous n'avons pas eu l'occasion de le faire en raison de la pandémie de COVID‑19. Il était d'autant plus important de se réunir à nouveau dans un cadre informel que la région se trouve une nouvelle fois à la croisée des chemins sur le plan de l'intégration européenne.

 

"Je tenais à m'entretenir de manière ouverte et informelle avec les dirigeants des Balkans occidentaux au sujet de leurs préoccupations et de leurs propositions en ce qui concerne la région et son avenir européen, ainsi que d'une approche plus stratégique de la politique étrangère européenne."

 

Je tenais à m'entretenir de manière ouverte et informelle avec les dirigeants des Balkans occidentaux au sujet de leurs préoccupations et de leurs propositions en ce qui concerne la région et son avenir européen, ainsi que d'une approche plus stratégique de la politique étrangère européenne. Je souhaite également établir une relation personnelle avec ces dirigeants, qui doivent disposer de l'espace nécessaire pour travailler sur des relations de bon voisinage, avec l'Union européenne et entre eux.

 

"Tous les dirigeants ont déclaré qu'ils avaient choisi de placer l'intégration européenne en tête de leurs priorités et qu'ils avaient investi tout le capital politique possible pour rapprocher les citoyens de la région de l'UE."

 

Il était important de démontrer l'engagement de l'UE à l'égard de la région sur le plan politique, au‑delà de l'élargissement. Toutefois, le débat était clairement axé sur la question de l'élargissement, une question pour ainsi dire existentielle, qui unit la région. Tous les dirigeants ont déclaré qu'ils avaient choisi de placer l'intégration européenne en tête de leurs priorités et qu'ils avaient investi tout le capital politique possible pour rapprocher les citoyens de la région de l'UE. Je viens d'un pays qui a commencé à se développer durant ses années de préparation à l'adhésion à l'Union européenne; je suis donc conscient de la manière dont l'UE peut agir comme un aimant et aider les pays à se redresser, à évoluer et à prospérer.

 

"Il suffit de poser son regard sur une carte pour se rendre compte à quel point les Balkans occidentaux sont imbriqués dans l'UE."

 

Il suffit de poser son regard sur une carte pour se rendre compte à quel point les Balkans occidentaux sont imbriqués dans l'UE, comme l'a dit un dirigeant mardi. L'UE est le principal partenaire commercial de tous les pays des Balkans occidentaux, représentant près de 70 % de l'ensemble des échanges commerciaux de la région. Au cours des dix dernières années, nos échanges ont augmenté de près de 130 %. Les exportations des Balkans occidentaux vers l'UE ont connu une hausse de 207 %. En 2018, les entreprises de l'UE représentaient plus de 65 % des investissements directs étrangers dans la région.

Cela dit, il n'est pas nécessaire d'être un érudit de l'histoire européenne pour comprendre pourquoi la région reste fragile, et son processus d'intégration dans l'UE, complexe. C'est dans les Balkans que la Première guerre mondiale a éclaté en 1914, et c'est aussi dans les Balkans que la guerre, avec son cortège de morts et de destructions, a fait sa réapparition sur le sol européen dans les années 1990, après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'ex‑Yougoslavie.

 

"À l'histoire difficile de la région vient se greffer le jeu des 'nouveaux empires' en devenir, la Russie et la Chine cherchant à accroître leur influence et à affaiblir l'UE."

 

Ces guerres ont laissé des blessures profondes encore loin d'être cicatrisées, malgré le temps qui s'est écoulé depuis la signature de l'accord de Dayton pour la Bosnie‑Herzégovine en 1995 et le cessez‑le‑feu entre la Serbie et les combattants de l'indépendance kosovars en 1999. À l'histoire difficile de la région vient se greffer le jeu des 'nouveaux empires' en devenir, la Russie et la Chine cherchant à accroître leur influence et à affaiblir l'UE. En dépit d'un contexte actuel plus sûr et stable, la région est encore loin d'être résiliente.

 

"Les politiques identitaires faisant florès dans la région, nous voyons apparaître des idées dangereuses sur le redécoupage des frontières selon des critères ethniques. De tels scénarios sont à l'opposé même de ce que représente l'intégration européenne."

 

Ces derniers temps, la pandémie et ses conséquences économiques et sociales ont aggravé la situation, malgré les efforts déployés par l'UE et ses États membres, qui ont mobilisé 3,3 milliards d'euros pour soutenir la relance de la région dans le cadre de l'initiative de l'Équipe Europe et qui fourniront 651 000 vaccins contre la COVID‑19 d'ici le mois d'août, avec l'aide en particulier de l'Autriche. Les politiques identitaires faisant florès dans la région, nous voyons apparaître des idées dangereuses sur le redécoupage des frontières selon des critères ethniques. De tels scénarios sont à l'opposé même de ce que représente l'intégration européenne. [Lire mon dernier article de blog sur la Bosnie‑Herzégovine, dans lequel j'ai livré mon analyse de la question.

 

"Les ministres des affaires étrangères de l'UE ont dit craindre de 'perdre la région' et nous avons été d'accord pour estimer que si les Balkans occidentaux tiennent leurs engagements, nous devrions tenir les nôtres."

 

Compte tenu de ces développements, j'ai placé les Balkans occidentaux à l'ordre du jour de la dernière session du Conseil des affaires étrangères. Il s'agissait de la première fois depuis 2018 qu'un tel débat avait lieu — il était temps. Les ministres des affaires étrangères ont dit craindre de "perdre la région" et ont souligné leur détermination à s'employer à rapprocher les Balkans occidentaux de leur avenir européen. Nous avons été d'accord pour estimer que si les Balkans occidentaux tiennent leurs engagements, nous devrions tenir les nôtres.

Des avancées concrètes

Plus précisément, l'Albanie et la Macédoine du Nord, ainsi que la Serbie et le Monténégro, attendent les premières conférences intergouvernementales sur l'adhésion à l'UE, qui se tiendront en juin. La libéralisation du régime des visas pour le Kosovo aurait dû se faire depuis longtemps: le pays a rempli tous les critères qui s'y rapportent et il convient désormais de réaliser des progrès cette question. J'y apporterai tout mon soutien. Je vais également faciliter la tenue d'une autre réunion dans le cadre du dialogue à haut niveau entre Belgrade et Pristina, au mois de juin. Un accord global juridiquement contraignant entre la Serbie et le Kosovo aurait également dû intervenir depuis longtemps. Cette année, la Bosnie‑Herzégovine doit tirer pleinement parti de l'absence d'élections pour mener des négociations difficiles et prendre des décisions douloureuses sur les réformes électorales, l'état de droit et les modifications constitutionnelles nécessaires.

 

"Les dirigeants des Balkans occidentaux ont clairement appelé les États membres à: "s'attacher à examiner de plus près la géographie et l'histoire des Balkans, essayer de mieux nous comprendre et préparer un avenir en commun au sein de l'Union européenne'."

 

J'ai apprécié la franchise dont les dirigeants ont fait preuve à l'égard de tous ces sujets. Leur appel lancé aux États membres était clair: "s'attacher à examiner de plus près la géographie et l'histoire des Balkans, essayer de mieux nous comprendre et préparer un avenir en commun au sein de l'Union européenne".

La mobilisation de l'UE en faveur de la région se poursuivra lors des sessions du Conseil en juin, du sommet organisé dans le cadre du processus de Berlin en juillet et du sommet UE‑Balkans occidentaux en octobre. Pour ma part, je continuerai de m'investir pleinement dans la région et à ses côtés, et je prévois de m'y rendre en juillet, si la pandémie de COVID‑19 le permet enfin. Nous devons faire de 2021 une année de progrès décisifs pour les relations entre l'UE et les Balkans occidentaux, dans tous les domaines.