Indian Ocean Commission

COMMUNIQUE DE PRESSE CONJOINT UNION EUROPEENNE - REPUBLIQUE DE MAURICE: La gestion des quotas de pêche du thon tropical dans la région Sud-ouest de l'océan Indien

Mauritius , 14/11/2018 - 10:19, UNIQUE ID: 181114_8
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Des progrès importants ont été enregistrés dans la gestion de pêche de thon tropical dans la région Sud-ouest de l’océan indien et dans l’approvisionnement de manière régulière des usines de transformation de thon. Ces développements sont intervenus suite aux entretiens de haut niveau à Bruxelles récemment par le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international de la République de Maurice et viennent apporter un nouveau souffle à l’industrie de transformation de thon.

L’Honorable M. Vishnu Lutchmeenaraidoo a déclaré: 

« Notre dialogue avec l’Union européenne (l’UE) portant sur l’importance de la durabilité des espèces thonières et la mise en place de mesures de «surveillance et de conformité» des pêches, afin d’assurer l’approvisionnement pérenne et prévisible de nos usines de transformation en thonidés a été fructueux à plus d’un titre. Nous pouvons nous en féliciter. Je tiens à remercier S.E Monsieur. Joao Aguiar MACHADO, le Directeur-Général de la DG MARE de la Commission européenne, qui a été très sensible à l’urgence de ce dossier pour notre filière de transformation. Je ne saurai passer sous silence le rôle joué par SE Madame Marjaana Sall, Ambassadrice de l’UE, dans la coordination de nos visites de travail à Bruxelles.

Je tiens à souligner que les navires de l’UE opèrent dans nos eaux dans le cadre de l’accord de pêche entre Maurice et l’UE qui prévoit le strict respect des principes de durabilité des ressources halieutiques et de bonne gouvernance sur la pêche, tout en répondant aux attentes en matière de rentabilité de chacune des deux parties. Aussi, je me réjouis de la mise en place, conformément à la demande de Maurice, d’une plateforme de concertation qui permettra des échanges structurés et réguliers entre nos opérateurs, dont le partage des données sur la progression de l’utilisation du quota d’albacore par les navires de l’UE. Ces données permettront à nos usines de mieux planifier leurs productions et ainsi mieux assurer la viabilité de cette filière qui emploie plus de 10,000 personnes.

Notre dialogue à haut niveau a pris appui sur les excellentes relations bilatérales entre Maurice et l’UE, l’un de nos principaux partenaires de développement. Les liens tissés entre Maurice et l’UE dans le domaine de la pêche, comme tant dans d’autres, témoignent de la profondeur et la richesse de ces relations que nous avons bâties au fil des décennies. Nous partageons, telle est ma conviction, l’ambition commune de les élever encore plus haut à tous niveaux tant dans le cadre de l’Accord ACP-UE de Partenariat de Cotonou que l’accord qui lui succédera en 2020, et dont l’élaboration est en cours ».

S.E Mme Marjaana Sall, Ambassadrice de l'Union européenne auprès de la République de Maurice et de la République des Seychelles, a commenté les résultats obtenus entre les opérateurs du secteur de la pêche thonière de la région: " L'Union européenne s'est mobilisée afin de répondre favorablement à la requête des industries de transformation de la région au sujet d'approvisionnement en thon. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le ministre des Affaires étrangères pour instaurer un dialogue fructueux prenant en compte les intérêts de chacun. Je salue les premiers résultats tangibles de ce dialogue et réaffirme la détermination de l'Union européenne de promouvoir une bonne gouvernance économique des pêches avec participation de tous les acteurs de la filière. "

Le système de gestion des captures (ou quotas) de pêche concernant les thons tropicaux de l’océan indien nécessite une collaboration active entre les flottes de bateaux de pêche et les industries de transformations qui ciblent le marché européen.

La réduction potentielle des opportunités de pêche suite aux décisions récentes de gestion prises au niveau régional, notamment au niveau de la Commission Thonière de l’Océan Indien (CTOI), risque de fragiliser un secteur dont la plus-value économique repose sur des volumes de produits traités et un approvisionnement stable et prévisible en thon.

Réceptive aux soucis exprimés par le secteur, à la demande des autorités de tutelle de Maurice et du secteur privé mauricien et suite aux entretiens de haut niveau à Bruxelles qu’a eus l’Honorable Lutchmeenaraidoo, ministre des Affaires Etrangères, de l'Intégration Régionale et du Commerce International de Maurice, l’Union européenne s’est engagée à organiser des rencontres entre les flottes thonières européennes et les industries de transformation de l'Océan Indien (Madagascar, Maurice et Seychelles) afin de discuter les questions d'approvisionnement en thons tropicaux, tout en assurant la conservation à long terme des espèces.

Une première réunion a eu lieu à Bruxelles le 22 août dans les locaux de la Direction Générale des Affaires Maritimes et Pêches (DG MARE,) suivie d'une seconde, aussi à Bruxelles, le 19 octobre dernier, ouverte officiellement par le ministre Lutchmeenaraidoo.

Les deux réunions, co-animées par le gouvernement de Maurice et la Commission européenne, ont rassemblé une vingtaine de représentants des flottes thonières européennes et des industries de transformation de Maurice, Seychelles et Madagascar, en présence des Ambassadeurs des pays concernés et de représentants des ministères concernés de la pêche et du commerce.

Ces deux réunions, qui ont permis un dialogue transparent et constructif entre les différents acteurs concernés, ont dégagé les convergences suivantes :

  • Création d'une plateforme permanente de concertation, réunissant tous les acteurs de la filière, qui facilitera les échanges entre acteurs de l'industrie (flotte et transformation), et aussi au niveau politique, entre les gouvernements des pays concernés. 
  • Partage de l’UE d’informations relatives à l’utilisation mensuelle des quotas européens de thon albacore. De son côté, l’industrie de transformation explorera la possibilité d’informer l’UE sur ses besoins en termes de longes de thon. Ces échanges permettront une meilleure prévisibilité dans l’approvisionnement et une meilleure planification.
  • La possibilité d’organiser des réunions quadrilatérales entre l’UE et les gouvernements des pays concernés en marge des réunions de concertation afin de dégager des positions communes dans les discussions au sein de la CTOI sera explorée dans les mois à venir

A terme, toute la filière pêche repose sur une gestion durable et soutenable des stocks de thons tropicaux et la viabilité économique de tous les acteurs, dont les flottes externes de pêche de l'Union européenne et les industries de transformation, en vue de générer à terme des revenus, des emplois et créer de la valeur ajoutée locale. C'est ce message que tous les acteurs, institutionnels, publics ou privés, membres de la plateforme, ont voulu faire passer.

Le Gouvernement de Maurice a proposé d’organiser la prochaine réunion de cette plateforme en janvier prochain.

Au-delà des progrès importants réalisés dans ce dossier, l’accord intervenu entre Maurice et l’UE met en exergue les relations étroites qui les lient depuis plus de 50 ans. Cette relation comprend à la fois un dialogue politique structuré, reposant sur des valeurs communes, des liens commerciaux forts, un accord de pêche et une coopération technique et financière en appui aux politiques de développement de Maurice. Elle implique un partenariat constant et une volonté commune d’explorer ensemble les nouveaux axes de partenariat dans les domaines de la technologie numérique, l’énergie renouvelable, l’économie océanique et la santé, auxquels s’ajoutent les enjeux transversaux tels la compétitivité; l’innovation et la R&D; la formation ainsi que les nouveaux mécanismes de financement de l’UE.

Le secteur de la pêche dans l'Océan Indien a été un élément moteur dans le développement des iles de la région, et l'économie mauricienne en a largement bénéficié avec un hub pour la transformation du thon, des retombées financières, et des milliers d'emplois créés. Le principal débouché pour les entreprises de transformation (Princess Tuna et Mer des Mascareignes pour Maurice, Pêche et Froid pour Madagascar et Thaï Union pour les Seychelles) est le marché européen qui absorbe plus de 90% de la production. Les produits transformés à Madagascar, Maurice ou aux Seychelles, sont exonérés de droits de taxes à l'importation si toutefois la traçabilité des produits garantie qu'ils ont été pêchés par des  bateaux européens.  Les industries de transformation locales opèrent leurs approvisionnements en matières premières par les débarquements effectués à Victoria (Seychelles), Port Louis (Maurice) ou Antsiranana (Madagascar). Les thons tropicaux pêchés dans les eaux seychelloises représentent environ 30% du total des captures de la zone Sud-ouest de l’Océan Indien.

La stratégie industrielle des industries de transformation locales repose sur un approvisionnement régulier par espèces de thons. Les mesures de gestion prises  au niveau régional  par la Commission Thonière de l'Océan Indien (CTOI) ces dernières années ont abouti à des restrictions du quota de thon albacore (thunus albacares, yellowfin tuna) de 15% par rapport aux prises de 2014. Cette réduction a fragilisé  la situation économique d'un secteur dont la plus-value économique repose sur les volumes de produits traités et un approvisionnement stable.

Pour ces raisons, la nécessité d'une concertation entre les acteurs du secteur de la pêche régionale  a été soulevée par l'industrie mauricienne regroupée au sein de l'Association des Exportateurs de Maurice (MEXA) et activement soutenue par  l’Honorable Vishnu Lutchmeenaraidoo, ministre des Affaires étrangères, de l'Intégration régionale et du Commerce international. Lors de sa visite à Maurice en mai dernier, le Directeur général des Affaires Maritimes et Pêches, J.Aguiar-Machado, s'était engagé, suite à une requête exprimée par la MEXA,  à faciliter une rencontre entre les flottes européennes et les industries de transformations de l'Océan Indien (Madagascar, Maurice et Seychelles) en vue de discuter les questions d'approvisionnement en thons.

Ainsi, en réponse à la requête exprimée par les autorités de Maurice et le secteur prive mauricien,  deux réunions de concertation se sont tenues à Bruxelles le 22 août et 19 octobre derniers. Une vingtaine de  représentants du secteur de la pêche de l'UE et de l'industrie de transformation du thon de Maurice, des Seychelles et de Madagascar ont fait le déplacement. Les deux réunions, co- animées par la Commission européenne et le gouvernement de Maurice notamment le Ministre des Affaires Etrangères lors de la deuxième réunion, a vu également la participation du Ministère du Commerce et du conseiller principal pour la pêche auprès du Ministre des Seychelles.

Les échanges entre les participants ont permis d'aboutir aux résultats suivants:

  • La transparence et la prévisibilité de l'approvisionnement en thon seront assurées par le partage d’informations sur l'absorption de quotas par la flotte européenne avec les industries de transformation de la région.
  • La réunion de concertation sur la pêche entre les acteurs de la filière lors de la première rencontre a évolué  en plateforme d'échanges entre les armements européens, les industries de transformation de l'Océan Indien et des gouvernements respectifs des états concernés. Les participants de la plateforme se sont engagés à examiner ensemble les aspects concernant la gestion des ressources au niveau régional.
  • La possibilité d’organiser des réunions quadrilatérales entre l’UE et les gouvernements des pays concernés en marge des réunions de concertation afin de dessiner des positions communes dans les discussions au sein de la CTOI sera explorée dans les mois à venir.
  • La prochaine plateforme sera tiendra à la fin janvier 2019 à Maurice, et la préparation de la réunion se fera avec tous les acteurs privés et institutionnels impliqués.

De tels progrès n'auraient jamais pu être réalisés aussi rapidement sans les Accords de Partenariat pour une Pêche Durable (APPD) signés avec les gouvernements de Madagascar, Maurice et Seychelles. Chaque Accord est mis en œuvre par un Protocole pour une pêche durable dont la durée varie entre quatre et six ans. Ces protocoles fixent les possibilités de pêche (tonnage de référence) ainsi qu'une contrepartie financière composée des droits d'accès aux eaux des états côtiers, d'une enveloppe additionnelle pour le soutien du secteur de la pêche ainsi que les redevances sur les achats de licences de pêche payées par les armateurs européens.

Ces protocoles contribuent au développement des activités économiques relevant de la filière de la pêche à travers des enveloppes financières versées aux Ministères des pêches des pays signataires. Ces enveloppes financent des actions de contrôle et surveillance des pêches dont la détection d'activités de pêche illégale, formation et  renforcement des capacités des acteurs notamment en termes de protection sanitaires et mesures d'hygiène, et la réhabilitation ou construction d'infrastructures dédiées à la pêche artisanale ou semi industrielle.

Conjugués aux autres projets financés par la Commission Européenne dans la Région (entre autres, le projet régional Ecofish et MASE de la Commission de l'océan Indien, la réhabilitation du port de Victoria aux Seychelles, les projets RINDRA et AFAFI à Madagascar, ainsi que l'appui à des actions de recherche dans les 3 pays), l'Union européenne est un acteur majeur dans le développement de la pêche et l'économie océanique de la Région.

Initiative pionnière à Maurice,  le nouveau Protocole de pêche prévoit une contribution spécifique dédiée au développement de l'économie océanique, qui représente un secteur clé pour l'expansion de l'économie mauricienne.

Les protocoles de pêche permettent aux industries de transformation locales de bénéficier d'un accès régulier aux ressources de thons tropicaux. Grace aux règles d'origine définies dans les Accords de Partenariat Economiques (APE) dont bénéficient Madagascar, Maurice et Seychelles, tous les produits de la pêche (boite de conserves, longes de thon et produits congelés) sont exemptés de droits de taxes à l'entrée en Union Européenne. Seychelles et Maurice sont devenus en quelques années, respectivement les deuxième et troisième fournisseurs des marches européens en volume.

Plus spécifiquement pour Maurice, l'appui de l'Union européenne a contribué à faire de Maurice un pôle d’excellence en matière de transformation des produits de la pêche grâce à un seafood hub très performant qui exporte plus de 90% de ces produits sur les marchés européens.