Delegation of the European Union 
to the United States
 

Discours de la haute représentante/vice-présidente Federica Mogherini à l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique

Bruxelles, 19/02/2019 - 19:36, UNIQUE ID: 190219_7
HR/VP speeches

Discours de la haute représentante/vice-présidente Federica Mogherini à l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique

Seule la version prononcée fait foi!

Je vous remercie vraiment beaucoup pour votre invitation, c'est pour moi un honneur, un plaisir d'être ici parmi vous.

Excusez-moi pour le retard, j'étais auparavant à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, essayant d'expliquer qu'il y a une souveraineté européenne qui est coopérative mais qu'il faut respecter. Je pense que c'est la base d'une amitié solide et franche.

Je vous remercie pour l'invitation et également pour avoir choisi pour cette conversation un titre qui pose de manière directe, et un peu provocatrice, une question très importante à mes yeux.

Vous me demandez si l'Europe est un acteur marginal ou un leader dans le monde d'aujourd'hui. Pour y répondre, je pense qu'il suffit de regarder le monde qui nous entoure. La semaine dernière, à la Conférence de Munich sur la sécurité, j'ai cité – je pense que c'était la première fois dans l'histoire de la Conférence sur la sécurité de Munich –  une célèbre citation d'Antonio Gramsci qui dit que « La crise consiste dans le fait que l'ancien monde meurt et que le nouveau ne peut pas naître. » Je pense que nous sommes aujourd'hui exactement dans la même situation.

Il est clair qu'une certaine époque est révolue. Ce n'est pas seulement la fin de l'ordre mondial des années de la Guerre Froide, dont nous nous souvenons, fondé sur l'opposition entre deux superpuissances, mais c'est aussi la fin de l’ordre qui est né avec la chute du Mur de Berlin, les États-Unis jouant alors un rôle de seule superpuissance et de gendarme mondial.

Le monde d'aujourd'hui est radicalement différent. Le nombre de puissances mondiales a augmenté, et chaque puissance passe par une phase de redéfinition de son rôle dans le monde. Le pouvoir est également beaucoup plus diffus que par le passé, le rôle des « puissances moyennes » ou  « régionales »  revêt une importance croissante, et certaines sociétés multinationales sont devenues plus fortes et plus prospères que certains États.

Il y a donc une fragmentation, une multiplication des centres de pouvoir dans le monde.

Dans cette redéfinition de l'ordre mondial actuel, les règles fondamentales définissant les relations internationales sont remises en question de manière systématique. Il me semble que la tendance à interpréter la politique internationale uniquement en termes de relations de pouvoir et d’affrontements entre puissances est en train de se généraliser. Le droit international et les accords multilatéraux sont perçus comme des obstacles à éliminer, et non plus comme une garantie pour tous.

Je pense que cette approche n'est définitivement pas la bonne voie dans laquelle s'engager, car elle ramène tout à la logique du plus fort, à la confrontation et à la menace, et où les décisions sont prises par les plus puissants aux dépens des plus faibles.

Bien sûr, cela peut être confortable si l'on se considère comme puissant, mais les choses changent assez vite, et l'on peut passer de puissant à faible dans un court laps de temps.

Mais c’est aussi une approche qui conduit inévitablement à l’instabilité: si les règles établies ne comptent plus, si les accords peuvent être violés ou ignorés – comme l'accord sur l'Iran [Plan d'Action Global Commun] qui est, je le souligne, une résolution du Conseil de sécurité [des Nations Unies] – une dynamique de conflit permanent s'instaure. La tentation de créer continuellement de nouvelles tensions et de générer de nouvelles crises serait alors destructrice.

Dans ce contexte, je pense que l’Europe apparait aujourd'hui – différemment que par le passé peut-être – comme un point de référence et de stabilité global. Il m'arrive assez souvent avec nos partenaires des différentes parties du monde qu'ils aient beaucoup de reproches à nous faire, en tant qu'Union européenne nous sommes rigides, mais après, finalement, ils apprécient le fait qu'avec l'Europe, ils savent à quoi s'attendre. Nous sommes peut-être rigides mais nous sommes prévisibles dans nos comportements, ce qui est à ce moment de l'histoire du monde, probablement un élément positif à ne pas sous-estimer.

Je dois dire que le travail n'est pas facile, les défis sont importants, les contradictions extérieures et intérieures sont importantes, et les prochains mois avec le processus du Brexit et les élections européennes vont être probablement encore plus intéressants.

Je dois dire que malgré le Brexit, malgré les fluctuations dans le débat public dans nos Etats-membres, notre politique étrangère européenne repose aujourd'hui sur des repères qui font de nous un centre d’attraction mondial.

Je sais que ce n'est pas la perception que les Européens ont d'eux-mêmes mais c'est ce que j'entends de nos partenaires, de l'Amérique du Sud au Japon, de l'Afrique à l'Est de l'Europe, les gens et les autorités regardent l'Europe comme un partenaire privilégié, un point de stabilité et de repère. Souvent ils me disent que nous les Européens ne nous rendons pas compte de ce que nous avons dans nos mains. Vu de l'extérieur, on le voit et vu de l'intérieur, nous semblons entrer dans une sorte de crise d'identité. Une partie du travail est notamment de transférer cette conscience de nous-mêmes qui vient de l'extérieur à nos concitoyens – si j'y arrive.

Certains acteurs de la politique internationale nous ont habitués aux coups de théâtre, aux revirements de situations, à la politique étrangère faite par des annonces ou des tweets. Je pense que l’Europe, au contraire, est devenue de plus en plus une puissance fiable, prévisible, sur laquelle nos partenaires peuvent compter. Je pense que cela constitue une vertu majeure dans le monde chaotique d’aujourd’hui. Je dois dire que nous sommes comme Union européenne complexe, très complexe, parfois difficile à comprendre mais – c'est peut-être la base d'études classiques qui me fait dire cela – je pense que la complexité que nous vivons nous permet de comprendre, lire et gérer la complexité du monde d'aujourd'hui avec des instruments meilleurs que d'autres [acteurs] qui sont plus habitués à la simplicité des choses, mais la réalité n'est pas toujours comme cela, et actuellement n'est jamais comme cela.

Les valeurs fondamentales qui animent notre politique étrangère demeurent les mêmes. Cette stabilité, cette continuité sont une valeur. Nous continuons de croire au multilatéralisme. Nous continuons de croire que les accords internationaux doivent être respectés, et que les relations entre Etats doivent être régulées par le droit international. Nous continuons toujours de croire que la recherche de solutions à travers la médiation soit toujours plus productive que la confrontation et l'absence de dialogue. Nous continuons de croire que les droits de l'Homme doivent bénéficier à chacun et chacune d'entre nous, sans exception et quel que soit leur pays de naissance.

C’est l’idée qui nous a guidé dans nos réflexions sur une Stratégie globale pour notre politique étrangère et de sécurité. Il y a eu un changement d'approche, comme vous le savez. La Stratégie de [Javier] Solana [ancien haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune] était une stratégie pour la sécurité. Nous avons choisi d'avoir une Stratégie globale pour souligner le fait que la sécurité n'est pas seulement dans le domaine traditionnel typique de la sécurité mais que nous avons besoin d'une approche qui couvre tous les aspects de la vie de nos citoyens et de nos partenaires.

Dans un monde imprévisible, nous, Européens, devons avoir une vision claire de ce que nous voulons. Nous devons respecter nos valeurs, faire valoir nos intérêts et agir en conséquence, et vous avez rappelé le travail que nous sommes en train de faire pour maintenir la mise en œuvre de l'accord nucléaire avec l'Iran. C'est exactement parce que nous pensons que cela correspond à nos intérêts de sécurité, parce que c'est un accord qui a été mis en place, et avec 13 différents rapports de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique, il y a eu des vérifications très profondes sur le fait que jusqu'à maintenant, cela a empêché l'Iran d'avoir une arme nucléaire ce qui est notre intérêt stratégique. C'est pour cela que nous travaillons avec nos Etats-membres et le reste du monde à le maintenir.

J'aimerais vous parler brièvement de trois propositions de la Stratégie globale pour décrire la contribution que l’Europe peut essayer d'apporter à la construction d’un nouvel ordre mondial plus pacifique et plus coopératif.

Premièrement, ce que j'appelle le « European way », le voie européenne en matière de politique étrangère, la voie européenne pour la paix et la sécurité. Je dirais que ce n'est pas uniquement un investissement dans la paix et la sécurité mais dans la paix et sécurité soutenables. On parle toujours du développement soutenable mais il y a aussi un niveau d'attention à la soutenabilité dans le temps de la sécurité.

Je ne pense pas devoir vous convaincre que notre sécurité collective ne dépend pas uniquement de notre force militaire. D'autres composantes sont tout autant essentielles pour une sécurité soutenable.

Pensez aux crises qui nous entourent – de la Syrie à la Libye, de l'Ukraine au Yémen et au Venezuela qui est un peu plus loin mais un million de citoyens vénézuéliens qui sont aussi des citoyens de l'Union européenne donc c'est une crise beaucoup plus proche [de nous] que l'on pourrait penser. Dans aucun de ces cas, une solution uniquement militaire permettrait de construire la paix – et je ne parle pas d'une simple trêve, ni d'une paix qui gèle le statu quo. Cela serait les prémisses d'une instabilité et de violences plus importantes encore. Je parle ici d’une paix véritablement durable, soutenable.

Pour être construite, une paix durable a besoin de diplomatie, de médiation, mais également de la capacité économique nécessaire pour participer par exemple à la reconstruction de l'économie. La paix dans notre région par exemple nécessitera notre engagement pour reconstruire les institutions étatiques, entraîner les forces de sécurité locales, travailler sur des processus de réconciliation au niveau local. Il faudra mobiliser à la fois l'aide humanitaire et les investissements privés. Et la liste peut continuer, pour dire qu'il y a différentes composantes qui contribuent, aux côtés du côté purement sécuritaire et militaire, à la stabilité et à la paix, si l'on veut que cela soit soutenable dans le temps.

Dans l'Union européenne, après avoir vécu des siècles, même des milliers d'années de guerre, nous savons très bien que l'absence de guerre ne constitue pas en soi la paix. Il faut construire une façon d'être ensemble pour que la paix puisse effectivement être une paix et un vivre ensemble.

Ce côté de l'expérience européenne nous est utile et nous donne une profondeur de lecture et d'action qui est particulièrement utile et intéressant dans le monde complexe et conflictuel d'aujourd'hui.

La Stratégie globale décrit notre approche intégrée dans les conflits et les crises, et le travail nécessaire pour augmenter la résilience des sociétés et des Etats.

Telle est la voie européenne vers la paix et la sécurité. C’est une approche que nous avons construit au fil des années, en essayant de mobiliser tout le potentiel de l'Union européenne à Bruxelles mais aussi dans les États membres et avec notre réseau de présence sur le terrain -  141 délégations de l'Union européenne dans le monde. Peu d'Etats-membres ont 141 ambassades dans le monde et c'est pour cela que certains Etats-membres utilisent effectivement les délégations de l'Union européenne dans le sens de leur propre ambassade sur place – et impliquant bien sûr les différentes institutions européennes, tous les directorats de la Commission, et aussi le travail important que nous faisons avec le Parlement européen avec un bon degré d'exercice de diplomatie parlementaire.

C'est un travail complexe mais c'est un travail possible, utile. Je me souviens quand j'ai commencé, quelqu'un m'a dit que c'est un rôle impossible, avec les deux "casquettes" en même temps cela ne marche pas, c'est impossible de tout faire en même temps. Je dois dire que si l'on est arrivés à faire des choses utiles ces quatre dernières années et demies, y compris le travail sur la défense européenne, c'est exactement parce que le Traité de Lisbonne a donnée à ce rôle que j'ai maintenant, la possibilité de coordonner et mobiliser les différents instruments et institutions de l'Union européenne de façon coordonnée et avec de plus en plus de synergies.

Cela fait de l'Europe le pourvoyeur de sécurité le plus complet possible. Nous sommes en train de développer notre hard power en gardant le soft power qui est notre identité, notre force.

Nous sommes je pense reconnus à l'extérieur - pas toujours à l'intérieur - une puissance mondiale et je dois dire tout le contraire d’un acteur marginal: je pense que nous sommes devenus surtout ces deux, trois dernières années un partenaire indispensable pour la paix et la sécurité mondiales pour nos partenaires.

Je le souligne encore, ce n'est pas nécessairement la perception des citoyens européens mais c'est ce que je vois et entends dans mes relations avec nos partenaires dans le monde, dans notre région mais aussi très loin, de la Nouvelle-Zélande à l'Arctique.

Ce rôle unique, nous avons choisi de le jouer dans un contexte multilatéral, et c'est la deuxième chose que j'aimerais souligner: le multilatéralisme. Nous avons décidé d'investir dans la coopération avec nos partenaire. C’est un choix pragmatique et, en même temps, c'est un choix fondé sur nos valeurs. Car une décision prise dans un contexte multilatéral est par définition encore plus démocratique et plus inclusive, mais aussi plus solide et durable dans le temps.

Encore une fois je peux utiliser l'exemple sur le nucléaire iranien: s'il avait uniquement été un accord bilatéral, il n'aurait aujourd'hui probablement plus existé. En étant une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, il y a un contexte global qui l'accompagne et le soutient même dans le contexte difficile quand un des acteurs principaux a décidé d'arrêter sa mise en œuvre.

Parmi les questions que vous m'avez posées, il y en a une sur le « multilatéralisme à multiple niveaux ». C'était une idée présente dans notre Stratégie globale que nous avons mise en œuvre ces dernières années. Notre coopération triangulaire par exemple avec l'Union africaine d'un côté et les Nations Unies de l'autre, ensemble, est je pense le principal exemple de ce multilatéralisme à multiples niveaux. Nous l'avons mis en place depuis deux ans et cela marche très bien, surtout dans le contexte de la gestion des retours de migrants qui ont été détenus en Libye, de nationalités africaines, où cette coopération entre l'Union européenne, l'Union africaine et les Nations Unies est arrivée à libérer des centres de détention en Libye des dizaines de milliers de migrants et à les aider à rentrer chez eux de façon coordonnée avec les Nations Unies, dans le respect de leurs droits. Chaque fois que je rencontre certains d'entre eux, je comprends la valeur humaine du travail que nous sommes en train de faire avec eux.

Et pour la première fois dans l'histoire, nous avons établis des partenariats entre organisations régionales travaillant ensemble dans le cadre des Nations Unies.

Nous sommes aussi en train de travailler avec nos États membres qui font partie du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour coordonner notre voix au Conseil de sécurité. Ici je dois dire que la Belgique est en train de jouer un rôle très important comme d'autres Etats-membres qui ont été membres du Conseil de sécurité dans les années passées l'ont fait, je pense à l'Espagne et d'autres. Ils ont utilisé leur siège au Conseil de sécurité d'une façon véritablement européenne. Lorsque que j'ai commencé, je me suis posée la question en tant qu'Italienne, fédéraliste européenne, ne pourrait-on pas se coordonner plus au sein des Nations Unies et l'on m'a dit de ne pas toucher à ce sujet du côté européen car les Nations Unies et le Conseil de sécurité sont le domaine de la souveraineté nationale. Maintenant, il y a quelques semaines, nous avons eu la deuxième rencontre ministérielle des Etats-membres de l'Union européenne qui font partie du Conseil de sécurité. Nous avons la première rencontre en septembre à New York, la deuxième ici en Belgique, à l'initiative du Ministre [des affaires étrangères de la Belgique], Didiers Reynders, pour coordonner la position des Etats-membres permanents et non-permanents au Conseil de sécurité. Cela pèse énormément, surtout maintenant que nous avons quatre membres du Conseil de sécurité sur quinze. Vous comprenez bien que c'est une vraie puissance si l'on utilise, c'est toujours la même chose. Nous avons certains pouvoirs et si on ne reconnait pas que nous les avons et si nous ne les utilisons pas, c'est comme si nous ne les avions pas.

Car comme je le dis toujours: plutôt que de parler d'une seule voix, l'important est de chanter à partir de la même partition de musique. Parce que c'est bien d'avoir plusieurs voix, cela ajoute à la diversité et à la capacité de passer des messages. Ils peuvent être entendus de façon différente si la voix est différente. L'idée n'est pas d'avoir qu'une seule voix, la diversité de voix peut même être un atout mais c'est de chanter la même musique et de faire en sorte que le message à la fin soit coordonné et unique.

Dans le cadre du multilatéralisme, nous avons également soutenu les agences des Nations Unies dans une période très difficile, peut-être la période la plus difficile qu'elles ont à traverser, avec des fonds supplémentaires qui ont été mobilisé par l'Union européenne, et nous apportons notre soutien politique total au programme de réformes du Secrétaire-Général Antonio Guterres, un grand Européen. C’est notre contribution - je pense - à un multilatéralisme plus efficace, plus dynamique et plus fort.

Le troisième concept que j'aimerais souligner avant de terminer est celui de l’autonomie stratégique. Je sais que c'est un thème potentiellement dangereux, qui a soulevé beaucoup de discussions dans le passé parce que, parfois, on interprète l’autonomie stratégique comme une façon de s'isoler par rapport à une communauté ou une autre.

Je n'ai jamais pensé qu'une approche coopérative, fondée sur des partenariats forts et le multilatéralisme, serait en contradiction avec une plus grande autonomie de l'Europe. Bien au contraire. Une autonomie stratégique signifie une plus grande capacité de l’Europe à apporter sa contribution dans un cadre multilatéral. Le cadre reste coopératif et multilatéral mais nous sommes plus conscients et forts dans notre propre action pour amener notre point de vue et prendre notre part de responsabilité.

C’est par exemple la capacité d'accompagner nos partenaires à mettre en place des forces de sécurité professionnelles bien équipées. C’est par exemple assumer la responsabilité d'une mission de maintien de la paix de l'ONU. Pour moi, l'autonomie stratégique de l'Europe est toujours une autonomie "coopérative", si je peux utiliser ce terme, qui fait se joindre le concept d'autonomie – la définition de soi – avec le concept de coopération avec l'autre. Les deux choses ne sont pas en contradiction l'une avec l'autre.

En cela, il n'y a pas de concurrence avec l'OTAN, je veux le souligner très clairement. Bien au contraire dans les domaines de la sécurité et de la défense, autonomie stratégique signifie également savoir assumer au mieux nos responsabilités dans le cadre de la relation euro-atlantique.

Dans le monde actuel, ce type d'autonomie stratégique ne peut être construit qu’ensemble, en tant qu'Union européenne, avec nos partenaires.

Aujourd'hui, en Europe, il est beaucoup question de souverainisme. J'ai parlé de souveraineté pour l'Union européenne mais je reste convaincue que dans le monde d'aujourd'hui, il n'est pas question d'avoir des Etats-membres qui sont petits ou grands. Je dis souvent que nous avons que des Etats-membres qui savent être petits et d'autres qui n'ont pas encore compris qu'ils sont petits. Dans le monde d'aujourd'hui, nous sommes tous petits, par rapport à la Chine, à l'Inde, au Brésil, aux Etats-Unis, à l'Afrique qui est un continent avec une puissance démographie mais aussi de ressources énormes.

Si l'on veut exercer une souveraineté aujourd'hui, la seule façon de le faire est de le faire ensemble en tant qu'Européens et c'est pour cela que j'ai utilisé la référence à la souveraineté liée à l'Union européenne. Je pense que c'est une perspective complètement fausse de penser que l'Union européenne est une partie de la souveraineté mais c'est la seule façon de gagner à nouveau une souveraineté européenne dans le monde d'aujourd'hui, de l'exercer de façon effective.

La seule façon – je pense - d'être véritablement souverain dans le monde d'aujourd'hui est de joindre nos forces au niveau européen. Il y a ceux qui pensent vivre encore dans le monde d'hier, quand l'Europe était le champ de bataille des superpuissances. Aujourd'hui, le monde ne fonctionne plus comme cela et heureusement. C’est un monde plus chaotique, mais aussi plus libre – libre de la logique des blocs opposés. C'est un monde dans lequel si et quand l'Europe est unie – il y a un certain nombre de domaines sur lesquels nous sommes unis – est une superpuissance indispensable.

Il est clair que tous ne voient pas l’existence d’une puissance européenne d'un bon œil, c'est naturel et normal. Sans l'Union européenne, nous, les Européens, serions tous plus faibles, soit politiquement soit économiquement. Pour des autres puissances globales, il est plus difficile de négocier avec une Union d'un demi-milliard de citoyens, dotée de capacités économiques et diplomatiques renforcées plutôt que négocier avec 28 ou 27 petits Etats-membres. D'un point de vue de la négociation pour nos interlocuteurs, il serait mieux de détruire de l'intérieur l'Union européenne mais pour nous, c'est la seule façon d'être dans une position de force. Nous avons le premier marché dans le monde, nous sommes la deuxième économie mondial – même sur la défense, en mettant ensemble tous les budgets de défense des Etats-membres européens, nous sommes la deuxième puissance de défense globale – et nous sommes les premiers partenaires commerciaux partout dans le monde, sauf peut-être pour une dizaine d'Etat très lointains, et nous sommes bien sûr et allons rester le premier donateur d'aide humanitaire et d'aide au développement.

Il est clair que quelqu'un aurait intérêt à détruire l'Union européenne de l'intérieur, traiter avec de plus petits Etats serait plus simple pour certains d'entre eux. Mais ceci est leur intérêt, et surtout pas le nôtre. Le choix est – je pense – alors le suivant: nous pouvons laisser les autres puissances dicter les règles et essayer de définir un nouvel ordre des relations globales; nous pouvons nous diriger vers un monde où règne la logique du plus fort, où la démocratie et les accords internationaux sont des obstacles à outrepasser.

Ou, alternativement, nous pouvons choisir de continuer à être des acteurs sur la scène mondiale, à investir dans cette souveraineté européenne – ensemble, en tant qu'Européens chacun avec sa voix différente mais avec un intérêt commun qui peut être défendu plus efficacement ensemble – et de contribuer, avec nos partenaires, à construire un ordre mondial fondé sur nos valeurs communes.

C'est ce que nous avons essayé de faire au cours de ces quatre ans et demis, il reste encore sept mois de travail qui seront intéressants pour moi. C'est dans cette voie que l'Union européenne s'inscrit de manière durable. C’est notre contribution en tant qu'Union européenne pour un ordre mondial plus pacifique et plus coopératif.

Merci beaucoup.

Lien vers la vidéo: https://ec.europa.eu/avservices/video/player.cfm?ref=I168307