Délégation de l'Union européenne en Tunisie

Intervention de la haute représentante/vice présidente, Federica Mogherini, lors de la conférence de presse commune tenue avec M. Etienne Schneider, ministre luxembourgeois de la défense, à l'issue de la réunion informelle des ministres de la défense (Lux

Luxembourg, 03/09/2015 - 00:00, UNIQUE ID: 150903_02
Remarks

SEUL LE TEXTE PRONONCÉ FAIT FOI

Merci beaucoup Etienne (Schneider),

Je voudrais commencer par te remercier pour l'excellente coopération, comme tu as dit, et aussi pour la façon dont la présidence luxembourgeoise a commencé ses travaux. Je dois dire que c'est un plaisir de pouvoir travailler ensemble dans un esprit véritablement européen, dans ce domaine mais aussi les autres.

Permets-moi de passer maintenant à l'anglais pour dire qu'au cours de la deuxième partie de la matinée, nous nous sommes intéressés plus particulièrement aux activités en général menées par l'UE, les discussions portant sur l'ensemble des différents aspects et des différents opérations et missions en cours.

Bien évidemment, l'accent a été mis aujourd'hui sur les travaux que nous avons consacrés à l'opération lancée tout récemment par l'Union européenne, celle que nous avons mise en place en Méditerranée contre les passeurs et les trafiquants. Nous avons débattu non seulement de l'opération elle-même, mais aussi bien sûr, de manière plus générale, de la crise des réfugiés et de la crise migratoire à laquelle l'Europe est confrontée. Je m'excuse de n'avoir été en mesure de me joindre aux ministres que tard dans la journée d'aujourd'hui, et de ne pas avoir pu être à vos côtés dès le début des travaux hier. Car hier, toute la journée, nous avons eu à Bruxelles, avec le président Juncker et la Commission, une session de travail sur le nouveau paquet relatif à la crise migratoire et des réfugiés, que nous présenterons dans les jours à venir. L'opération que nous menons en Méditerranée contre les passeurs et les trafiquants d'êtres humains constitue un élément fondamental de notre stratégie; nous devons toujours garder à l'esprit qu'il s'agit d'un volet de notre action qui est très important pour deux raisons: d'abord parce qu'il a déjà permis de sauver 1 500 personnes en mer. Il s'agit à l'évidence d'un apport qui ne saurait être mesuré. Nous avons toujours dit que la priorité des priorités, c'était de sauver des vies; je suis fière de pouvoir dire que le fait que nous ayons pu lancer cette opération en un mois à peine, qu'elle ait pu atteindre sa pleine capacité quatre semaines après son lancement et que, au cours des premières semaines de déploiement en mer, elle ait permis de sauver 1 500 personnes constitue un motif de fierté. D'autant que, en matière de crise migratoire et des réfugiés, nous n'avons pas, en tant qu'Européens, beaucoup de raisons d'être fiers après ce qui s'est passé ces dernières semaines et ces derniers mois. S'il y a bien une chose que l'on doit retenir, c'est la suivante: quand les Européens agissent unis et rapidement, soutenus par une forte volonté politique de l'ensemble des 28 États membres, les résultats ne se font pas attendre. Et cette opération constitue l'un des éléments où ce niveau d'action apparaît clairement.

L'opération a maintenant atteint tous les objectifs militaires de la première phase, qui concernait la collecte d'informations et de renseignements. Aussi ai-je proposé aujourd'hui aux ministres européens de la défense de débattre du passage à la deuxième phase, ce qui impliquerait de capturer et de neutraliser les navires et embarcations, y compris ceux qui escortent les migrants et les réfugiés. Permettez-moi de vous donner un exemple qui montre bien que nous prêts à mettre à profit les bons résultats que nous avons déjà obtenus au cours de ces premières semaines: les renseignements recueillis tout au long de la première phase ont fait apparaître que, ces cinq dernières semaines, nous aurions déjà pu, seize fois au moins, poursuivre des passeurs et des trafiquants. Le passage à la deuxième phase nous permettrait donc de le faire d'une manière efficace, en opérant d'ores et déjà en haute mer.

Aux termes de la proposition que j'ai soumise aux ministres lors de cette première série de discussions, l'opération serait en mesure, une fois que la décision aura été prise et une fois que la capacité de l'opération aura été accrue, ce qui, si tout va bien, devrait avoir lieu au cours des prochaines semaines - je dis bien semaines, et non mois - d'opérer en pleine mer pour capturer et neutraliser les navires et embarcations, mais aussi bien entendu contribuer à l'arrestation de passeurs. Il s'agit là d'un maillon essentiel de notre lutte contre la traite d'êtres humains. Parce que nous savons tous pertinemment qu'un élément capital de notre action consiste à rendre la vie et les activités des passeurs et des trafiquants plus difficiles, voir impossibles.

Je suis heureuse de constater que les interventions faites ce jour par les ministres de la défense des 28 États membres font apparaître un large consensus sur la nécessité de commencer la deuxième phase de l'opération. Je débattrai de cette question, et d'autres qui sont liées à notre stratégie sur la crise migratoire et des réfugiés, avec les ministres des affaires étrangères ici, à Luxembourg, demain et après-demain. Je m'attends à ce que le débat des deux prochains jours porte également sur d'autres éléments de notre stratégie qui, bien entendu, ont trait avant tout à notre coopération avec les pays d'origine et de transit et à l'action que nous menons pour prévenir et surtout pour tenter de résoudre des crises qui sévissent à nos portes, notamment les crise syrienne et libyenne; nous savons pertinemment qu'elles constituent deux éléments d'un puzzle qui, s'ils sont assemblés correctement, contribueront à diminuer sensiblement les flux de personnes. Les flux de personnes, mais aussi la situation dramatique d'hommes, de femmes et d'enfants: nous avons tous été choqués par la photo que nous avons vue dernièrement. Le fait de voir ces photos nous rappelle la réalité dramatique de millions de personnes. Ce que je voudrais toutefois que l'on se rappelle, c'est que même lorsque nous ne voyons pas les photos, ces événements dramatiques se produisent.

J'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises au cours des derniers mois: notre travail ne consiste pas à exprimer de la tristesse ou de respecter une minute de silence lorsque ces événements dramatiques surviennent. Notre travail consiste à prendre des décisions: d'abord formuler des propositions, puis mettre en place les conditions politiques favorisant la prise de décision et faire en sorte que ces propositions se traduisent en actions concrètes, et enfin agir rapidement et à l'unisson.

Je dois dire que les ministres de la défense ont montré aujourd'hui qu'il étaient particulièrement conscients de cette nécessité. J'espère que lorsque les ministres des affaires étrangères, les ministres de l'intérieur et, en dernier ressort, les chefs d'État et de gouvernement auront à prendre des décisions, unis, ils seront également conscients de la situation d'urgence à laquelle nous sommes confrontés, de l'urgence qu'il y a à agir, et du fait que l'Europe doit le faire dans l'unité.

Nous n'arriverons pas à faire face à cette crise sans précédent au moyen d'approches unidimensionnelles, ni au moyen de telles approches mises en place par des États membres agissant isolément, ni au moyen d'une seule politique, qu'elle soit interne ou externe. Nous avons besoin d'une panoplie de mesures et, si possible, de tous les États membres, afin d'agir rapidement, solidairement et de manière responsable. Et peut-être que, finalement, nous serons en mesure de comprendre qu'il s'agit là d'une question dont nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de reporter l'examen, sur tous les différents aspects pour lesquels des décisions doivent être prises.

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