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L’Éthiopie doit renouer avec la paix de toute urgence

03/04/2021 - 12:27
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03/04/2021 – Blog du HR/VP — La situation humanitaire dans la région éthiopienne du Tigré reste très préoccupante. Ce conflit menace également de déstabiliser l’ensemble de la Corne de l’Afrique. J’ai demandé à Pekka Haavisto, ministre finlandais des affaires étrangères, de se rendre en Éthiopie pour réitérer nos demandes au gouvernement et évaluer la situation. Il est hautement prioritaire pour l’UE de contribuer à mettre un terme aux violations des droits de l’homme dans la région du Tigré et à rétablir la paix en Éthiopie.

«Le conflit au Tigré menace de déstabiliser l’ensemble de la région de la Corne de l’Afrique. Nous devons mettre un terme aux violations des droits de l’homme et rétablir la paix en Éthiopie.» #AUEU

 

Cinq mois après le début du conflit, la situation dans la région éthiopienne du Tigré demeure alarmante. Des hostilités sont en cours dans certaines parties de l’État fédéré et l’aide humanitaire reste très limitée en raison des combats, de l’instabilité de la situation en matière de sécurité et de la faible capacité des acteurs humanitaires à faire face efficacement au risque lié à la sécurité.

 

«Les rapports font état de destructions, de pillages massifs, d’exécutions extrajudiciaires, de viols systématiques et de violences sexistes, de retours forcés de réfugiés et d’allégations de nettoyage ethnique et de crimes de guerre.»

 

La situation continue de se détériorer dès lors que des millions de personnes n’ont pas reçu d’aide. Les informations font état de destructions, de pillages massifs, d’exécutions extrajudiciaires, de viols systématiques et de violences sexistes, de retours forcés de réfugiés et d’allégations de nettoyage ethnique et de crimes de guerre.

Tensions ethniques dans d’autres régions de L’Éthiopie

Des tensions ethniques sont également signalées dans d’autres régions du pays, notamment à Benishangul-Gumuz et, surtout, dans les régions d’Oromo et d’Amhara. À cela s’ajoute la pandémie de COVID-19 dont le rythme s’accélère: la semaine dernière, l’Éthiopie a enregistré le plus grand nombre de cas sur le continent africain avec 12 000 nouveaux cas signalés.

 

«Cette crise menace de déstabiliser une région déjà fragile.»

 

Cette crise menace de déstabiliser une région déjà fragile. Au cours des derniers mois, nous avons assisté à l’arrivée de quelque 68 000 réfugiés éthiopiens dans l’est du Soudan, à une montée des tensions le long de la frontière entre l’Éthiopie et le Soudan et à une quasi-impasse dans les négociations difficiles entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte sur le comblement du Grand barrage de la renaissance éthiopienne (GERD).

Quelques mesures positives annoncées

Après de nombreuses semaines de refus, le gouvernement éthiopien a annoncé des mesures positives. Néanmoins, pour être crédibles, elles doivent se concrétiser très rapidement. Dans ce contexte, j’ai demandé à mon collègue Pekka Haavisto, ministre finlandais des affaires étrangères, de se rendre à nouveau dans la région ce week-end pour m’y représenter. Il voyagera en Éthiopie, se rendra au Tigré et rendra compte de la situation au Conseil des affaires étrangères du 19 avril, où nous discuterons, avec les 27 ministres de l’Union européenne, des progrès accomplis.

Le ministre Haavisto est chargé de réitérer nos demandes et d’évaluer les progrès accomplis à ce jour sur différents fronts.

Premièrement, les hostilités doivent cesser. Tant qu’elles se poursuivront, l’aide humanitaire ne pourra être fournie correctement et l’insécurité qui règne dans de nombreuses régions pourrait compromettre, dans l’ensemble du pays, les élections prévues pour le 5 juin.

 

«Premièrement, les hostilités doivent cesser. Deuxièmement, l’accès à l’aide humanitaire doit être accordé dans toutes les régions à toutes les personnes dans le besoin. Troisièmement, des enquêtes relatives aux violations des droits de l’homme doivent être menées à bien. Quatrièmement, et surtout, les troupes érythréennes doivent se retirer.»

 

Deuxièmement, l’accès à l’aide humanitaire doit être accordé dans toutes les régions à toutes les personnes dans le besoin. Malgré une amélioration de l’accès de l’aide humanitaire, les besoins restent énormes et en grande partie non satisfaits, et la situation s’aggrave. C’est également le cas dans les régions qui reçoivent de l’aide. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, reconnu par le gouvernement régional intérimaire du Tigré, est passé de 700 000 à 900 000 au cours des deux dernières semaines.

Troisièmement, il convient d’enquêter sur les violations le droit humanitaire international (DIH) et des droits de l’homme. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et la Commission éthiopienne des droits de l’homme sont convenus de mener une enquête conjointe sur les violations et atteintes commis par toutes les parties. Les discussions relatives aux modalités précises ont commencé et devraient être accélérées afin que les enquêtes puissent débuter rapidement. Ces démarches s’inscrivent dans le cadre du processus de détermination des responsabilités, lequel est indispensable pour les victimes.

Quatrièmement, et surtout, les troupes érythréennes doivent se retirer. Des annonces ont été récemment faites à ce sujet mais, à ce stade, nous n’avons pas obtenu confirmation du fait que ce retrait a lieu sur le terrain. Là encore, il est nécessaire que ces annonces se concrétisent rapidement.

Pas assez de visibilité sur la scène mondiale

Jusqu’à présent, la crise qui frappe le Tigré n’a pas bénéficié de la visibilité nécessaire sur la scène mondiale. Le secrétaire d’État américain, M. Blinken, a toutefois récemment dénoncé le «nettoyage ethnique» observé dans la région, de hauts responsables des Nations unies ont demandé qu’il soit mis un terme aux attaques aveugles et ciblées contre les civils et cette crise demeure une grande priorité pour l’Union européenne. Mes collègues du G7 et moi-même avons confirmé hier notre volonté d’avancer ensemble sur chacun des points susmentionnés.

 

«Personne n’a intérêt à voir se poursuivre la déstabilisation et la fragmentation, que ce soit au niveau national ou régional.»

 

C’est précisément parce que l’Éthiopie est un partenaire important pour l’UE que nous voulons poursuivre nos discussions et garder la porte ouverte à la négociation. Personne n’a intérêt à voir se poursuivre la déstabilisation et la fragmentation, que ce soit au niveau national ou régional. En collaboration avec l’administration américaine, nous intensifierons dans les prochaines semaines nos efforts en vue de progresser.

Le temps presse.

Le temps presse: les violations des droits de l’homme doivent cesser sans délai. C’est dans l’intérêt des citoyens du Tigré, des citoyens éthiopiens et des citoyens de l’ensemble de la région, car plus un conflit dure, plus le processus de reconstruction, de réconciliation et de guérison est long. 

 

«Plus un conflit dure, plus le processus de reconstruction, de réconciliation et de guérison est long.»

 

Comme l’a déclaré le Premier ministre Abiy Ahmed Ali il y a 2 ans lorsqu’il a reçu le Prix Nobel de la paix (lien externe) pour avoir rétabli la paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée après 20 ans de guerre: «Nourrir la paix, c’est comme planter et cultiver des arbres. À l’instar des arbres qui ont besoin d’eau et de terreau fertile pour pousser, la paix requiert un engagement de toute heure, une patience infinie et de la bonne volonté pour cultiver et récolter ses fruits.» Autant de qualités dont l’Éthiopie a, à nouveau, un besoin pressant.

 

 

 

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