Delegation of the European Union to South Sudan

Instruments de financement de l’action extérieure dans le prochain CFP: intervention de M. Josep Borrell, haut représentant et vice-président, lors de la conférence de presse

Brussels, 02/06/2020 - 16:26, UNIQUE ID: 200602_23
Statements by the HR/VP

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour et merci beaucoup à tous les journalistes qui suivent cette conférence de presse. Cette conférence de presse fait suite à celle de notre collègue, le commissaire [chargé de la gestion des crises], M. Janez Lenarčič, qui a exposé les dernières nouvelles concernant le budget de l’aide humanitaire, laquelle aide fait également partie des politiques extérieures de l’Union européenne.

Aujourd'hui, nous nous concentrerons sur les instruments les plus importants, qui sont gérés par mes collègues commissaires Jutta Urpilainen [chargée des partenariats internationaux] et Olivér Várhelyi [chargé du voisinage et de l’élargissement].

Dans le cadre du nouveau budget de l’Union européenne à long terme, qui a fait l’objet d’un remaniement, l’instrument de relance pour l’Union européenne, appelé «Next Generation European Union», stimulé par les nouveaux fonds, apporte une réponse ambitieuse aux difficultés auxquelles l’Union européenne doit faire face, tant à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur.

Nous savons tous que la crise liée au coronavirus a changé la donne au niveau mondial. Elle a ajouté de nouvelles menaces aux défis qui se posaient déjà à l’échelle mondiale. Ces [défis] appellent des réactions au niveau mondial, et l’Union européenne a revu ses ambitions à la hausse en adoptant un train de mesures dont le montant total proposé s’élève désormais à 118 milliards d’euros pour le volet action extérieure pour la période 2021-2027.

La nouvelle proposition propose une enveloppe complémentaire de 15,5 milliards d’euros pour les politiques d’action extérieure. Cette augmentation sera mise en œuvre au moyen de deux modifications principales.

Premièrement, par l’augmentation de la garantie pour l’action extérieure (FEDD +) au titre du nouvel instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale l’IVCDCI. Sa capacité a été portée à 130 milliards d’euros. Jusqu’à présent, ce montant n’était que de 60 milliards d’euros. Aujourd’hui, grâce à ce provisionnement supplémentaire de 10,5 milliards d’euros, nous pouvons couvrir les risques jusqu’à 130 milliards d’euros de prêts.

Deuxièmement, par le budget de l’aide humanitaire, qui comme l'a déjà expliqué le commissaire Lenarcič, bénéficiera d’une augmentation considérable, d’un montant de 5 milliards d’euros.

Ces chiffres, qui seront présentés en détail par mes collègues et amis, les commissaires chargés de gérer ces ressources, traduisent notre ambition d’agir en tant qu’acteur mondial de premier plan et en tant qu’acteur géopolitique fiable, réactif et prévisible, en promouvant nos intérêts et nos valeurs dans le monde entier.  Il s'agit là d'une mesure importante. Nous avons fait une proposition importante et novatrice en vue de simplifier et de rationaliser la plupart de nos financements extérieurs. Ces nouveaux instruments nous permettront de faire preuve d’une plus grande souplesse et d’une plus grande efficacité dans la mise en œuvre de nos actions extérieures.

Il existe également une facilité européenne pour la paix, qui est un fonds hors budget ne faisant pas partie du CFP, mais il importe de garder à l’esprit qu’il est nécessaire de pouvoir financer nos missions et opérations militaires et de doter nos partenaires dans le cadre des opérations de paix des capacités militaires nécessaires pour mener à bien les missions difficiles qui sont les leurs. Étant donné que cet aspect fera l’objet de discussions avec les États membres au sein du Conseil, je me contenterai de rappeler que, parallèlement au CFP, il existe d’autres lignes budgétaires liées à l’action extérieure de l’Union européenne, principalement dans le domaine de la sécurité et de la défense.

Je vous remercie de votre attention.

Lien vers la vidéo: https://audiovisual.ec.europa.eu/fr/video/I-191659

Questions/réponses

Q. À supposer que vous obteniez tout ce que vous avez demandé dans le domaine de la sécurité, de la politique étrangère et de la défense, y compris en ce qui concerne le Fonds européen de la défense (FED) et la facilité européenne pour la paix, quelle différence cela ferait-il pour les positions que l’Europe pourrait adopter dans le cadre de ses actions extérieures?

Eh bien, si je pouvais obtenir tout ce que je souhaite, cela ferait évidemment une grande différence, car le Fonds européen de la défense nous permettrait de développer notre industrie de la défense, d’éviter [les doubles emplois] et de créer des synergies entre les industries situées dans différents pays. Cela est absolument nécessaire pour éviter des doublons et les dépenses inutiles qui en découlent.

Mais hélas, je n’obtiendrai pas tout ce que je veux, j’en ai bien peur. Bien que le Fonds européen de la défense, comme vous le savez, soit placé sous l’autorité du commissaire [chargé du marché intérieur], Thierry Breton, parce qu’il s’inscrit dans le cadre de la politique de défense industrielle, il ne relève pas à proprement parler de la politique de défense. Il s'agit de défense d'un point de vue industriel. Or, vous ne pouvez pas prétendre être un acteur militaire si vous ne disposez pas de capacités, et pour pouvoir construire ces capacités, il faut un secteur industriel.

Je crains qu’il ne soit pas possible d’obtenir tous les fonds nécessaires, mais avec l’argent qui sera alloué à ce fonds, nous créerons des capacités industrielles plus intégrées et plus efficaces en Europe, afin de répondre à nos besoins en matière de défense.

À propos de la facilité européenne pour la paix: vous n’êtes pas sans savoir que nous avons un besoin urgent de cette facilité parce que nous formons les troupes de nos partenaires, au Sahel, par exemple. Nous les formons, mais nous ne sommes en mesure de leur fournir ni les outils ni les capacités militaires [nécessaires] pour les aider à faire face à des situations difficiles sur le théâtre des opérations. Or, nous devons les doter du matériel militaire dont elles ont besoin. Le former ne suffit pas. Une formation est évidemment indispensable, mais ces troupes doivent avoir [être en mesure d’utiliser] les capacités dont elles ont besoin pour les combats auxquels elles participent. Cela coûte de l’argent et, si nous examinons le budget de ces pays, le montant des dépenses consacrées à la défense est tel qu’aucun pays européen ne serait en mesure de supporter une répartition aussi déséquilibrée des ressources. Je pense donc qu’il nous faut avoir la capacité de doter ces pays des capacités militaires qui complètent la formation que nous dispensons.

Par le passé, vous avez parlé de la nécessité pour l’Union européenne de parler le langage de la force. En quoi ce financement extérieur peut-il, selon vous, contribuer à la réalisation de cet objectif? Par ailleurs, je voudrais vous poser une question qui n’a rien à voir avec la première. Pourriez-vous réagir au meurtre de George Floyd aux États-Unis? Ce meurtre porte-t-il atteinte, selon vous, à la capacité des États-Unis à défendre les droits de l’homme dans le monde?

Les Européens, tout comme les citoyens américains, sont choqués et consternés par la mort de George Floyd.

Je pense que toutes les sociétés doivent rester vigilantes à l’égard d’un usage excessif de la force et veiller à ce que toutes les affaires de ce type soient traitées rapidement, efficacement et dans le plein respect de l’état de droit et des droits de l’homme.

Nous devons avoir l'assurance, partout, en particulier dans les sociétés qui sont fondées sur l’état de droit, la représentation démocratique et le respect des libertés, que les personnes chargées de veiller à l’ordre public n’usent pas de leurs prérogatives comme cela a été le cas lors de la mort tragique de George Floyd. Il s’agit là d’un abus de pouvoir, qui doit être dénoncé et combattu, aux États-Unis et partout ailleurs.

Nous défendons le droit de manifester pacifiquement, nous condamnons la violence et le racisme, de quelque nature que ce soit, et nous appelons à l’apaisement des tensions.

Nous ne doutons pas de la capacité des Américains à se rassembler pour guérir en tant que nation et à aborder ces questions importantes en ces temps difficiles. Permettez-moi de répéter que toute vie a de la valeur. «Black lives also matter».

En ce qui concerne le langage de la force: si vous ne disposez pas des bons outils, vous aurez beau vous exprimer comme vous voudrez, personne ne vous prendra au sérieux. Pour être crédible, il faut avoir les moyens d'agir. Et pas seulement des moyens militaires. Lorsqu’on entend le mot «force», [on] pense immédiatement à la force militaire, n’est-ce pas? À des soldats, à des chars et à des combattants. Mais la force ne se résume pas à cela. Dans le cas qui nous occupe, il est question d'un pouvoir coercitif. Or il existe différents types de pouvoir. De nos jours, il existe des mesures de rétorsion efficaces qui ne font pas appel à la puissance militaire.

Le pouvoir se traduit par la capacité d’exercer une influence, de promouvoir ses intérêts et ses valeurs et de défendre également ses partenaires en utilisant les moyens dont on dispose. De nos jours, l’un de ces moyens est la capacité financière.  Comme l’a dit ma collègue Jutta [Urpilainen, commissaire chargée des partenariats internationaux], nous avons à cœur de promouvoir la croissance et la création d’emplois, ce qui passe par la fourniture d’une aide financière. Mais cela passe aussi par notre capacité à participer au développement des pays sur lesquels nous nous appuyons très largement pour assurer notre sécurité, en particulier comme l’a dit Olivér [Várhelyi, commissaire chargé de la politique européenne de voisinage et de l’élargissement], dans notre voisinage immédiat. Si nous voulons être crédibles sur le dossier des Balkans, si nous voulons exercer une certaine influence, nous devons avoir des ressources à notre disposition. Le pouvoir commence par les capacités financières. Il est ensuite parfois nécessaire de recourir à d'autres manifestations de force, mais je ne pense pas qu’il faille réduire le mot «pouvoir/force» à son acception militaire.

Parallèlement à la facilité européenne pour la paix, au Fonds européen de la défense et à la politique en matière de relations extérieures, nous devons également agir sur les capacités militaires. Comme je l’ai déjà dit, dans la région du Sahel et en ce qui concerne l’utilisation de la facilité européenne pour la paix, [nous serons en mesure] de fournir des instruments, des équipements, pas seulement des formations, mais aussi de permettre l’utilisation la force au sens strict, dans son acception la plus commune.

En dehors de cela, je tiens à souligner que le mot «pouvoir» peut avoir des acceptions multiples et complexes dans de nombreux domaines allant du commerce au financement, en passant par les contrats et les accords sur le changement climatique. C’est tout un ensemble complexe de capacités qu’il faut parvenir à combiner pour faire usage de pouvoir.  Au sens large du terme.

Il semblerait qu’il existe un problème à la frontière sud-est de l’Union, entre la Grèce et la Turquie. La Turquie a annoncé qu’elle commencera à prospecter et à exploiter une partie du plateau continental qui appartient maintenant à la Grèce. Elle a publié une carte cartographiant la zone et, sur la carte, vous verrez que ces lieux sont extrêmement proches des îles grecques. La Turquie affirme qu’elle agit ainsi en raison du protocole d’accord qu’elle a signé avec la Libye il y a quelques mois et que l’UE ne reconnaît pas. Qu’entendez-vous faire en ce qui concerne cette situation, qui constitue une menace pour la sécurité de la Grèce?

Nous sommes en contact étroit avec nos collègues, les ministres des affaires étrangères de la Grèce et de Chypre afin de suivre l’évolution des forages et nous invitons la Turquie à mettre un terme à ceux-ci dans les zones où il existe une zone économique exclusive ou des eaux territoriales chypriotes et grecques. À cet égard, le Conseil des affaires étrangères a déjà adressé un message fort à la Turquie.

Dans le cadre de nos négociations avec la Turquie - à vrai dire nous n’en sommes qu'au stade des discussions pour l’instant - il s'agit d’une question de la plus haute importance. Certains États membres considèrent que, puisque ces forages se poursuivent, il faudrait même un terme à ces discussions. Je pense que le seul moyen de résoudre ce type de problème est de montrer que nous souhaitons maintenir le dialogue et voir ce que nous pouvons faire pour que la Turquie comprenne que le respect de la souveraineté de la Grèce et de Chypre et des eaux territoriales en question est crucial pour le maintien de nos bonnes relations.

Q. J'ai lu que vous alliez travailler cette semaine à l’élaboration de sanctions à l’encontre de fonctionnaires russes en raison de la cyberattaque dont l’Allemagne a fait l’objet. Cette information est-elle exacte et quand pensez-vous qu’une décision sera prise à ce sujet?

Suite de la question posée précédemment. Vous avez évidemment le droit de répondre ou non à une question, mais vous ne pouvez pas dire que ma question ne correspond pas à la thématique de la conférence de presse, puis d’aborder d’autres thématiques lorsqu’elles vous conviennent. Vendredi, nous avons eu quelques problèmes avec la conférence de presse du haut représentant. Nous n’avons pas eu l’occasion d’avoir un débat plus approfondi sur la Chine, il n’y a eu que des réponses succinctes. Il y a eu un problème technique, ce sont des choses qui arrivent. Je vais reposer ma question, vous pouvez choisir de ne pas y répondre, mais ne me dites pas que c’est en raison du CFP, ou parce que vous avez répondu sur l'affaire George Floyd, sur le G7 et la Russie, ou sur d’autres sujets: allez-vous travailler à l’élaboration de sanctions à l’encontre de fonctionnaires russes en raison de la cyberattaque dont l’Allemagne a fait l’objet?

Je garde la liberté de répondre aux questions qui sont d'une actualité brûlante sur la scène mondiale. Je suppose que vous êtes au courant de ce qui est en train de se passer aux États-Unis à la suite du meurtre de George Floyd ainsi que de l’importance, sur le plan géopolitique, de la décision relative à la manière dont fonctionne le G7. Il s’agit de dossiers pour lesquels je peux révéler publiquement les informations dont je dispose. À mon sens, il s’agit là d’une bonne occasion de diffuser le message de l’Union européenne, et j’ai profité de l’occasion qui m’était offerte.

En ce qui concerne la question de la cyberattaque et des sanctions à l’encontre de la Russie, je n’ai pas, pour l’instant, d’informations que je pourrais vous révéler, raison pour laquelle je ne puis répondre à votre question.

Q. Les sommes allouées au Fonds européen de la défense sont légèrement inférieures à celles qui figuraient dans la proposition initiale (8 milliards d’euros au lieu des 11,7 milliards d’euros prévus à l’origine). Le haut représentant ayant une double casquette, au sein de la Commission et du Conseil de l’Union européenne, pensez-vous qu’il existe une marge politique pour augmenter les montant alloués au Fonds européen de la défense et pensez-vous que les États membres seront réellement plus disposés à ouvrir les cordons de la bourse? Deuxièmement, je voudrais savoir si le haut représentant/vice-président est favorable à l’idée d’inviter la Russie au G7. Troisièmement, je me demandais si l’UE emboîtera le pas aux Royaume-Uni en proposant une procédure accélérée pour les habitants de Hong-Kong qui souhaitent quitter le territoire.

Comme je l’ai expliqué plus tôt, le Fonds européen de la défense est placé sous la responsabilité d’un autre commissaire, notre collègue Thierry Breton. Étant donné qu’il s’agit d’une question de marché intérieur et de développement industriel qui touche au domaine de la défense, il ne s'agit pas de défense à proprement parler, laquelle relève de mon portefeuille. Quoi qu’il en soit, je tiens à soutenir ce Fonds européen de la défense, car il s’inscrit dans le droit fil du travail que nous menons par l’intermédiaire de l’Agence européenne de défense, qui s'attache à étudier ce qui pourrait être amélioré dans les capacités de défense européenne et comment le faire. Cela dépendra largement de nos capacités industrielles. Je suis tout à fait favorable à la dotation prévue pour le Fonds européen de la défense. Étant donné que je participe au Conseil européen, j’aurai l’occasion d’essayer d’expliquer que le Fonds européen de la défense et la facilité européenne pour la paix — je rappelle que ce dernier est hors budget — sont des outils importants pour améliorer notre sécurité et notre défense à long terme.

L’Union européenne considère que le G7 constitue un cadre multilatéral vital pour les pays animés par des valeurs, des intérêts et des engagements communs. C’est justement le partage de ces valeurs, de ces intérêts et de ces engagements qui les amènent à se réunir sous ce format. La coopération entre partenaires attachés aux mêmes principes est cruciale, a fortiori en ces temps difficiles.

La participation de la Russie à ce qui était à l’époque le G8 a été suspendue en attendant que la Russie change de cap et que le contexte permette à nouveau au G8 de mener des discussions constructives. Ce n’est pas le cas actuellement. Je vous invite à relire la déclaration de La Haye de mars 2014 expliquant pourquoi le G8 est devenu le G7 et pourquoi les circonstances actuelles ne nous autorisent pas encore à croire qu’il serait possible de revenir au format G8.

Je tiens également à rappeler qu’il est de la prérogative du président du G7 — en l’occurrence les États-Unis — de lancer des invitations à participer aux réunions, qui reflètent les priorités du pays d’accueil. En revanche, la modification de la composition ou du format des réunions à titre permanent n’est pas une prérogative du président du G7.

Q. Quel sera le montant de la facilité de soutien à la paix? Sera-t-il de 10,5 milliards d’euros comme initialement proposé ou de 4,5 milliards d’euros comme il était apparu dans la proposition de la présidence finlandaise?

J’espère que la proposition de la présidence finlandaise ne sera pas celle qui sera adoptée par le Conseil parce qu’elle est vraiment très limitée par rapport aux besoins. J’espère que le Conseil mesurera l’importance de cette facilité européenne pour la paix et augmentera la dotation par rapport à la proposition de la présidence finlandaise. Je ne sais pas à combien pourrait se chiffrer cette augmentation mais, à mon sens, la proposition de la présidence finlandaise constitue une réduction drastique des montants prévus, qui sont largement en deçà des besoins pour lesquels nous avons créé cette facilité.

Lien vers la vidéo: https://audiovisual.ec.europa.eu/en/video/I-191661

 

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