Delegation of the European Union to Nigeria and ECOWAS

Journée internationale de la diversité biologique : L’action européenne pour la protection de la biodiversité à Maurice

22/05/2020 - 11:35
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La biodiversité, qu’elle soit terrestre ou marine, qu’il s’agisse de plantes ou d’espèces animales, est indéniablement liée au bien-être des populations et à la santé de la planète. Elle représente notre patrimoine naturel commun que nous devons protéger. L'Union européenne et ses Etats membres agissent pour la protection de la biodiversité à Maurice, à travers plusieurs initiatives, notamment celles de l'AFD et de l'Antenne de la Région Reunion.

La biodiversité, qu’elle soit terrestre ou marine, qu’il s’agisse de plantes ou d’espèces animales, est indéniablement liée au bien-être des populations et à la santé de la planète. Elle représente notre patrimoine naturel commun que nous devons protéger. Pourtant cette biodiversité qui nous est si essentielle est gravement menacée par l'activité humaine. L'homme sera-t-il ainsi à l'origine de la sixième extinction de masse de la biodiversité ? C'est en tout cas ce que pensent les experts qui observent et analysent les évolutions en ce domaine. Le rapport de 2019 de l’IPBES[1], qui est organisme de référence au niveau mondial en matière de biodiversité, souligne la dégradation alarmante de la santé de nos écosystèmes. Il nous invite à  prendre pleinement conscience de l’ampleur et de la gravité des menaces qui pèsent sur la biodiversité : écosystèmes détruits ou endommagés, déforestation massive y compris des réserves considérées comme le poumon de la planète, pollution plastique effrénée, espèces animales et végétales menacées d'extinction totale et irréversible. Hélas, la liste est longue. Or ironie de l’histoire, la COP 15 de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui aurait dû se tenir en Chine à la fin de cette année a dû être reportée du fait de la pandémie due au SARS COV2 dont on soupçonne précisément que l’origine serait dû à une zoonose impliquant la consommation d’espèces animales pourtant protégées ! La pandémie ayant clairement montré la vulnérabilité de l’humanité tout entière par rapport à la propagation d’un simple virus, espérons que 196 Etats membres signataires de la convention s’engageront cette fois efficacement et sans réserve pour sauver la biodiversité qui est indispensable à la vie humaine comme animale sur notre terre.

L’action de l’Union européenne pour la protection des forêts à Maurice :

À Maurice, les forêts – et leur protection - revêtent une importance stratégique pour plusieurs raisons. Premièrement, Maurice se classe parmi les 25 hauts lieux (hotspots) de la biodiversité au niveau mondial et a été désignée par l'UICN comme Centre de diversité végétale. Par ailleurs, comme revers de la médaille, depuis la colonisation de l'île par l'homme dès le 17ème siècle, plus de 100 espèces de plantes et animaux endémiques ont disparu. Le dodo en fait partie. Selon l'UICN, Maurice se positionne comme le troisième pays au monde ayant une des flores endémiques terrestres les plus menacées. En effet, à ce jour, les études démontrent qu'environ 94% de cette flore est menacée. Environ 77% des espèces indigènes sont déjà classifiées comme espèces disparues et 155 espèces de fleurs sont en danger critique d'extinction. Les oiseaux tels que le Foudia Rubra, le zosterops de Maurice, le faucon crécerelle, le pigeon des mares, et des plantes telles que le Bois Corail et le Bois Dentelle figurent dans la liste mondiale des espèces menacées.

A ce jour, il n'existe que 2% de forêts primaires à Maurice. La protection et la préservation des forêts primaires – en tant que foyer de la biodiversité terrestre - sont donc nécessaires et urgentes. Elles sont aujourd’hui prises en compte, à juste titre, dans les politiques nationales telles que la Stratégie nationale de la biodiversité et son plan d’action (2017-2025), qui s'aligne sur les objectifs fixés par l'UICN (Objectifs AICHI pour 2020).  A travers son programme d'appui (qui est actuellement en phase d'approbation), qui consiste à rétablir la couverture des forets primaire à Maurice, l'Union européenne (UE) a pour objectif d'accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de cette politique.

Le programme qui sera mis en œuvre par le National Parks and Conservation Services sous l'égide du ministère de l'Agro-industrie et de la sécurité alimentaire vise en particulier :

- Dans un premier temps, à éliminer les espèces exotiques envahissantes telles que la goyave de Chine dans la réserve de la Rivière noire. Ce goyavier se propage très rapidement ; il peut atteindre une densité de 7 millions de tiges au kilomètre carré.

- A produire des graines et plants d'espèces endémiques qui seront par la suite introduits dans les zones désherbées et dans les nouveaux espaces afin d'étendre la couverture forestière de la réserve naturelle.- A semer les graines et introduire les plantules de mangliers sur l’île d’Ambre. Tout comme les forêts, les mangliers agissent comme d’excellents puits de carbone. Ils jouent par ailleurs un important rôle en tant que gardien de la biodiversité marine en servant d’abri pour des espèces telles que les crabes, crevettes et petits poissons. Plusieurs espèces marines pondent leurs œufs dans ces zones à l’abri des prédateurs. 

Le programme permettra ainsi le rétablissement de la biodiversité terrestre dans la région de Rivière Noire. Il aura également un impact positif en termes d'atténuation des changements climatiques et d’amélioration du captage de l'eau au profit des activités agricoles de la zone.  Il permettra également de protéger la biodiversité marine.

L’Union européenne et le gouvernement mauricien ont établi un dialogue politique de haut niveau sur le changement climatique dont l'un des objectifs est d'augmenter la superficie couverte par les forêts primaires, y compris des mangliers, pour améliorer la résilience climatique des écosystèmes naturels. Ce programme de plantation d'arbres soutenu par l'UE entre ainsi dans le cadre de ce dialogue politique et fait partie de la contribution nationale déterminée que Maurice a présentée en 2015 pour la COP 21.

L’action de l’Agence Française de Développement :

La France à travers l’AFD a lancé le 27 février une journée de réflexion et d’échanges avec des représentants des secteurs publics, privés et d’organisations de la société civile sur la biodiversité à Maurice. Cet événement se déroulait en parallèle des négociations sur la convention sur la diversité biologique (CBD) qui avaient démarré au même moment à Rome et devaient permettre la rédaction d’un plan d’actions d’ici à 2050.

Cette journée avait plusieurs objectifs : faire porter le sujet de la biodiversité en haut de l’agenda mauricien suite aux élections législatives à Maurice et dans le cadre de la préparation du Congrès mondial de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) à Marseille et de la COP15 Biodiversité à Kunming initialement prévus en 2020; rassembler les acteurs de la biodiversité pour permettre des rencontres et échanges d’informations et de bonnes pratiques; illustrer la problématique par des actions exemplaires déjà mises en place par les acteurs locaux et permettre aux acteurs mauriciens de s’engager en faveur de la biodiversité et de lancer de nouvelles actions pour sa sauvegarde.

A l’issue de cette journée, une feuille de route reprenant les conclusions et recommandations a été partagée avec l’ensemble des participants en mettant notamment l’accent sur la création d’une plateforme regroupant l’ensemble des acteurs présents à Maurice et œuvrant en matière de biodiversité, la promotion de partenariats entre institutions réunionnaises et mauriciennes ainsi que la réalisation d’études sur le coût de l’inaction.

Partenariat Réunion-Maurice pour la préservation de la flore :

La Réunion et Maurice ont travaillé conjointement sur la mise à jour de la liste de l’IUCN (l'Union internationale pour la conservation de la nature) avec un état des lieux parfois inquiétant (espèces éteintes, plusieurs centaines classées en catégories CR, c’est-à-dire en danger critique d’extinction…). Le Conservatoire National de Brest (CNB), a permis à Maurice de se réapproprier des espèces qui étaient stockées dans la banque de graines de Brest.

Le CNB prépare actuellement un appui technique au développement et à la diffusion des connaissances sur la flore endémique (créer des cartes des végétations pour la conservation, publier le livre rouge des espèces végétales de Maurice, plan de sauvetage et d’actions opérationnelles) en partenariat avec la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), et les Services Forestiers (Forestry Service).

L’importance de la biodiversité :

La biodiversité, contraction de biologique et diversité, recouvre l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, etc.) ainsi que toutes les relations et interactions qui existent, d’une part, entre les organismes vivants eux-mêmes – y compris les êtres humains, et d’autre part, entre ces organismes et leurs milieux de vie. La biodiversité offre des biens irremplaçables et indispensables à notre quotidien : l’oxygène, la nourriture, les médicaments et de nombreuses matières premières telles que le bois. Source de loisirs et de revenus pour de nombreuses populations qui vivent de la pêche, des activités touristiques et de la vente de bois, elle nous protège également : les mangroves nous protègent des inondations et favorisent la reproduction animale, les forêts et les océans agissent comme des puits carbone qui absorbent une partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère et contribuent ainsi à lutter contre le réchauffement climatique.

Zoom sur les forêts : élément essentiel de la biodiversité

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les forêts couvrent près d'un tiers de la surface terrestre de la planète. Elles sont source de nombreux services et de biens dont dépendent près de 1,6 milliards de personnes pour leur subsistance. Elles ont également un rôle crucial pour la protection de l'environnement : elles constituent un élément essentiel de la biodiversité, car elles abritent 85% de la biodiversité terrestre mondiale. Par ailleurs, véritables poumons verts de notre planète, elles jouent un rôle crucial dans le niveau d'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Elles agissent en effet comme des puits de carbone et absorbent ainsi l'équivalent de 2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone chaque année. Pourtant, elles sont confrontées à des menaces croissantes. La forêt amazonienne, qui représente 1/3 des forêts tropicales du monde, connaît une déforestation rapide et qui s’accélère. La déforestation menace non seulement les moyens de subsistance des communautés locales, mais aussi la variété de la vie sur notre planète. Par ailleurs, la déforestation a également un impact sur le changement climatique ; elle est la deuxième cause de changement climatique après la combustion de matières fossiles et représente près de 20% de toutes les émissions de gaz à effet de serre - plus que l'ensemble du secteur des transports dans le monde.

Les forêts sont également affectées par les incendies. L'année dernière, des images de la forêt amazonienne en feu ont fortement marqué les esprits et provoqué un cri d'alarme du Secrétaire Général des Nations Unies. Plus récemment, les incendies en Australie ont détruit une zone plus grande que le Portugal, provoquant au passage des émissions de CO2 dans l'atmosphère équivalentes aux émissions annuelles des 116 pays les moins polluants de la planète.

 

[1] Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services.

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