Delegation of the European Union to Nicaragua

Dialogue interreligieux sur les droits des personnes LGBTQIA

Mauritius , 02/02/2021 - 05:57, UNIQUE ID: 210202_2
Speeches of the Ambassador

Le Président du Conseil des Religions
Le Président et la Directrice Collectif Arc en Ciel
Chers défenseurs des droits de l'homme
Distingues invités
Mesdames et Messieurs
Bonsoir tous dimoune

Ça faire moi ene grand plaisir être parmi zott azordi tanto, pour lance ène discussion lor droits banne personnes LGBTQIA, avec tous banne dimoune autour la table. Mo remercier Collectif Arc en Ciel et tous banne organisateurs de ça évènement là, pour donne-moi l'occasion explique zott banne actions l'Union européenne en faveur banne dimounes LGBTQIA.

En effet je voudrais saluer cette initiative du Collectif Arc En Ciel qui permet de réunir les acteurs de divers secteurs pour un dialogue autour des droits des personnes LGBTQIA. Cet évènement organisé en collaboration avec Kaleidoscope International Trust et Human Rights Campaign, bénéficie du co-financement de l'Union européenne à travers le projet 'Inclusion Sociale des personnes LGBTQIA', que nous avons signé avec CAEC et Young Queer Alliance le 9 décembre dernier. Je suis heureux de participer au tout premier évènement sous ce projet.


PERSPECTIVE MONDIALE - LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS HUMAINS :

L'article 1 de la Déclaration Universelle des droits humains est sans équivoque: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité". Toute personne homme ou femme bénéficie donc pleinement de cette reconnaissance et de ces droits sauf à lui denier le caractère d'être humain…et ses droits sont bien sûr universels et inaliénables. Le principe de non-discrimination est ainsi fortement ancré dans les principes fondateurs des droits humains, et devrait se retrouver dans toutes les sphères de la vie sociale, économique, politique et religieuse. Il ne devrait pas y avoir de discrimination basée sur l'orientation sexuelle comme il ne devrait pas en avoir au regard de l'ethnicité, de la race d'une personne…et je me rejouis de célébrer ici ce lundi à Maurice le souvenir de l'abolition de l'esclavage.
S'agissant du dialogue interreligieux, la position des différentes religions a aussi été marqué par des évolutions et des prises de positions; permettez-moi d'en citer quelques'unes sans vouloir etre exhaustif en la matière:

  • En 1993, le Dalaï-Lama déclarait ceci: "L'homosexualité, qu'elle soit entre hommes ou femmes, n'est pas en soi incorrecte". Plus récemment en 2014, le chef spirituel des boudhistes a condamné les violences à l'encontre des homosexuels. «La persécution, la violence, ça ce n'est pas bien. C'est une violation des droits de l'homme.»
  • En novembre 2007, l'Archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix, disait« Si Dieu, comme ils le disent, est homophobe, je ne rendrais pas de culte à ce Dieu ».
  • En 2010, un Imam basé à Bordeaux déclarait lui que "Homosexualité est un choix".
  • Plus récemment, en octobre 2020, le pape François s'est dit favorable aux unions civiles pour les couples homosexuels, afin que ceux-ci puissent bénéficier d'une protection juridique.

Ces positions montrent que la compréhension, l'amour du prochain et la tolérance gagnent du terrain dans le monde.
Je me réjouis donc de cette rencontre interreligieux organisé par CAEC et ses partenaires aujourd'hui qui permet un dialogue franc et ouvert sur la question LGBTQIA à Maurice.


Quelle action et PERSPECTIVE EUROPEENNE et pourquoi?

La Charte européenne des Droits fondamentaux :

L'Union européenne est fortement attachée la mise en oeuvre de la Déclaration Universelle des Droits Humains et tous les droits qu'elle protège; parmi ces droits bien sûr le droit de croire (ou de ne pas croire) et d'exercer librement sa foi; La Convention européenne des droits de l'homme protège le droit d'avoir des convictions religieuses et autres. Les arrêts de la Cour européenne ont protégé le droit de pratiquer sa religion et le droit des organisations de fonctionner sans ingérence.
Un principe fondamental défendu par cette déclaration est celui de la non-discrimination. La charte des droits fondamentaux de l'Union européenne approfondi et précise ces droits et principes en interdisant toute discrimination fondée notamment sur l’orientation sexuelle. Par ailleurs l'UE est fermement résolue à lutter contre l'impunité dans les cas de violation des droits de l'homme, de discrimination et d'abus dont font l'objet les personnes LGBTQIA en Europe et de par le monde.

Pourquoi, l'UE a été confronté dans son histoire récente à la pire des abominations: celles des crimes nazis de la seconde guerre mondiale et de l'extermination de 6 moi de personnes dont on a nié le droit à la vie: des personnes de confession juive, mais aussi des tziganes, des opposants politiques communistes ou autres, des résistants, des intellectuels, mais aussi des homosexuels…ceci fut un traumatisme profond et explique l'engagement fort de l'UE en matière de défense des droits au plan europen comme international. Nous venons d'ailleurs tout juste de célébrer cette journée du souvenir. Et donc les choses changent et évoluent heureusement.

Permettez-moi de vous donner un chiffre qui devrait vous intéresser: 76 % des Européens interrogés en 2019 pensent que les personnes gays, lesbiennes ou bisexuelles devraient avoir les mêmes droits que les personnes hétérosexuelles, contre 71 % en 2015. Cela montre que lentement mais sûrement, les mentalités progressent.
Toutefois, de par le monde, les personnes LGBTQIA continuent d'être victimes de discriminations dans de nombreux domaines de la vie, par exemple lorsqu’elles recherchent un emploi ou demandent des prestations de sécurité sociale, en milieu scolaire ou lorsqu’elles ont besoin de soins de santé. Elles peuvent également être confrontées à des discours de haine et à la violence et avoir un sentiment d’insécurité sur leur lieu de travail, en milieu scolaire ainsi que dans l' espace public.

Je tiens à faire ressortir que Maurice est un exemple en termes d'acceptation et de vivre en commun où chacun exerce sa foi - les jours fériés dont nous profitons chaque année en sont le reflet!!


Plan d'action démocratie et droits humains 2020-2024 :

Le troisième plan d'action de l'UE sur les droits de l'homme et la démocratie (2020-2024) a été adopté le 19 novembre. La Présidente de la Commission européenne, Madame Ursula von der Leyen (femme, médecin et mère de sept enfants), disant, dans son discours sur l'État de l'Union en 2020, "qu'elle ne se reposera pas lorsqu'il s'agira de construire une Union de l'égalité. Une Union où vous pouvez être qui vous êtes et aimer qui vous voulez - sans crainte de récrimination ou de discrimination. Parce qu'être soi-même n'est pas votre idéologie. C’est votre identité. Et personne ne pourra jamais l'enlever."

C’est dans ce contexte que l’UE a adopté, en novembre dernier, le troisième plan d'action de l'UE sur les droits de l'homme et la démocratie (2020-2024). Le nouveau plan d'action de l'UE prévoit d'intensifier les actions pour prévenir, dénoncer et combattre toutes les formes de discrimination et de harcèlement contre les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI), y compris la violence, les discours de haine et les crimes de haine. L’UE est engagée à combattre activement les politiques et pratiques des lois discriminatoires, y compris la criminalisation des relations homosexuelles consentantes.


Stratégie 2020-2024 LGBTQIA :

Nous sommes allés encore plus loin dans notre action pour préserver les droits des personnes LGBTQIA. La Commission européenne a également présenté en novembre 2020 la toute première stratégie de l'UE pour l'égalité des LGBTQIA.
Alors que des progrès dans l'UE ont été réalisés vers l'égalité des LGBTQIA au cours des dernières années, la crise du COVID-19 a quand même, dans beaucoup de cas, aggravé la situation. La stratégie de l’UE aborde les inégalités et les défis qui affectent les personnes LGBTQIA. La stratégie propose d'étendre la liste des crimes existants au sein de l'UE pour couvrir les crimes de haine, y compris les discours de haine homophobes et les crimes de haine, et de faire avancer la législation sur la reconnaissance mutuelle de la parentalité dans les situations transfrontalières, entre autres.
La stratégie a également pour vocation de garantir que les préoccupations LGBTQIA soient bien reflétées dans l'élaboration des politiques de l'UE, de sorte que les personnes LGBTQIA dans toute leur diversité, soient en sécurité et aient des chances égales de prospérer et de participer pleinement à la société.
Cette stratégie a une dimension internationale ; nous savons bien que dans plusieurs régions du monde, les personnes LGBTQIA subissent de graves violations et abus de leurs droits. La stratégie UE pour l'égalité LGBTQIA dans le monde prévoit que la Commission européenne soutiendra les actions en faveur de l'égalité dans ses pays partenaires.


PERSPECTIVE MAURICE :

J'ai noté à Maurice qu'il y a une certaine acceptation ou tolérance sociale sur les questions LGBTQIA (marche des libertés), mais le code pénal n'est pas en harmonie ni avec les obligations internationales ni avec cette évolution de la société. L'homosexualité est toujours considérée comme un crime à Maurice, de par la section 250 du Code Pénal. Cet article date du 19eme siècle alors que nous sommes maintenant en 2021, donc deux siècles plus tard, cette loi perdure. A cet égard, je suis très satisfait qu'il y ait des cas en Cour en ce moment même contestant cette provision du Code Pénal, car il est grand temps que la loi soit changée. Une autre solution peut-être plus rapide, aurait pu être un code pénal révisé…sur cette question, lors du 3e cycle d'examen périodique universel pour Maurice en 2018, Maurice a reçu 14 recommandations sur les questions d'orientation sexuelle, d'identité de genre, d'expression de genre et de caractéristiques sexuelles à Maurice. Ces recommandations avaient trait à l'abolition de l'article 250, à l’interdiction explicite de la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre et au développement de campagnes de sensibilisation et des programmes de formation pour sensibiliser aux droits des personnes LGBTQIA. Aucune de ces recommandations n'a à ce jour été acceptée par l'Etat mauricien. Toutefois, j'espère que grâce aux efforts concertés de tous les partenaires, les mentalités pourront évoluer.


Actions à Maurice – three-tiered approach :

Afin d'arriver à cette évolution, nous travaillons à trois niveaux à Maurice:
1. Nous travaillons avec le Gouvernement mauricien sur un dialogue politique où nous abordons la question des droits et de la non–discrimination basée sur l'orientation sexuelle.
2. Nous travaillons avec les institutions spécialisées dans la promotion des droits humains, en particulier la National Human Rights Commission et l'Ombudsperson pour les enfants pour des actions de sensibilisation sur les droits humains, notamment les droits des personnes LGBTQIA. En 2018, nous avons organisé avec la NHRC un forum débat sur les droits des personnes LGBTQIA, auquel le Ministre Gobin avait d’ailleurs participé ; il s’agissait d’une action remarquable qui a d’ailleurs été intégrée dans le rapport annuel 2018 de l'Union européenne sur les droits humains. Plus récemment la NHRC, toujours dans le cadre du projet de promotion des droits humains que finance l’UE, a organisé une formation des policiers sur les droits des personnes LGBTQIA.
3. Nous travaillons enfin avec les défenseurs des droits humains pour des actions directes sur le terrain.
Le projet que nous avons signé en décembre 2020 avec le Collectif Arc en Ciel et Young Queer Alliance pour un montant de 224 000 euros a pour objectif principal de promouvoir l'inclusion sociale des personnes LGBTIQ dans la République de Maurice. Nous prévoyons des actions de sensibilisation tous azimuts sur la question des droits des personnes LGBTQIA. La Délégation de l'UE tout comme les institutions de l’UE soutiennent et participent à la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie (le 17 mai) et à d’autres événements tels que les Marches des Fiertés.


La dimension interreligieuse :

Encore une fois, je salue l’initiative du CAEC et de ses partenaires pour ce dialogue interreligieux sur la question des droits des personnes LGBTQIA.
Nous nous devons de souligner l’importance du dialogue interreligieux dans un pays où vivent en paix des citoyens de plusieurs religions. C’est la base même pour une compréhension mutuelle et respect faite d’ écoute et d’échanges.

De tels débats sur l'interreligieux et les droits humains sont aussi importants pour montrer que quelle que soit notre orientation sexuelle, notre couleur de peau ou notre appartenance religieuse, nous faisons partie d'une même humanité. L'amour réel du prochain prône l'acceptation de l'autre et de ses différences et non la condamnation.

Conclusion:

Il est important d’impliquer les représentants religieux dans le débat, mais il faut également sensibiliser tous les acteurs – Etat - secteur privé - société civile. Je fais donc un appel pour que tous les acteurs prennent part au dialogue sur les droits des personnes LGBTQIA. L’UE restera engagée pour le dialogue ; il est essentiel de continuer à porter cette question dans le débat public. C’est, je le crois, la seule façon de briser les tabous et de faire évoluer les mentalités.

Je vous souhaite des délibérations fructueuses, et je vous remercie de votre attention. Bon long weekend à tous !

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