Délégation de l'Union européenne au Royaume du Maroc

Syrie: préparer la paix

24/04/2018 - 20:18
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L’UE soutient les femmes, moteurs du rétablissement de la paix en Syrie

«La voix des armes en Syrie est très forte; tout le monde sait que le régime syrien a bombardé son propre peuple et que le groupe État islamique a exécuté de nombreux journalistes et militants. Pourtant, la voix des civils syriens — hommes et femmes — a souvent été réduite au silence sur la scène internationale», déclare Rajaa Altalli, codirectrice du Centre pour la société civile et la démocratie, soutenu par l’Union européenne.

Après six années de conflits, de violences et de destructions, ce qui reste de la Syrie est une société profondément divisée et fracturée, qui aura besoin de plusieurs générations pour panser ses plaies. Ce qui n’était au départ que des manifestations pacifiques s'est rapidement transformé en guerre civile, déchirant le tissu social petit bout par petit bout.

Pourtant, l’histoire montre qu’en période de conflit, les femmes occupent souvent une place plus importante dans la vie publique et que la guerre peut être un moment charnière en matière d’égalité des sexes. Après six ans de conflits, les structures familiales ont évolué et le nombre de ménages dirigés par une femme n’a jamais été aussi élevé. 

«Le rôle le plus important qu'une femme puisse jouer est d’être à la fois la femme et le mari», raconte Um Mohammed, une réfugiée syrienne au Liban, qui a laissé son mari en Syrie. «C’est le plus difficile. Je dois être à la fois le père et la mère: j’assume le rôle du père en travaillant et en subvenant aux besoins de ma famille, et le rôle de la mère en cuisinant et en prenant soin des enfants.» 

Face aux nombreuses atrocités commises pendant le conflit — tortures, violences sexuelles et sexistes, absence d'obligation de rendre des comptes et manipulation des identités ethniques et religieuses — la tâche consistant à rétablir la confiance entre les communautés est colossale.

"Al Mafroud - What should be" 

Des réfugiées syriennes discutent de l’évolution du rôle des femmes et des hommes dans la société syrienne.   

Version intégrale du documentaire:
https://www.youtube.com/watch?v=UODnpskWkkQ&feature=youtu.be

 

Les femmes, moteurs du rétablissement de la paix

En Syrie, comme dans de nombreux autres pays en guerre, les femmes travaillent comme médecins, infirmières ou enseignantes. Et au-delà des efforts qu’elles déploient pour simplement survivre, les femmes regardent également vers l’avenir, préparent la paix et plaident pour une Syrie dans laquelle elles seront représentées.

À l’occasion de la Journée internationale de la femme de cette année, Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré: «Les femmes comptent souvent parmi les groupes les plus vulnérables. Mais elles sont aussi souvent les premières à chercher des solutions ou à résister dans l'adversité et celles qui ont une vision pour l'avenir de leur pays» et «nous [...] ne cesserons de lutter pour garantir l'égalité des sexes, assurer la sécurité des femmes et des filles et leur donner les moyens de réaliser pleinement leur potentiel. L'Union européenne est résolue, tout comme elle l'était il y a soixante ans, à garantir l'égalité aux femmes du monde entier

«Les femmes syriennes ont œuvré à rendre la vie plus supportable en Syrie et elles sont une source d’inspiration pour nous, Syriens, qui mesurons leur courage et leur patriotisme», déclare Rajaa.

Malgré leur rôle actif dans la promotion de la paix, les femmes sont généralement écartées lorsque débutent les négociations officielles de paix et la reconstruction de l’économie. Mais il n’est pas possible de revenir aux valeurs et aux rôles sociaux traditionnels d’avant-guerre, qui ont été profondément chamboulés par la guerre. Redéfinir ces rôles doit faire partie intégrante de la reconstruction des sociétés déchirées par la guerre.

Hind Kabawat, fondatrice d’un programme d’émancipation des femmes et membre du Haut comité des négociations (HCN) — la délégation de l’opposition dans le cadre des pourparlers menés sous l’égide des Nations unies à Genève — est venue à Bruxelles pour assister à un séminaire financé par l’UE sur la vision du HNC concernant la transition en Syrie. Ancienne juriste et professeur d’université, elle a déjà constaté une évolution considérable du rôle des hommes et des femmes.

«Avant la révolution, les femmes étaient présentes pour l’apparence; nous avions des femmes ambassadrices et des femmes ministres, mais la participation des femmes n’était que de pure forme, nous ne pouvions pas réellement donner notre avis.» «Aujourd'hui, je suis très fière de constater que les femmes ne sont plus uniquement des chiffres, elles font réellement du bon travail. Dans chaque organisation, chaque domaine, elles font la différence. Les femmes veulent participer aux discussions, agir et elles sont en train de construire quelque chose ensemble; c’est une grande différence.»

Et tout tend à démontrer que la participation des femmes aux processus de paix contribue à leur efficacité et à une paix plus durable et viable. Les femmes sont souvent très actives dans la société civile et les mouvements de paix: en Colombie, par exemple, elles étaient responsables de réseaux complexes de mouvements pacifistes; en Irlande du Nord, au Burundi ou au Liberia, il existait des coalitions de femmes qui transcendaient les groupes de belligérants.

La résolution 1325 des Nations unies concernant les femmes, la paix et la sécurité

affirme l’importance de la participation des femmes et de l’intégration de l'égalité entre les sexes dans les négociations de paix, l’aide humanitaire, les opérations de maintien de la paix, ainsi que la consolidation de la paix et la gouvernance post-conflit;

appelle à garantir la participation des femmes à tous les aspects du rétablissement de la paix, en particulier les négociations de paix;

demande instamment au secrétaire général de nommer plus de femmes parmi les représentants et envoyés spéciaux et d’accroître le rôle des femmes dans les opérations sur le terrain, notamment en prévoyant des conseillers en matière d’égalité hommes-femmes dans les opérations des Nations unies;

demande instamment la mise en place d’une capacité de réaction en matière d’égalité hommes-femmes dans les missions de maintien de la paix et de formations sur les droits et les besoins des femmes destinées à l’ensemble du personnel chargé du maintien de la paix et de la sécurité;

souligne la nécessité de maintenir le caractère civil des camps de réfugiés et de personnes déplacées et l’importance d’aménager les camps de manière à prévenir les violences sexuelles;

appelle de ses vœux l’adoption de mesures particulières pour protéger les femmes et les filles contre les violences sexuelles et à caractère sexiste;

réaffirme l’importance du rôle moteur et de la participation des femmes à la résolution des conflits, aux pourparlers de paix et à la reconstruction.

 

 

Une place à la table des négociations

Pourtant, quinze ans après l’adoption de la résolution 1325 des Nations unies sur «les femmes, la paix et la sécurité», les femmes doivent toujours se battre pour avoir une place à la table des négociations. Jusqu’en 2016, les principaux négociateurs de l’opposition et du régime syriens étaient tous des hommes. C’est pourquoi l’UE soutient des initiatives telles que le Comité consultatif des femmes, un groupe de femmes syriennes qui contribuent aux pourparlers de paix sous l’égide des Nations unies à Genève et conseillent Staffan de Mistura, l’envoyé spécial des Nations unies en Syrie.

«Le Comité consultatif des femmes constitue un moyen différent [pour les femmes] de diffuser leur propre message», explique M. de Mistura. «Pourquoi? Parce qu’au sein du comité, elles ont toutes la parole, tout le temps, et elles peuvent s’exprimer sur tous les sujets. Elles élaborent des documents. Elles présentent des idées et des suggestions et posent des questions.»

Mme Mogherini dialogue activement avec les femmes syriennes qui cherchent à faire changer les choses dans la vie publique et à contribuer à rétablir la paix dans leur pays. Elle a invité à deux reprises un groupe de déléguées du Comité consultatif des femmes à Bruxelles, afin de discuter de leur point de vue sur l’avenir de la Syrie.

Rajaa, qui elle-même participe activement aux consultations à Genève, indique que «la voix des femmes syriennes et de la société civile syrienne doit être amplifiée et prise en compte lors des discussions politiques à Genève et ailleurs».

La participation à haut niveau à Genève n’est bien sûr qu’un des aspects et il importe de reconnaître les contributions des réseaux de femmes au niveau local, en Syrie et dans les pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens. Si une Syrie inclusive et pluraliste doit un jour renaître de ses cendres, tous les points de vue doivent être entendus, et pas uniquement ceux de l’élite instruite. «Avec le soutien de l’Union européenne, nous préparons les femmes au niveau local, afin qu’elles puissent un jour participer à la vie politique. Elles donneront le meilleur d’elles-mêmes; aujourd’hui, nous leur préparons le terrain, mais à l’avenir, elles prendront la relève», déclare Hind.

Comité consultatif des femmes

La résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies — la «feuille de route» en faveur d’un processus de paix en Syrie — fait état d’un processus politique inclusif et mené par les Syriens et encourage la participation significative des femmes au processus politique engagé sous l’égide des Nations unies.

L’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, M. Staffan de Misura, a donc mis au point un mécanisme visant à faciliter la participation des femmes et de la société civile syriennes aux pourparlers intra-syriens. Le Comité consultatif des femmes est un groupe de douze représentantes de la société civile qui soulèvent des questions absentes de l’ordre du jour, élaborent des positions politiques, formulent des recommandations pour contribuer aux pourparlers de paix et proposent une vision qui tienne compte de l’égalité hommes-femmes.

Alors que la société civile et les organisations de femmes ne sont pas officiellement parties aux négociations à ce stade du processus politique, il est essentiel d’associer les groupes d’intérêts de femmes pour garantir la crédibilité et la légitimité de la transition.

L’Union européenne contribue financièrement au fonctionnement de ces groupes, ainsi qu’à l’organisation d’événements pour leur permettre de fournir des conseils sur des questions stratégiques concernant la Syrie.

 

Entretien vidéo avec Hind Kabawat, membre du Haut comité des négociations

member of the High Negotiations Committee

«Tastakel Women and Girls Centre»

Financé par l’Union européenne, le «Tastakel Women and Girls Centre» est un collectif établi en 2015 par l’ONG «Women’s Centre» à Gaziantep. Il vise à favoriser l’autonomie des adolescentes et des femmes syriennes réfugiées au moyen de l’éducation, de la formation professionnelle et d’une aide de la communauté. Les programmes gérés par Tastakel sont axés sur l’émancipation politique des femmes et la consolidation interconfessionnelle de la paix.

 

Inscrits dans l’avenir

Et lorsqu’une solution pacifique au conflit sera finalement trouvée et que le long processus d'élaboration d’une nouvelle législation et d’une nouvelle constitution pour la Syrie débutera, des femmes comme Daad s’efforceront, avec le soutien de l’UE, de veiller à ce que les droits des femmes soient inscrits dans la constitution: «Nous envisageons et défendons une constitution syrienne qui respecte et inclut les droits des femmes. Nous avons élaboré des principes constitutionnels qui tiennent compte des questions d’égalité des sexes et nous nous attachons désormais à les promouvoir. Nous nous efforçons de renforcer les capacités des juristes et de mener des campagnes de sensibilisation à un niveau plus large pour créer une culture de la démocratie et de l’égalité.»

Avocate et militante, Nerevan explique que «lorsque le moment sera venu de rédiger la nouvelle Constitution syrienne, nous disposerons des connaissances et des outils nécessaires pour plaider en faveur de l’intégration des droits des femmes. Ce programme change la donne, car il regroupe des juristes syriens et les encourage à travailler de manière systémique sur la dimension d'égalité des sexes dans la Constitution et la législation.»  

L’expérience montre que l’égalité hommes-femmes sur papier est une chose, mais qu'elle doit concerner une partie vaste et diverse de la société pour pouvoir se développer, et que les stéréotypes et les mentalités sont les plus difficiles à faire évoluer.

«Sans quotas, les femmes n’iront nulle part. C’est pourquoi nous avons lutté avec acharnement pour que dans la Syrie de demain, nous appliquions un quota de 30 % pour la participation des femmes à la vie publique. Ce principe a obtenu l’approbation du HNC et a été approuvé par les Nations unies», indique Hind. «Il est difficile de changer la mentalité des hommes et nous sommes fatiguées d’essayer; c’est pourquoi nous devons encourager les quotas: les femmes seront là, que les hommes le veuillent ou non.»

 

Stratégie de l’UE pour la Syrie

Le document intitulé «Éléments d’une stratégie de l’UE à l’égard de la Syrie», approuvé par le Conseil des affaires étrangères d’avril 2017, définit l’engagement de l’UE à l’égard de la Syrie. Dans le cadre de cette stratégie, un des principaux objectifs de l’UE est la nécessité de «promouvoir la démocratie, les droits de l’homme et la liberté d’expression en renforçant les organisations de la société civile syrienne».

La stratégie précise que «l’UE continuera à apporter un soutien important aux organisations de la société civile syrienne qui partagent ses valeurs de promotion de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté d’expression.»  La société civile syrienne aura un rôle de premier plan à jouer en Syrie après la fin du conflit. Elle devra «notamment aider le pays à surmonter le passé, faciliter les efforts de réconciliation au niveau local et national, ainsi que le dialogue interculturel et interreligieux, et contribuer au suivi de tout accord politique».

C’est la raison pour laquelle l’UE s’emploie à renforcer la société civile afin de permettre à une part aussi large que possible de la société syrienne de s’exprimer, ainsi qu’à soutenir les «organisations de défense des femmes, des jeunes et des droits des minorités qui œuvrent pour leur participation à une Syrie inclusive et démocratique. Le soutien à la liberté d’expression devrait comprendre une aide au développement de médias indépendants, libres et dynamiques et la promotion de canaux permettant de communiquer dans un esprit d’ouverture et de tolérance, y compris sur les médias sociaux.»

 

Photo
Agence France Presse, UE/ECHO, service audiovisuel de la Commission européenne et Initiative féministe euroméditerranéenne