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La traite des êtres humains n'a pas sa place à notre époque

30/07/2020 - 10:48
Actualités

Nous célébrons la Journée mondiale de la lutte contre la traite d'êtres humains, qui fait prendre conscience d'un problème bien souvent invisible mais toujours présent dans nos sociétés. L'UE s'emploie à prévenir et à combattre la traite des êtres humains, par des actions sur le terrain et par une collaboration aux niveaux local et international.

Contrairement à ce que nous serions en droit d'attendre de nos jours, la traite des êtres humains est toujours une réalité. Plus de 20 millions de personnes dans le monde sont victimes de l'esclavage moderne. Les victimes sont souvent prises au piège du travail forcé, considérées comme une source d'organes humains ou comme des proies à des fins d'exploitation sexuelle.

Cette situation n'est pas tolérable et les valeurs fondamentales de l'Union européenne la condamnent. L'interdiction de la traite des êtres humains est consacrée par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (article 5, paragraphe 3) et nous sommes déterminés à prévenir et à combattre ce phénomène à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE.

La traite des êtres humains est souvent une réalité invisible. Les chiffres disponibles ne représentent qu'un pourcentage de ce qui est connu. Il ressort d'informations récentes que les femmes et les filles continuent de constituer l'écrasante majorité des victimes (respectivement 66 % et 13 %). Les chiffres sont beaucoup plus élevés lorsqu'il s'agit d'exploitation sexuelle, les femmes et les filles représentant alors 98 % des victimes.

Agnès* et Teodora sont deux victimes de la traite des êtres humains. Orpheline arrivée en France à l'âge de 18 ans pour y étudier, Agnès* a été forcée de travailler de longues heures sans salaire ni contrat. Elle a trouvé de l'aide auprès de voisins qui l'ont aidée à s'échapper. Teodora a été contrainte de se prostituer en Belgique, son fils étant retenu comme monnaie d'échange. Sa déposition auprès des autorités a été cruciale pour permettre l'arrestation de ses proxénètes.

Les hommes, quant à eux, sont plus susceptibles d'être intégrés dans des chaînes de travail forcé intensif. Ce fut le cas pour Mark, contraint de travailler dans des conditions d'esclavage au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suède. "Je n'avais aucun répit, je devais travailler, d'une manière ou d'une autre, chaque minute de chaque jour", a confié Mark après avoir été sauvé par la police suédoise.

Que fait l'UE?

Faire cesser la traite des êtres humains est une priorité absolue pour l'UE. Une approche globale a été conçue et mise en pratique pour prévenir la traite des êtres humains, poursuivre les criminels, protéger les victimes et établir des partenariats. Cette approche s'inscrit dans un cadre juridique consacré par la directive de l'UE concernant la lutte contre la traite des êtres humains, qui préconise des mesures pour mettre en œuvre la devise "travailler ensemble pour lutter contre la traite des êtres humains".

La nature sexospécifique de la traite des êtres humains est reconnue par l'UE. Cela signifie que les mesures d'assistance et de soutien prises par l'UE pour aider les victimes doivent également être adaptées au sexe de la victime selon les besoins. On ne peut pas ignorer la vulnérabilité des enfants face à la traite des êtres humains, ce qui montre bien l'importance de la prévention et de la protection des victimes et des victimes potentielles très jeunes.

La volonté d'éradication de la traite des êtres humains est renforcée dans le plan d'action de l'UE en faveur des droits de l'homme et de la démocratie 2020-2024. Au moment de la présentation de ce dernier, le haut représentant/vice-président, Josep Borrell, a déclaré: "Les situations de crise, comme celle que nous vivons avec la pandémie de coronavirus, rendent particulièrement difficiles l'exercice effectif et la protection efficace des droits de l'homme, et mettent le fonctionnement de nos démocraties à l'épreuve. C'est l'occasion pour l'Europe de défendre ses valeurs et ses intérêts. Nous avons besoin de courage et d'ambition pour vaincre ensemble ces difficultés."

La lutte contre cette forme grave de criminalité suppose l’intégration de différents intervenants ainsi que la création de synergies. Le coordinateur de l'UE pour la lutte contre la traite des êtres humains a pour mission d'améliorer la coordination et la cohérence entre les institutions de l'UE, les agences de l'UE, les États membres et les acteurs internationaux, de développer les politiques de l'UE existantes et d'en élaborer de nouvelles pour lutter contre la traite des êtres humains.

Un partenariat plus étroit entre les États membres de l'UE et les institutions de l'UE peut se traduire par une coopération transnationale plus étroite et un dialogue ouvert continu entre la police, les autorités judiciaires et les autorités financières. Le partage d'informations et de bonnes pratiques ainsi qu'une coopération renforcée avec Europol et Eurojust sont indispensables à la coordination des enquêtes et des poursuites dans les affaires de traite des êtres humains.

Les partenariats avec les pays tiers ainsi qu'avec des régions et des organisations tierces à l'échelle internationale est également important pour obtenir des résultats au niveau mondial. En 2009, l'UE a adopté un document d'orientation générale pour atteindre cet objectif.

À travers le monde, les missions civiles de l'UE ont un rôle à jouer en matière de prévention de la traite des êtres humains. Les actions de renforcement des capacités sont axées sur les responsables locaux susceptibles d'entrer en contact avec des victimes ou des victimes potentielles. Il en est ainsi pour les missions EUCAP Sahel Niger, EUCAP Sahel Mali et EUBAM Libya. Ces actions contribuent à faire mieux connaître un problème souvent ignoré.

Journée européenne de lutte contre la traite d'êtres humains

Afin de rendre hommage aux victimes et de rappeler la nécessité d'éradiquer cette forme de criminalité, l'UE a fixé au 18 octobre la Journée européenne de lutte contre la traite d'êtres humains. De nombreux événements sont organisés chaque année dans toute l'UE par les autorités nationales, la société civile et un large éventail d'acteurs.

En 2019, à l'occasion de la 13e Journée européenne de lutte contre la traite d'êtres humains, M. Dimitris Avramopoulos, commissaire pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, a déclaré: "La traite des êtres humains n'a pas sa place dans les sociétés européennes. En dépit des efforts déployés par les États membres et de la mobilisation d'Europol, le niveau des enquêtes, des poursuites et des condamnations en Europe reste trop faible pour un crime qui rapporte des bénéfices astronomiques à ses auteurs. Tant que nous accepterons cette culture de l'impunité, nous manquerons à nos obligations à l'égard de chacune des victimes que nous nous devons d'aider. Nous devons redoubler d'efforts pour améliorer la prévention et renforcer les enquêtes et les poursuites, tout en veillant à offrir une meilleure protection aux victimes de la traite."

Cette Journée européenne vient nous rappeler toutes les victimes de la traite des êtres humains, ainsi que la nécessité d'adopter une approche commune et coordonnée pour briser les chaînes de l'esclavage moderne.

 

* Le nom a été modifié pour protéger la vie privée de la personne survivante.

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