Delegation of the European Union to Iceland

"La mission travaille sur la durée, pas dans l’urgence"

26/03/2021 - 17:30
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La plus récente des 11 missions civiles de l'Union européenne (UE) l‘EUAM RCA, a commencé son travail opérationnel le 9 août 2020, à l’issue de la première vague du Covid-19 en Europe. Invitée par le Président de la République centrafricaine et établie par le Conseil européen, la mission a des exigences élevées. Paulo Soares, portugais d’origine avec des expériences approfondies de la Centrafrique, dirige la mission. Il résume pour nous les six premiers mois qui sont se déroulés dans des conditions exceptionnelles.

Lancement :

Lancer une mission est en soi un défi à bien des égards - mais la vôtre a été lancée dans le cadre d'une pandémie mondiale – comment cela a-t-il affecté votre travail ?

J’ai commencé mon travail en décembre 2019, loin de me douter qu’une pandémie d’ordre mondial était sur le point de débuter et allait perturber le lancement de la mission. Les choses se sont compliquées en mars 2020.

Au lieu de nous rendre en RCA comme prévu, nous avons commencé nos activités en télétravail. J’ai pris conscience que j’allais devoir gérer et motiver une équipe composée alors de 33 membres qui ne se connaissaient pas, depuis chez moi au Portugal.

Votre expérience dans la mission EUTM comme chef de l’interopérabilité vous a-t-elle aidée dans ce temps-là ?

Oui. J’avais une idée très claire du secteur de la sécurité en RCA et de la coopération à établir avec les Forces de Sécurité Intérieure (FSI). J’ai partage cette expérience avec mon équipe afin de permettre à tous de mieux comprendre la réalité de la RCA.

La pandémie a-t-elle eu un effet quelconque sur ce point ?

Il est important de savoir que la RCA n'est bien souvent pas le premier choix des candidats. C’est un pays plus ou moins inconnu sur la scène européenne et les conditions en termes de sécurité, de climat, de travail et d'accessibilité sont exigeantes. La pandémie a rendu le recrutement encore plus difficile. Mais nous avons réussi à recruter des experts hautement qualifiés. Je suis particulièrement ravi que nous ayons notamment recruté deux femmes : l’une pour le département sécurité et l’autre pour le département des opérations. Ce sont en effet souvent des postes convoités par des hommes.

Il semble également que tous les candidats ne puissent pas travailler en RCA. Pourquoi ? Que doit- on apporter là-bas ?

Surtout la résilience et la patience. Il est évident qu’il est difficile de vivre et travailler en RCA. Ceux qui arrivent avec des standards européens ont des difficultés à s’adapter. Il est également très important de comprendre les différences culturelles.

Des exemples ?

La gestion du temps n'est pas la même qu'en Europe. La façon de regarder la vie est plus décontractée. Une approche différente de la planification est une autre chose à laquelle il faut s'habituer.

Qu’est-ce que les membres de la mission peuvent apprendre des Centrafricains ?

Leur capacité à pouvoir travailler avec peu de ressources. Par exemple, l’Ecole nationale de gendarmerie a besoin de 10 heures pour enseigner un seul chapitre à tous les élèves, car il n'y a tout simplement pas de salles de formation suffisamment larges pour recevoir au moins 100 élèves en même temps. Nous, les européens, pouvons être très satisfaits de ce que nous avons.

Mandat :

En tant qu’Européen, expliquez-nous l’intérêt d’avoir une mission en République centrafricaine?

C’est une question de solidarité et de responsabilité. La République centrafricaine est non seulement l'un des pays les plus pauvres du monde, mais la population vit aussi dans la peur permanente et subit de terribles violences depuis des années. Un acteur mondial comme l'Union européenne a une responsabilité qui s'étend au-delà de ses frontières. C'est ce qui est prévu dans la politique étrangère et de sécurité commune.

Et pourquoi s’impliquer dans la réforme du secteur de sécurité ?

D’un côté, nous avons déjà une excellente présence de la délégation de l’UE couvrant de nombreux secteurs et de l’autre côté, nous avons la mission EUTM qui est un volet important dans la structuration et la formation des forces souveraines. La mission EUAM complète de manière optimale la présence de l'UE en intégrant les éléments du secteur de la sécurité et en renforçant l'interopérabilité entre les Ministères de l'intérieur et de la Justice ainsi que des Forces de Sécurité Intérieure.

EUAM RCA a un mandat consultatif, sur la base d’une approche progressive, évolutive et modulaire. Qu’est-ce que cela veut dire plus concrètement ?

Nous avons fait un état des lieux en arrivant. Par exemple, nous nous sommes rendus compte qu’il y a un manque d’organisation flagrant qui empêche les autorités de remplir leurs tâches concernant la sécurité de la population. Nous les accompagnons dans le processus d'analyse et de réflexion et dans l'élaboration de solutions. Pour ce faire, nous posons de nombreuses questions afin de comprendre la réalité sur place et de pouvoir planifier le meilleur chemin pour les aider.

Votre but est ainsi de soutenir les autorités centrafricaines à devenir un acteur professionnel et responsable au service de la population ?

Il y a deux idées de base derrière cela. D'une part, il faut clarifier les rôles de la police et de la gendarmerie afin que la population puisse comprendre ce qu’elle peut attendre de ces acteurs de la sécurité. En Europe, les policiers sont dans les zones urbaines alors que les gendarmes dans les zones rurales. Ici, les gendarmes et les policiers sont en ce moment presque tous à Bangui à cause de la situation

sécuritaire en province et du manque de conditions logistiques. D’autre part, il faut améliorer l’image de ces acteurs de la sécurité en leur permettant de montrer leur autorité avec respect et courtoisie envers la population. 

Etablir une organisation cohérente ne nécessite-t-il pas du temps ?

La mission EUAM RCA est là pour travailler sur la durée, pas dans l'urgence. Il est parfois difficile de le faire comprendre à nos interlocuteurs locaux qui espèrent des résultats rapides. Il manque certains éléments comme des lois organiques, des plans etc. Cela demande beaucoup de temps.

Bilan :

Quelles ont été les trois principales réalisations de la Mission en 2020 ?

Premièrement, nous avons marqué notre présence et par la suite notre visibilité et notre crédibilité auprès de nos partenaires locaux notamment le Ministère de l'Intérieur et de la Justice, la population et nos partenaires internationaux. Deuxièmement, nous avons pu établir une feuille de route concernant un problème latent depuis 2018, à savoir la rédaction et l’approbation d’une loi de programmation pour les FSI. C’est un des premiers objectifs du mandat EUAM RCA. Enfin, nous avons identifié deux projets pour la mission : la création de deux écoles de formation, l’une pour les cadres de la police et l’autre pour les cadres de la gendarmerie. Actuellement en effet, les élèves policiers et gendarmes (cadres) doivent effectuer leur formation à l'étranger. Dans le cadre de notre coopération, nous désirons les aider à créer le cadre éducatif relatif à leurs formations ici à Bangui. 

Êtes-vous satisfait du travail accompli jusqu’à présent ?

Oui, de façon générale je suis très satisfait du travail qui a été accompli jusqu’à présent. Bien entendu, on peut toujours exiger plus mais un travail énorme a déjà été développé et ce dans des conditions difficiles. Nous avons notamment dû déménager les locaux et les logements de la mission en cours de route ce qui n’a pas été une mince affaire ici en Centrafrique.

Quelle est la leçon la plus importante tirée de ces premiers mois ?

Une nouvelle mission doit commencer son mandat sur le terrain et non à distance, pour des raisons évidentes de cohésion et d’organisation au sein de ses membres et de coopération avec l’État hôte et les partenaires sur place.

Quel est le plus grand défi pour l’avenir ?

Le développement de la situation sécuritaire reste prédominant. En outre, il est également décisif pour notre mission de savoir qui seront nos futurs interlocuteurs dans les ministères concernés dans le cadre du nouveau gouvernement.

Point de vue personnel :

Pourquoi êtes-vous la bonne personne pour la position de chef de mission ?

Je pense avoir été choisi pour mon expérience professionnelle au sein des forces de sécurité portugaise et mon expérience internationale, notamment au Mozambique et au Timor oriental dans des pays en conflit. Par ailleurs, j’ai déjà travaillé en RCA et je dispose de contacts importants parmi les autorités centrafricaines. Enfin, cette mission nécessite une personne ayant de fortes capacités d'intégration et beaucoup de patience. Je réponds à ces exigences.

Que dit votre famille à propos de votre travail en RCA ?

La veille de présenter ma candidature ma femme m’a dit « Pourquoi me poses tu la question alors que tu as déjà pris ta décision ? « Ma famille sait qu’une fois que mon intérêt est piqué rien ne peut m’arrêter. Elle est de temps en temps préoccupée parce qu’elle sait que je n’ai pas des limites concernant mes engagements. Mais la chose la plus importante pour moi est que je sais que je peux toujours compter sur le soutien inconditionnel de ma famille.

Qu'est-ce qui vous aide à rester motivé et performante dans des situations exigeantes ?

Garder l’humour, faire du sport et échanger avec mon équipe m’aident à trouver mon équilibre

Est-ce qu’il y a un sujet particulier qui vous tient particulièrement à cœur ?

Oui, j’aimerais réussir à créer et développer un esprit de corps au sein des membres de la mission afin qu’ils aient le sentiment d’appartenir à quelque chose de commun. Cela me tient vraiment à cœur, jour après jour.

Qu’est-ce qui vous manque en RCA ?

Ma famille.

Mise à jour : 29.03.2021

@EUAM RCA

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