Delegation of the European Union to Haiti

Lancement du Dialogue national pour promouvoir la non-discrimination

31/01/2019 - 20:02
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Allocution de l'ambassadeur de l'Union européenne M. Vincent Degert, à l'occasion du lancement du Dialogue national pour promouvoir la non-discrimination, dans le cadre du projet "Consolider le mouvement de lutte contre l'homophobie et pour le respect des personnes LGBTI", Karibe Hôtel, le 31 janvier 2019.

 

Madame la Représentante de l'organisation Equitas,

Monsieur le Représentant de l'organisation Kouraj,

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Distingués invités, membres de la société civile

Chers amis

Je me réjouis de participer ce matin, à ce Dialogue national sur la non-discrimination, car il s'agit d'un des principes fondamentaux des droits de l'homme, qui figure parmi les priorités essentielles de l'Union européenne dans ses politiques tant internes qu'externes.

Au cours du siècle précédent, le virage démocratique entamé par un grand nombre de pays et les luttes menées en faveur du respect des droits humains ont contribué à faire reculer des pratiques d'exclusion et de discrimination.

Ce processus s'est trouvé conforté par la mise en place graduelle, à l'échelle internationale, d'un arsenal juridique contraignant,

Ces avancées ont permis de remettre en cause les pratiques d'exclusion et de discrimination érigées dans certains pays, en système d'Etat, pratiques qui foulaient honteusement du pied le droit de milliers d'hommes et de femmes à participer librement à la vie de leurs sociétés, en raison soit de leur origine ethnique, de leur couleur de peau, de leur religion ou de leur orientations sexuelles.

Or beaucoup d'entre nous pensait ce processus et ces avancées inéluctables, comme une grande marche en avant pour plus de droits, plus de justice et d'équité au niveau mondial, dans une belle harmonie de paix et de fraternité.

Or aujourd'hui il nous faut déchanter: certaines démocraties se transforment en démocratures, les news deviennent de plus en plus fake et il devient parfois difficile d'identifier le vrai du faux; les certitudes scientifiques elles-mêmes sont l'objet de relativisme empreint de théories conspirationnistes, et  le populisme qui sévit partout à travers le monde sur fond de nationalisme recroquevillé, remet en cause les valeurs de liberté individuelle au nom de l'appartenance au groupe.

Ainsi les acquis obtenus au terme de plusieurs décennies de longues luttes, sont aujourd'hui de plus en plus menacés par la résurgence, au sein de nombreuses sociétés, d'un phénomène préoccupant, qui bafoue les droits de catégories entières de personnes, et qui a pour nom la discrimination, et pour corollaire l'exclusion.

Les chiffres sont malheureusement des plus accablants.

D'abord il y a l'éducation: sur 110 millions d'enfants non scolarisés dans le monde, environ 2/3 sont des petites filles, tandis que l'analphabétisme touche 2/3 de femmes.

Ensuite il y a la pauvreté: 20% des personnes les plus pauvres issues des pays en développement vivent avec un handicap.

Et puis il y a l'exclusion et même parfois la mort pour ceux qui sont perçus comme différents, ou qui ne pensent pas ou ne croient pas comme la majorité: dans plus de 13 pays dans le monde, les apostats ou non croyants risquent la peine de mort; dans près de 80 pays à travers le monde, une personne qui n'est pas hétérosexuelle ou s'affiche comme homosexuelle risque elle aussi la mort

En Haïti, terre qui a pourtant conquis de haute lutte le droit à la liberté et au respect de la dignité humaine, le poids d'une discrimination qui ne dit pas son nom a mené à la création d'une société qui parfois exclut ses propres fils et filles parce qu'ils souffrent du VIH, parce qu'ils ont une orientation sexuelle différente, ou parce qu'ils souffrent d'un handicap.

La discrimination choque, parce qu'elle porte une atteinte flagrante aux libertés individuelles fondamentales, dont celle d'avoir une orientation sexuelle spécifique.

La discrimination révolte, parce qu'elle exclut des milliers de personnes, des hommes, des femmes et des enfants, dont le potentiel reste ignoré, qui restent condamnés au cercle vicieux de la pauvreté et qui, pour les sociétés dont il est question, constituent un capital humain perdu pour le développement.

La défense des principes d'égalité, de solidarité et de respect de la dignité humaine, et plus largement de la démocratie et de l'Etat de droit, participent du fondement de l'Union européenne. Ces principes ont aussi  été réaffirmés en 2017 à l'occasion du nouveau Consensus européen sur le développement et font donc partie intégrante de notre politique extérieure.

Depuis 2000, le combat contre la discrimination s'est inscrit au centre des priorités d'action de l'UE, à travers 4 directives principales: la directive anti racisme, la directive cadre en matière d'emploi, la directive sur le genre et la directive sur l'égalité de traitement entre les  hommes et les femmes

Ce cadre oblige tous nos Etats membres à créer et à mettre en place des normes légales pour empêcher la discrimination et à s'assurer du respect du principe de l'égalité de traitement pour tous.

L'Approche fondée sur les droits, que nous privilégions dans le cadre de notre coopération au développement, place les droits humains au centre de tous les programmes et projets que nous finançons, et en fait une des conditionnalités.

En Haïti, grâce à l'Instrument européen pour les droits de l'homme (IEDDH), nous travaillons étroitement avec nos partenaires sur le terrain, tant du côté de l'Etat à travers par exemple l'Ibesr et le Bureau du Secrétariat des personnes handicapées (BSEIPH), que du côté de nos partenaires de la CS et des ONG, en les accompagnant dans cette démarche de protection et de promotion des droits.

Le projet "Consolider le mouvement de lutte contre l'homophobie et pour le respect des personnes LGBTI" que nous soutenons à travers Equitas et Kouraj, est l'une des preuves de notre engagement en Haïti à lutter résolument contre le fléau de la discrimination.

Les droits humains et le principe de non-discrimination qui en fait partie, sont loin d'être une élaboration intellectuelle propre à l'Europe ou à l'Occident, comme certains tendraient à le penser ou à le faire croire.

Il s'agit, bien au contraire, de principes universels, à l'aune desquels se jaugent le degré d'humanité des peuples et la sincérité d'une démocratie, qui demeure incompatible avec des pratiques d'exclusion et de marginalisation. Des pays comme la Colombie ou encore l'Afrique du Sud, sous l'autorité morale de l'illustre Nelson Mandela, l'ont compris en créant un cadre constitutionnel qui interdit toute forme de discrimination à l'égard notamment des personnes LGBTI.

Le Dialogue d'aujourd'hui offre l'occasion de rejeter un phénomène inacceptable, qui ne fait que diviser davantage une société haïtienne aux déchirures déjà trop multiples et trop profondes.

Le dialogue offre surtout un cadre à tous les acteurs concernés par cette question au premier rang desquels se trouve l'Etat, débiteur d'obligations, et les organisations de la société civile, détenteurs des droits; le dialogue doit permettre d'identifier de façon collective les voies et les moyens pour protéger et encadrer la pleine jouissance de leurs droits par les catégories dites marginales.

Soyons clairs: le respect du principe de non-discrimination, tout comme le respect des droits humains de manière générale, demeure inséparable de l'engagement de l'Etat et de la mise en place d'un système judiciaire qui soit pleinement efficace à tous les niveaux de la chaine.

Pour que la lutte contre la discrimination devienne une réalité, les droits de l'homme doivent également cesser d'être traités en parent pauvre et devenir une véritable priorité transversale de l'Etat, qui sera disséminée au travers des principales politiques publiques en matière de santé, d'urbanisme, de transports, d'éducation, pour ne citer que ces quelques-unes, dans l'optique de ne laisser personne de côté.

La démocratie véritable (et je cite ici le Prix Nobel de la paix Armatya Sen) ne saurait se résumer au simple respect de la règle de la majorité. Elle exige la protection des droits et des libertés de toutes les personnes, un accès universel aux prestations et aux droits sociaux, ainsi que le droit de prendre part librement aux délibérations publiques.

Pour sa part, l'Union européenne continuera à apporter son appui aux initiatives visant à promouvoir des sociétés libres de toute discrimination, où chacun, indépendamment de sa couleur de peau, de son orientation sexuelle, de son genre, de la détention ou non d'un handicap, pourra vivre en toute quiétude et réaliser son plein potentiel humain.

Je vous remercie.

 

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