Délégation de l’Union Européenne en République de Guinée

Ibrahima Koné, le jeune migrant retourné qui a trouvé chaussure à son pied !

29/05/2019 - 16:15
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Ibrahima Koné, le jeune migrant retourné qui a trouvé chaussure à son pied

Ibrahima Koné, casquette et sweatshirt bien assorti, reçoit dans un petit local bleu et jaune à la peinture encore fraiche. Devant lui, sur une petite table surélevée, s'entassent pêle-mêle des dizaines de chaussures, des perles de différentes tailles et de fines lanières de tissus aux couleurs bigarrées. Sur les murs de la pièce, pendent des pagnes colorés, certains entamés aux ciseaux. C'est l'atelier d'Ibrahima.

Cette présentation pourrait faire croire qu'Ibrahima est tailleur, mais il n'en n'est rien. Ce jeune homme de 26 ans, les épaules carrées, travaille certes le tissu, mais pour fabriquer des… chaussures. Pour les décorer, plus précisément.

Ce sont des sandales en plastique, femme et homme. D'une main experte, Ibrahima se saisit d'une chaussure dont il enroule méticuleusement les brides dans les lanières de tissu. Sur certaines paires, il rajoute des perles sur un ou les deux côtés, selon qu'il a envie de rendre le produit fini sobre ou un peu extravagant selon le goût du client. Puis une inscription personnalisée posée sur le talon, de l'intérieur, vient mettre un clou final à l'ouvrage. Des jolies chaussures décorées avec du tissu et des perles ! Par jour, le jeune homme en fabrique jusqu'à 45 paires.

Le succès est tel que la demande est devenue supérieure à l'offre. Résultat: il est devenu employeur, fournisseur de plusieurs clients et  a ouvert sa propre boutique de chaussures "fashion". Son chiffre d'affaires mensuel tourne au tour de 30 millions GNF (3 mille euros). Plus que ce succès commercial, Ibrahima est surtout heureux et fier d'être devenu quelqu'un qui compte dans la famille alors qu'en 2016, « j’avais honte de rentrer chez moi les mains vides » confesse-t-il.

Pourtant, Ibrahima Koné vient de loin. Il a même frôlé la mort ! En 2012, ce Guinéen né en Sierra Léone où il a grandi en partie, a tout abandonné pour se jeter sur les routes périlleuses de la migration clandestine. Destination: la Belgique, « mon pays de rêve" se rappelle-t-il.

Mais très rapidement, il est confronté aux réalités de l’aventure. Après avoir traversé le Mali, puis le Niger, Ibrahima arrive en Algérie où il a dû travailler pendant deux ans avant de continuer en Libye avec en ligne de mire la traversée de la Méditerranée. Après plus d'un an d'errance dans ce pays et plusieurs tentatives infructueuses de traverser la mer, il est arrêté et jeté et en prison où il séjourne pendant sept longs mois dans des conditions épouvantables: tortures, privations de nourriture, insalubrité, humiliation…

C'est dans ces conditions que l'Organisation internationales pour les Migrations (OIM) lui a porté secours en 2017 et l'a aidé à rentrer en Guinée, comme plusieurs milliers d'autres migrants grâce au projet de renforcement de la gouvernance des migrations et d'appui à la réintégration des migrants en Guinée financé par l'Union européenne (Fonds fiduciaire d'urgence). Il a décidé de s'installer à Conakry avec une idée claire en tête: utiliser son métier d'artiste décorateur pour lancer son business. Déterminé et convaincant, il est éligible au programme d'aide à la réintégration piloté par l'OIM.

Grâce à une assistance financière d'un peu moins de 1 500 euros, Ibrahima Koné a pu mobiliser l'essentiel pour lancer son activité. Dix mois plus tard, il ne travaille plus seul. Le jeune homme emploie désormais quatre travailleurs dont deux à temps plein. Il envisage d'étendre son activité avec l'acquisition en cours d'une machine de fabrication de sandales en plastique. Il n'aura plus qu'à se fournir en matière première pour fabriquer lui-même les chaussures à décorer.  L'OIM est prête à l'accompagner. Avec ce nouvel investissement, Ibrahima créera six emplois directs. Une perspective qui l’enchante.

Ibrahima Koné est l'un des 11 719 migrants guinéens retournés et pris en charge par l'OIM dans le cadre du projet financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière.

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