Delegation of the European Union to Guinea-Bissau

Discours de la Chargée d'Affaires a.i., Dr Joëlle Hivonnet, lors de la cérémonie de la Journée mondiale de la pêche

Brussels, 23/11/2020 - 16:53, UNIQUE ID: 201123_9
Press releases

Monsieur le Ministre, votre Excellence, 

Madame la représentante de la FAO en Guinée-Bissau, 

Madame la Directrice, 

Mesdames et Messieurs, chères et chers collègues, 

 

Aux côtés des filières agricoles, la pêche, dans ses composantes côtières comme hauturière, représente un atout majeur pour le développement de la Guinée-Bissau. Autant en termes de souveraineté alimentaire qu'en termes de création d'emplois et de revenus pour les populations ou de recettes pour l'État.

Mais cet atout ne saura durablement contribuer à l'amélioration des conditions sociales et économiques du pays s'il ne s'appuie pas sur une politique publique des pêches qui garantisse une conservation de la capacité productive des écosystèmes marins et sur une exploitation durable des ressources naturelles renouvelables - mais pas inépuisables - sur lesquelles cette exploitation est basée.

Pour cela, il est essentiel que les objectifs définis pour une telle politique publique des pêches demeurent pleinement conformes aux principes acceptés entre les nations au travers de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM), tant pour ce qui est des stocks côtiers, en particulier des stocks partagés, que des stocks hauturiers. Et à ce titre, il est donc fondamental que la Guinée-Bissau puisse continuer à être pleinement partie prenante des décisions prises et appliquées dans le cadre des Organisations Régionales de Pêche, telle que la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique, le Comité des Pêcheries de l'Atlantique Centre-Est ou la Commission Sous Régionale des Pêches par exemple.

Et pour ce faire, il est crucial, pour les autorités publiques bissau-guinéennes, de pouvoir disposer d'une capacité de recherche et d'expertise scientifiques basée sur une collecte de données et sur un système statistique fiables, permettant de conduire les évaluations de stocks et de pêcheries et d'évaluer les options de gestion, conduisant ainsi à éclairer les décisions de la puissance publique.

De même, il est indispensable que la Guinée-Bissau dispose de mécanismes inclusifs, clairs et transparents d'allocation des possibilités de pêche entre tous les segments de flottes, tant nationaux qu'étrangers, côtiers comme hauturiers, permettant ainsi de répondre efficacement aux enjeux de durabilité et aux priorités de développement du pays et éviter ainsi une dilapidation préjudiciable de ses ressources naturelles.

Enfin, et ce n'est pas le moindre des défis, la Guinée-Bissau, au travers d'un système de suivi, de contrôle et de surveillance des pêches, doit pouvoir être en mesure de faire appliquer le cadre de la politique des pêches adoptée par les autorités publiques.

A ces défis, qui ne sont pas mineurs et qui sont directement liés à la mise en œuvre d'une politique publique efficace et efficiente, s'ajoute l'enjeu du développement social et du développement économique de la filière halieutique, au bénéfice des populations de la Guinée-Bissau.

Cela signifie notamment que l'État doit être en mesure de garantir la qualité sanitaire des produits de la mer vendue sur le marché national, dans une logique de protection du consommateur bissau-guinéen. 

Cela implique également que l'État soit en mesure de certifier cette même qualité pour des produits de la mer, bruts ou transformés, qui seraient positionnés sur des marchés à l'export, ceux de la CEDEAO, de l'UEMOA ou plus généralement sur les marchés internationaux.

Cela passe certainement par une refonte du cadre législatif et réglementaire portant sur le système national de contrôle sanitaire des produits alimentaires et sur une possible accréditation d'un laboratoire pour certains types de produits et certains types d'analyses.

Cela nécessite enfin une réflexion sur la structuration d'une filière halieutique complète, de la mer à l'assiette, permettant le développement de services connexes à l'activité de pêche, que ce soit en amont comme en aval de l'activité de capture, des services portuaires à la transformation, à la valorisation et à la commercialisation des produits de la mer.

Et c'est au prix de cette réflexion et des actions qui en découleront que la Guinée-Bissau sera susceptible de valoriser pleinement et durablement les riches ressources halieutiques dont elle dispose. Et d'augmenter ainsi la valeur ajoutée générée par leur exploitation et dont, malheureusement, une partie échappe encore très souvent, trop souvent, au pays.

Tous ces thèmes feront donc l'objet de présentations et d'échanges durant cette journée de commémoration de la Journée Mondiale de la Pêche. Et c'est avec la plus grande attention qu'au nom de l'Union européenne, je prendrai note des conclusions et des recommandations qui seront issues de nos débats.

Au travers de la compensation de l'accès des navires de l'Union européenne à la zone de pêche bissau-guinéenne, qui vient alimenter les recettes de l'État à hauteur de 11,6 M EUR/an en provenance du budget de l'UE - ce, sans compter la contribution des armateurs - soit environ 17 % des recettes inscrites dans le projet de loi de finance 2021 de l'État bissau-guinéen, et plus encore au travers de l'Appui Sectoriel à l'Accord de Pêche, qui représente 4 M EUR/an sur la période 2019-2024 et qui est directement destiné au soutien à la politique publique des pêches et au développement du secteur halieutique, grâce enfin à la convergence avec la politique de coopération et d'aide au développement de l'Union européenne, c'est dans cette construction de réponses pérennes à tous ces défis que l'UE souhaite accompagner la Guinée-Bissau, sur la base de la défense de valeurs communes, de principes partagés et selon une véritable logique de partenariat.

Dans un tel processus de consolidation de politiques publiques transparentes et s'appuyant sur une bonne gestion des finances publiques, confortant ainsi la construction de l'Etat de droit et garantissant une préservation du capital environnemental et une gestion durable des ressources naturelles, au bénéfice premier de ses populations, la Guinée-Bissau peut être certaine, qu'aux côtés d'autres partenaires, elle saura trouver une écoute attentive et un appui opérationnel auprès de l'Union européenne. 

Je vous remercie de votre attention.

 

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