Délégation de l’Union européenne en République centrafricaine

Journée Internationale de la femme rurale : du changement climatique et de son impact sur les revenus des femmes rurales

13/10/2021 - 18:08
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Pour la journée internationale de la femme rurale, que le monde célèbre le 15 octobre de chaque année, nous sommes allés à la rencontre de Fadma Tamansourt, une habitante d'une oasis dont elle préside la coopérative et qui nous a parlé de l'impact du changement climatique sur son oasis et son travail au sein d'un projet cofinancé par l'Union européenne.

« On dit que c’est à cause du climat, mais je pense que même les cœurs des gens y sont pour quelque chose…[rire timide] » C’est avec ces mots et dans sa langue amazighe natale « le tachelhit » que Fadma Tamansourt parle de l’impact du changement climatique et de la raréfaction de l’eau dans son oasis d’Aguinane. Elle se présente comme présidente de la coopérative d’Aguinane, invite les touristes à venir visiter l’oasis et leur demande de faire attention à la propreté de cet espace vulnérable et à rationaliser l’utilisation de l’eau.

Fadma est née et a grandi à Aguinane, une Oasis nichée dans un canyon au centre de la chaîne de l’Anti Atlas du Maroc, à plus de 800 KM au sud de la capitale, Rabat. Il y a encore quelques années, les habitants de l’oasis vivaient grâce à l’agriculture, l’élevage et le commerce des dattes. Les précipitations plus ou moins régulières, une rivière qui traverse l’oasis ainsi que les différentes sources d’eau ont joué un rôle central dans l’équilibre socioéconomique des villages.  Le rôle des femmes pour le maintien de cet équilibre, comme partout ailleurs au Maroc, a toujours été aussi discret qu’efficace. En main d’œuvre agricole, elles cultivent et aident au maintien des différents vergers. Elles puisent et transportent l’eau vers les foyers. Elles participent à la production des quelques produits du terroir destinés aux marchés hebdomadaires et tiennent les foyers avec les tâches domestiques et les soins nécessaires pour les enfants.

La multiplication de vagues de chaleur et les années de sécheresse prolongée ont mis le Maroc au premier plan du changement climatique. Cet impact est d’autant plus important qu’il affecte les zones rurales où le stress hydrique est en train de pousser la population à chercher d’autres solutions pour subsister. Si la crise sanitaire du COVID a touché de façon disproportionnée les femmes rurales, les effets du changement climatique dans certaines régions, comme les oasis, les mettent dans une situation de vulnérabilité encore plus inquiétante. Leurs sources de revenus s’amenuisent et elles sont impuissantes devant les vagues de migration de leurs enfants qui quittent villages et oasis vers d’autres régions ou vers l’Europe à la recherche d’une vie meilleure.

Depuis mai 2021, deux Oasis du Maroc, dont celle d’Aguinane sont au centre d’un projet de promotion de la gestion intégrée des ressources en eau. Il est mis en œuvre par l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre et financé par l’Union européenne. Le projet d’une durée de 3 ans, vise particulièrement les femmes et les jeunes, et a comme ambition de mettre en œuvre un modèle dont les enseignements pourront être répliqués dans d’autres régions. Fadma Tamansourt en est actuellement bénéficiaire. Avec d’autres femmes, elle est accompagnée pour structurer son travail autour de deux thématiques importantes :

  • La création d’activités génératrices de revenus : Une coopérative de femmes rurales a été montée. Grâce à l’accompagnement d’une expertise dédiée, les femmes y apprennent à valoriser les produits qu’elles produisent: les dattes, un café à base de noyaux de dattes, du henné, le pain, des plantes médicinales dont regorgent la région, ainsi que d’autres spécialités de l’Anti Atlas.
  • La valorisation des déchets avec pour ambition d’arriver à une oasis 0 déchets. Des formations spécifiques sont offertes pour permettre de mener ce projet auxquelles tiennent les femmes.

Fadma et ses amies ( voisines) souhaitent garder ou faire revenir les jeunes, qui verront en ces initiatives autant d’opportunités d’entrepreneuriat dans le domaine du tourisme équitable et rural, le transport et d’autres activités économiques qui n’existent pas ou plus dans l’oasis.

Si les oasis ont été un espace d’équilibre fragile, qui s’est maintenu pendant des millénaires grâce à une remarquable conjugaison entre génie agronomique de l’homme et les aptitudes et ressources rares de la nature, le changement climatique et les mutations socioéconomiques appellent à de nouvelles solutions que le projet essaie d’apporter en associant activement les habitants et notamment les jeunes.

Ces activités complètent également les nombreux programmes et projets de l’Union européenne et de ses Etats membres pour accompagner le Maroc vers la transition écologique et dont l’évènement majeur a été le lancement, fin juin, de l’initiative d’un partenariat vert Maroc UE