La Délégation de l'Union européenne au Canada

Mise en place d'une Union de la sécurité et de la défense: évolution récente et prochaines étapes

«Tandis que l’OTAN reste l’instance la plus importante pour la plupart des États membres, une défense européenne plus crédible est essentielle pour notre sécurité intérieure et extérieure. Il s’agit notamment de lutter contre le terrorisme et de faire face aux menaces hybrides, à l’instabilité économique, au changement climatique et à l’insécurité énergétique.» C’est ce qu’indique la stratégie mondiale de l’UE, qui recense les problèmes sécuritaires auxquels l’UE et les États membres sont confrontés et définit un nouveau niveau d’ambition en ce qui concerne la politique européenne de sécurité et de défense. La stratégie reconnaît également que pour faire face à ces défis, il convient de mobiliser de manière coordonnée les instruments d’action extérieure de l’UE — l’approche intégrée — et de tenir compte des liens entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Enfin, elle préconise de renouveler le dialogue avec les partenaires internationaux, puisqu'aucun acteur ne peut à lui seul relever les défis actuels en matière de sécurité. 

 

Favoriser la coopération entre les États membres pour développer les capacités de défense

Les États membres doivent coopérer pour mettre en place et maintenir des capacités de défense essentielles, ainsi que pour préserver l’avance technologique qui garantira leur sécurité à long terme. Cette coopération est indispensable pour assurer non seulement l’interopérabilité, mais aussi la compétitivité de l’industrie, sans laquelle l’autonomie stratégique serait à terme menacée. Trois grandes initiatives ont été lancées à cette fin: l’examen annuel coordonné en matière de défense (CARD), la coopération structurée permanente (CSP) et le Fonds européen de la défense. Il s’agit d'initiatives indépendantes, mais qui peuvent être coordonnées pour une efficacité optimale. L’examen volontaire des différents plans de défense nationaux (CARD) permettra de définir les projets de coopération à mener, le cas échéant, dans le cadre de la CSP et/ou à financer par le Fonds européen de la défense. Tandis qu’un exercice pilote de CARD sera lancé dès cet automne, il est prévu qu’une notification pour la mise en place de la CSP sera envoyée par les États membres intéressés avant la fin de l’année et que le règlement servant de base au Fonds européen de la défense soit finalisé dans les mêmes délais. Le réexamen, d'ici au printemps 2018, du plan de développement des capacités permettra de recenser les priorités en matière de capacités de défense, conformément au nouveau niveau d’ambition, et alimentera l’ensemble de ces initiatives.

 

Mettre en place des mécanismes et des structures de réaction aux crises

L’efficacité des outils de la PSDC a également été améliorée. La capacité militaire de planification et de conduite (MPCC) récemment créée au sein de l’État-major de l’UE fournit déjà des instructions et un soutien précieux aux missions militaires à mandat non exécutif menées au Mali, en République centrafricaine et en Somalie. Simultanément, une cellule de coordination civilo-militaire commune a été établie pour renforcer les synergies et la coopération entre les structures et les missions/opérations civiles et militaires.  Parallèlement, les initiatives visant à renforcer la capacité de réaction et de gestion civiles des crises et à améliorer l’appréciation de la situation ont bien progressé et des efforts sont actuellement consentis pour faciliter le déploiement des groupements tactiques grâce à un financement commun accru. Enfin, le SEAE a élaboré un mécanisme de réaction aux crises qui assure sa pleine mobilisation en cas d’incident grave portant atteinte aux intérêts de sécurité de l’UE et de ses États membres, ainsi que la coordination avec les autres instruments de réaction aux crises de la Commission (ARGUS) et du Conseil (IPCR).

 

Mobiliser l’ensemble des instruments de l’UE de manière cohérente pour soutenir la stabilisation et la gestion des crises

La stratégie globale souligne que, plus que jamais, la complexité des crises auxquelles l’UE est confrontée nécessite de mieux coordonner le déploiement de son large éventail d’instruments. Elle privilégie également les mécanismes d’alerte précoce et de prévention des conflits et définit la résilience comme un concept central de sécurité, tant interne qu’externe. Elle a ainsi permis d’améliorer l’«approche intégrée» et de prendre des mesures pour renforcer la résilience, visibles dans les efforts de stabilisation consentis par l’UE dans un certain nombre de situations (au Sahel et en Somalie, par ex.). Le SEAE a également réexaminé ses approches d’alerte précoce (à un horizon de 3 à 5 ans) et est en train de finaliser les travaux concernant un nouvel outil qui permettra d’analyser la situation à très court terme et de détecter les crises imminentes. Une proposition législative sur le renforcement des capacités en matière de sécurité et de développement est également en cours et devrait être adoptée d’ici à la fin de l’année, complétant efficacement les mesures de la PSDC en faveur des pays partenaires. Une nouvelle division PRISM (prévention des conflits, état de droit/réforme du secteur de la sécurité, approche intégrée, stabilisation et médiation) a été créée au sein du SEAE pour centrer l’attention sur ces différentes questions et servir de plateforme en vue de faciliter la mise en œuvre d’une approche intégrée.

Les liens entre sécurité extérieure et sécurité intérieure sont par ailleurs de plus en plus évidents. Des plans d'action en matière de lutte contre le terrorisme sont en cours d’élaboration avec nos principaux partenaires, notamment dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et dans les Balkans. La lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée a été intégrée dans le mandat d’un certain nombre de missions de la PSDC et la coopération doit être renforcée avec les agences chargées de la justice et des affaires intérieures, telles qu’EUROPOL, FRONTEX et EUROJUST.  Parallèlement, les travaux visant à renforcer la résilience et la capacité de l’UE à identifier les menaces hybrides et à y répondre se poursuivent. Les travaux sur la cybersécurité ont donné lieu à la mise en place d'un dispositif de réaction diplomatique, tandis que le réexamen de la stratégie en matière de cybersécurité, qui concerne également certains aspects liés à la défense, est en cours de finalisation.

 

Avancées dans le domaine de la la sécurité et de la défense européennes

 csdp, security and defence

 

Parvenir à un déploiement plus stratégique des missions et opérations de la PSDC

L’ensemble de ces améliorations structurelles et conceptuelles visent à renforcer l’efficacité opérationnelle. Les engagements au titre de la PSDC sont actuellement repensés en profondeur. Cela concerne notamment le sud, en gardant à l’esprit les menaces directes que font peser le terrorisme et la criminalité organisée sur l’UE, et plus particulièrement les actions menées dans le cadre de la PSDC en Libye et dans la ceinture de la région du Sahel à la Somalie. Les deux opérations navales SOPHIA et ATALANTA conservent leur importance stratégique. Des efforts sont également consentis en Europe orientale, où des missions en Ukraine et en Géorgie témoignent clairement de l’engagement de l’Union en matière de sécurité, et dans les Balkans occidentaux. Par ailleurs, de nouvelles actions seront prochainement menées dans le cadre de la PSDC en Iraq, en plus des missions existantes en Palestine.

 

 

Collaborer avec les partenaires

La PSDC en tant que telle est destinée à soutenir les partenaires de l’UE dans de nombreuses régions, en les aidant à renforcer leurs propres sécurité et stabilité. Mais au-delà des régions qu’elle soutient directement, l’UE coopère avec un certain nombre de pays et d’organisations internationales afin de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité à l’échelle internationale. En effet, aucun acteur international ne peut à lui seul faire face aux problèmes de sécurité. De nombreux pays et organisations internationales avec lesquels nous coopérons sont déjà des partenaires stratégiques de l’UE et les échanges réguliers que nous entretenons avec eux nous permettent de mener à bien ces travaux. Prenons l’exemple de trois d’entre eux, à savoir l’OTAN, les Nations unies et l’Union africaine.

La coopération avec l’OTAN a connu au cours de l’année écoulée un développement sans précédent. Après la déclaration commune des dirigeants de l’UE et de l’OTAN en juillet 2016, 42 actions concrètes ont été recensées dans les sept principaux domaines convenus, couvrant notamment les aspects opérationnels, le développement des capacités en matière de défense et la lutte contre les menaces hybrides et informatiques. La mise en œuvre de ces actions a considérablement avancé. La coopération est désormais la norme dans les relations entre l’UE et l’OTAN. L’organisation prochaine du premier exercice parallèle et coordonné démontre clairement ce changement de mentalité. De nouvelles voies de coopération pourraient être étudiées dans un rapport conjoint UE-OTAN qui sera publié en décembre.

La collaboration avec les Nations unies a également progressé ces derniers mois, tant au niveau opérationnel sur le terrain, où la coopération est une réalité quotidienne, qu’au niveau structurel. La signature prochaine d’un accord-cadre pour la fourniture d’une assistance mutuelle dans le cadre des missions et des opérations sur le terrain sera une nouvelle étape importante.

Enfin, le sommet UE-UA en novembre mettra en évidence l’importance stratégique du partenariat entre l’UE et l’UA en matière de gestion des crises, en Somalie, au Sahel et dans de nombreuses autres régions. Il sera également l’occasion de réfléchir à d’autres formes de soutien aux efforts de maintien de la paix de l’Afrique, au-delà du cadre de l’architecture africaine de paix et de sécurité afin de garantir qu’ils répondent aux réalités actuelles.

 

 

Conclusion

Il ne s’agit que d’un bref aperçu des développements les plus marquants de cette année mouvementée pour la PSDC. Malgré les progrès significatifs accomplis, il ne faut pas relâcher les efforts. Bon nombre de ces initiatives doivent encore faire l’objet de travaux. Leur valeur sera mise à l’épreuve et des efforts supplémentaires seront nécessaires pour obtenir des résultats concrets. Les États membres doivent accepter qu’ils ne pourront répondre aux attentes de leurs citoyens en matière de sécurité qu’à travers une coopération renforcée. L’UE doit prouver qu’elle est la plateforme de coopération la plus à même d’aider les pays membres à atteindre leurs objectifs en matière de sécurité, en coopération avec les autres. On attend davantage de nous sur ces questions. Nous y travaillons!

 

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