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25 novembre 2021 : Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes - Entretien avec Clarice Mbangou, bénévole au sein de l’Ong ASI

26/11/2021 - 17:16
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PORTRAIT - Clarice Mbangou est bénévole au sein de l’ONG Actions de Solidarité Internationale (ASI) depuis 7 mois. Installée depuis 3 ans à Brazzaville aux côtés de son conjoint expatrié, cette mère de 2 enfants n’hésite pas à mettre son temps libre au service des plus vulnérables. Quand on lui demande ce qui l’a poussée dans cette voie, Claris met tout de suite en avant son désir de s’engager pour les autres.« Je me suis toujours intéressée au travail social et associatif, explique-t-elle d’emblée. Ce n’est pas la première fois que j’effectue du bénévolat, mais je ne l’avais toujours fait de façon ponctuelle. J’avais entendu parler de l’ONG ASI auprès de mes contacts dans la communauté expatriée de Brazzaville. En effectuant des recherches sur internet, j’en ai appris davantage sur les actions que mène cette association auprès de jeunes filles vulnérables. Mon mari qui connaissait déjà ASI m’a fourni les informations supplémentaires, ce qui n’a fait que confirmer mon intérêt, » poursuit-elle. Nous avons souhaité en savoir plus sur son engagement....

 

Clarice, comment définis-tu ton travail au sein de l’Ong ASI ?

Je dirais qu’il est transversal, parce que je peux intervenir sur différents volets des actions menées par le projet ou les associer les uns autres. De la formation en insertion professionnelle en passant par l’animation de focus groupe, la sensibilisation ou l’appui à l’orientation professionnelle, je me réjouis de cette possibilité de créer des synergies. Le fait qu’en tant que bénévole, on me permette de choisir des activités en lien avec ma passion, la discussion et le partage de mes expériences, est particulièrement enrichissant. Cela me permet de mettre mes compétences au service des filles et de l’association !

Dans toute cette diversité, est-ce qu’il y a un volet qui t’intéresse plus que les autres ?

Tout m’intéresse, mais c’est vrai que je suis particulièrement sensible au volet de l’alphabétisation. Pour moi, c’est le point de départ de tout le reste ! On ne peut rien faire sans une éducation de base !

Qu’est-ce que cet engagement au service des plus vulnérables t’apporte en tant qu’être humain et en tant que femme ?

Donner de mon temps pour ces jeunes filles est une source importante de satisfaction pour moi, mais en même temps, je ressens profondément de la colère et de la tristesse. Ces filles n’ont pas demandé à naître pauvres. La violence à laquelle elles font face quotidiennement me révolte.

Ainsi que le délaissement et l’indifférence qu’elles subissent de la part de leurs familles ou de leurs maris pour certaines. J’ai pour ces jeunes femmes beaucoup d’empathie car c’est une véritable leçon de vie qu’elles me donnent. Quand on est épouse d’expatrié et que l’on vit dans un certain confort, on n’imagine pas toujours ce qui se passe au-delà du mur de notre maison. Il faut être humble et simple face à ce qu’elles endurent.

Ces derniers mois, ASI a mis le doigt sur un phénomène particulièrement préoccupant en rue, l’exploitation sexuelle de mineures de plus en plus jeunes. On parle de jeunes filles âgées entre 8 et 12 ans à peine !

C’est une situation qui m’interpelle particulièrement. Je suis moi-même mère de deux jeunes filles de 10 et 13 ans et l’horreur que vivent ces filles me révolte une fois encore. Vous vous rendez compte qu’elles-mêmes sont encore des enfants ? Elles sont obligées de se livrer à ces activités de rue pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs frères et sœurs mais aussi de leurs enfants car nombreuses sont des filles-mères.  Et nous n’avons pas de structures pour accueillir ces bébés qui sont conçus dans la rue. Comment on fait ?  C’est inimaginable !

Justement, quelles seraient pour toi les solutions pour y remédier ou en tous cas pour prévenir ?

Les solutions se trouvent à plusieurs niveaux et il faut établir les responsabilités de chacun : les administrations publiques concernées qui ont un rôle prépondérant à jouer, la société civile et la société tout entière en général, mais aussi et surtout la cellule familiale d’où sont issus ces enfants avec les parents au cœur du dispositif.

C’est pour ces raisons que je voudrais vraiment insister sur l’alphabétisation, l’éducation, l’instruction dès le plus jeune âge. Pour moi, une femme instruite dès la base a plus de chances de s’en sortir. Elle peut devenir un pilier pour sa communauté et servir d’exemple aux plus jeunes. En tant que maman, je suis consciente de cette situation et je m’investis beaucoup dans l’éducation de mes filles afin de leur donner les armes pour affronter la vie et ses défis. Cela me tient particulièrement à cœur tant pour elles que pour ces jeunes filles d’ASI.

Penses-tu à formaliser ce bénévolat au sein d’ASI pour le transformer en un engagement plus définitif ?

Pas encore pour l’instant même si mon engagement reste entier. Le statut de bénévole a l’avantage de me donner une certaine flexibilité concernant mon emploi du temps. Pour les raisons que je viens d’évoquer plus haut, je veux continuer à garder du temps pour mes filles et pour ma famille en général. Je dois trouver un équilibre entre mon engagement au sein de l’association et la disponibilité pour ma famille.

 Qu’est-ce qui te rend particulièrement fier en tant que bénévole au sein d’ASI ?

J’apprécie particulièrement les moments que je passe avec les filles lors des focus groupes. Elles sont demandeuses de conseils et j’aime leur en donner mais ce sont d’abord et avant tout, des moments de partage très enrichissants. J’apprécie également le fait que ces filles retrouvent leur coquetterie. L’atelier bien-être que j’ai animé dans un des focus groupe avec des cosmétiques naturels leur fait beaucoup de bien. Cela les aide à gagner en confiance en elles.

 Un  des moments qui tous nous rend fiers à ASI c’est lorsque les filles qui sont parvenues à une certaine stabilité partent en formation. C’est comme une seconde chance de réintégrer la société qui leur est offerte, une chance d’apprendre un métier et de gagner en autonomie. Ce sont des moments qui sont toujours très forts et chargés en émotion.

Ton dernier mot ?

Je voudrais dire à toutes ces filles, que la situation qu’elle vive n’est pas une fatalité. Personne n’est né pour être pauvre et se retrouver dans la rue. Elles ne doivent pas éprouver de la honte et surtout pas de la culpabilité. Il ne faut surtout pas baisser les bras. Ce qui fait la différence la plupart du temps, c’est l’envie d’aller de l’avant, la détermination à vouloir s’en sortir malgré tout. Je voudrais remercier ces filles pour la confiance qu’elles m’accordent ainsi que le Directeur et les équipes d’ASI qui me permettent de vivre et partager cette expérience.

Télécharchez l'interview de Clarice MBANGOU : PDF icon portrait_clarice.pdf

 

A propos de l'Ong ASI :

 Depuis 2007, Actions de solidarité internationale pilote un programme de prise en charge des jeunes filles des rues en République du Congo. ASI intervient depuis 2007 à Brazzaville et depuis 2012 à Pointe-Noire, dans le cadre du programme de prise en charge des jeunes filles en situation de rue et de vulnérabilité. Il s’agit essentiellement de jeunes filles en situation de prostitution de survie, dont les risques liés à leurs activités les amènent à faire partie des personnes les plus vulnérables. 75% de ces filles sont mères d’un ou de plusieurs enfants, ce chiffre dépassant largement ce que prévoyait le projet initial (24%). Une approche pluridisciplinaire est développée par l’association : médicale, psycho-sociale, éducative et économique, ce qui a permis la prise en charge de milliers de jeunes filles dans les centres d’accueil du centre ville et les quartiers.

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