Delegation of the European Union to Botswana and SADC

Plastic-Free Mauritius: Defining the Roadmap

Mauritius, 18/10/2021 - 09:17, UNIQUE ID: 211018_14
Speeches of the Ambassador

Honorable Kavydass Ramano, Ministre de l’Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique

Monsieur et Madame les membres du corps diplomatique

Mrs Amanda Serumaga, UNDP Resident Representative

Mesdames et Messieurs les Ministres ainsi que les  Représentants des autorités nationales et des ministères

Monsieur Gregory Martin, Antenne de la Région Réunion

Mesdames et Messieurs les Opérateurs économiques et forces vives du pays

Les membres de la presse

Mesdames et messieurs

Distingués invités

 

C'est avek enn grand plaizir ki mo pé adresse zotte à l'okasion lancement sa atelier ki Ministère de l’environnement inn organizer pou diskit lor plastik.

Ek, le moment pas ti capav ett plis approprier.

La semaine dernière, nou l’attention ti lor Kunming kot banne pays ti diskit lor l’etat de nou biodiversite ek ki mesires nou bizin prend pou sauve li. Question plastic ti ett, bien sir, enn topic principal de sa diskission la.

Dans deux semaines, dans Glasgow encore enn fois, banne pays pou diskit lor l’etat de nou planet ek la nature. Moment la bien propice pou diskit lor problem ki plastik pe poser azordi ek coumen, ensam, nou capav prépare enn plan (ou roadmap) pou addresse sa probleme la.

Permettez-moi de poursuivre dans la langue française.

Mesdames et messieurs,

 

La problématique

Je ne souhaite pas de bon matin vous abreuver de chiffres mais parfois les chiffres sont simples et parlent d’eux même. Et ceux-ci sont inquiétants.

  • 400 million tonnes de plastic sont produits annuellement soit 20 fois plus de plastique produit aujourd’huiqu’il y a 60 ans
  • De ces 400 millions de tonnes 75% soit 300 millions deviennent des déchets
  • Seuls 9% sont recyclés
  • 12% sont incinérés
  • La majeure partie – soit 79% se retrouvent au mieux dans les déchèteries ou au pire dans la nature et dans la mer ;
  • 13 million tonnes de déchets de plastique sont déversés chaque année dans nos océans

A titre d’image, c’est l’équivalent d’un camion poubelle qui se déverse chaque minute dans la mer ; ils seront deux en 2030 et quatre en 2050 si rien n’est fait pour stopper cette course folle, cette frénésie de production et de consommation de plastique à travers le monde. Sur cette base d’ici 2040, environ 150 million de tonnes de plastic se retrouveront dans les océans et l’on observe déjà aujourd’hui la création d’un nouveau continent grand comme 3 fois la France au beau milieu de l’océan pacifique...heureusement ce n’est pas l’Océan indien pourrait-on dire, mais en réalité on observe le même phénomène dans tous les océans ; au rythme actuel nous aurons en poids plus de plastique que de poissons dans nos océans en 2050.  C’est un désastre pour la nature, pour la planète ainsi que pour l’humanité. 

De ces chiffres on peut tirer deux conclusions, l’une préoccupante et angoissante, l’autre potentiellement mobilisante et engageante: la première est que la production frénétique et « incontrôlé » de plastique représente une menace croissante, voire existentielle pour chacun de nous; la deuxième plus optimiste c’est d’observer qu’il s’agit d’un phénomène assez récent et donc possiblement réversible sans remettre trop en cause notre qualité de vie.

1er constat :  nous sommes tous exposer et donc tous en grand danger!

Tout d’abord, l’impact du plastique sur les écosystèmes terrestres et  marins est énorme. Sur le plan émotionnel, nous avons tous à l’esprit ces images de tortues suffocantes et étouffées d’avoir ingurgité des sacs en plastique ou des poissons ou baleines pris au piège, entremêlés dans des filets abandonnés. Une baleine a ainsi été trouvée morte sur les côtes thaïlandaises avec 80 sacs plastiques soit 7kg dans l’estomac. 1 million d’oiseaux  et 135000 mamifères meurent ainsi chaque année. Et nous – humains – nous ne sommes pas épargnés. Selon les études scientifiques récentes, la présence de micro-plastique a été aujourd’hui détectée dans +de 600 espèces aquatiques y compris les crevettes et les poissons que nous mangeons. Et nous développerons des maladies et cancers liés à cette ingestion…

En outre le plastique, et sa mauvaise gestion, sont à l’origine de multiples problèmes qui dérivent des pollutions générées : qu’il s’agisse de risque d’incendie comme ce fut le cas récemment aux SEY à la décharge de Providence avec des émanations toxiques de méthanes et autres gaz ; mais cela peut aussi se traduire par une contribution aux inondations. Dans plusieurs pays - et là je pense par exemple à Haïti où j’étais affecté avant de prendre mon poste ici - les déchets de plastique bloquent canalisations, évacuations et cours d’eaux favorisant d’énormes débordements et inondations, avec son lot de conséquences fatales. Et ces plastiques mettront entre 450 et 1000 ans pour se décomposer, certains jamais et ils se fragmenterons en micro plastiques.

Sans oublier que certains de ces déchets en plastique servent souvent de réceptacles pour des moustiques et peuvent ainsi favoriser la diffusion  d’épidémies telle que la malaria.

Donc premier constat : notre santé est directement menacée. Il faut agir et il faut agir en urgence!

 

Prise de conscience progressive

Deuxième constat : cet envahissement planétaire du plastique est un phénomène relativement récent. Tous ceux présents ici qui sont de ma génération se souviendront certainement de notre enfance consommant des boissons dans des bouteilles en verre et non dans des bouteilles en plastique comme c’est le cas aujourd’hui. Or ce n’est pourtant qu’en 1978 que Coca cola a remplacé sa bouteille en verre par une en plastique. Depuis Coca cola produit 88 millions par an de bouteilles selon les données fournies par l’entreprise.

Certains, comme moi, se souviennent encore de nos parents transportant leurs emplettes dans des paniers et non dans des sacs en plastique.

Les légumes, les charcuteries et le poisson qu’on achetait étaient emballés dans des emballages papier et non sous forme pré-coupée dans des barquettes en plastique comme on les trouve  aujourd’hui sur les  rayons de nos supermarchés.

Loin de moi, sur un ton nostalgique de vouloir faire l’apologie du passé et « du bon vieux temps » ; mais puisque ces développements des utilisations et applications du plastique sont récentes, elles sont, sans remettre fondamentalement en cause notre qualité de vie, soit réversibles soit modifiables dès lors que la volonté de changement s’impose. Autre élément : le rôle crucial du consommateur, car il est in fine l’un des maillons essentiels avec le pouvoir de choisir et donc d’influer. On l’observe ici à Maurice en voyant par exemple les personnes utilisant les fameuses ‘tentes en vacoas’ au marché en lieu et place de sacs en plastique. Avec la réouverture des frontières, les touristes aujourd’hui s’interrogent eux aussi sur leur empreinte carbone et privilégieront peut-être une destination même lointaine où ils pourront trouver une formule de compensation. Il s’agit de signes encourageants qu’il faut soutenir, mais face au défi il faut faire beaucoup plus et plus rapidement. 

 

Alors quelles mesures incitatives, coercitives, réglementaires ou innovantes privilégier ?

Vu l’ampleur du problème il faut à l’évidence un panachage de mesures.

Premièrement, il faut un cadre légal approprié et concerté. A ce titre, Monsieur le Ministre, permettez-moi de vous féliciter sur l’adoption en 2020 de la loi sur les produits en plastique à usage unique. Comme en Europe, la loi ici à Maurice interdit désormais l’importation, la production, la possession, la vente, la distribution et l’utilisation d’un certain nombre de produits en plastique tels que pailles, assiettes ou gobelets. Et nous notons également avec intérêt le renforcement des effectifs de la police de l’environnement qui doit permettre une application effective et sans réserve de cette nouvelle loi. J’ai moi-même récemment en promenade dans la forêt de Daruti failli faire usage de votre numéro d’appel d’urgence pour signaler des contrevenants qui avaient malgré les barrières réussies à pénétrer en voiture au cœur de la forêt pour y piqueniquer en y laissant ensuite leur lot de déchets…

Ceci m’amène à un point essentiel qui est la conscientisation de la population afin d’adapter et de changer les comportements et les habitudes de consommation. L’éducation et la sensibilisation sont dans ce sens cruciales. Le gouvernement mais également la société civile ont ici un rôle clé à jouer.  L’Union européenne à travers la Team Europe est heureuse d’apporter sa contribution  en soutenant avec les NU PNUD plusieurs initiatives portées par des ONGs sur la sensibilisation environnementale. Ainsi mes collègues et moi, nous étions récemment avec  Reef Conservation et avec le ministère de l’éducation dans plusieurs écoles pour soutenir des opérations d’information et de sensibilisation par le jeu, par la découverte et par la connaissance des enjeux climatiques et des mesures de protection de la biodiversité. Il ne faudrait cependant pas que ces initiatives s’arrêtent aux « convertis » ou aux initiés des quelques 180 éco- schools, mais que toutes les écoles du pays soient impliquées et mobilisées.

Troisièmement le secteur privé : ce dernier a évidemment un rôle central à jouer d’ajustement, de marketing intelligeant et de recherche et innovation pour la mise au point de solutions et de produits verts ainsi que d’emballages « alternatifs ». Or il y a des volontés et de belles initiatives prises par certains operateurs (Super U) dans le tourisme comme dans la grande distribution –que je félicite. J’ai eu le privilège avec la Team Europe de visiter récemment une chaine de supermarché qui produit son énergie avec des panneaux solaires sur le toit, compacte les emballages, composte les produits périmés, propose des achats de produits frais à la découpe et emballé dans un contenant fourni par le consommateur, met en place des unités de recyclage des déchets plastiques, mais aussi électroniques ou végétaux ; tout ceci est réalisé en partenariat avec des PME ou ONG qui sont des recycleurs spécialisés et qui vont valoriser ces déchets…tout ceci pour souligner que si la volonté existe des solutions intelligentes sont possibles. L’état peut par sa réglementation, par des incitations fiscales adaptées, par un soutien à l’innovation, par l’information et la sensibilisation favoriser et orienter ces dynamiques souvent créatrices d’activités et d’emplois verts. Mais il nous faut agir vite et de manière concertée et décisive.

 

Expérience européenne et appui

Et de la détermination il en faut, car ce sera un processus de longue haleine. En Europe, en dépit des investissements depuis des années dans le tri sélectif et la sensibilisation, à ce jour, seuls 12% des matériels utilisés proviennent du recyclage. Ce qui implique à l’inverse un taux excessivement élevé d’extraction de matière première qui a d’importantes conséquences négatives sur la biodiversité.

Dans le contexte du Pacte Vert européen, il est donc essentiel de dissocier la croissance économique de l'utilisation des ressources et de passer à des systèmes circulaires de production et de consommation si nous voulons vraiment nous donner la chance de parvenir à la neutralité carbone à l'horizon 2050.

En mars 2020, la Commission européenne a présenté son nouveau plan d'action en faveur de l'économie circulaire, soulignant le rôle de celle-ci dans une relance verte post COVID-19.

Ce plan prévoit plus de trente points d'action concernant la conception de produits durables, la circularité dans les processus de production et le principe de donner aux consommateurs comme aux acheteurs publics les moyens de choisir. Le pacte va au-delà du plastique et concerne également d’autres secteurs tels que ceux du matériel électronique et informatique, des batteries, des emballages, des textiles, de la construction et des bâtiments, ainsi que des denrées alimentaires.

A travers son Pacte Vert, l’UE entend servir l’exemple et assumer ainsi son leadership mondial dans le domaine de l’environnement. Ce fut à nouveau le cas la semaine dernière à Kunming lors des réunions préparatoires à la COP 15 prévue en avril 2022. Les débats et discussions ont inévitablement abordé la question de la pollution plastique qui est un problème global et mondial. Or à ce jour, il est estimé que les efforts consentis par les pays ne pourraient réduire la décharge des déchets en plastique dans l’océan que de 7% d’ici 2040. C’est la raison pour laquelle l’UE considère qu’il est urgent et primordial d’avoir un accord global beaucoup plus ambitieux sur le plastique. C’est donc avec détermination que l’UE appuie la résolution préparée par le Perou et Rwanda et qui sera présentée à l’assemble environnementale des nations unies en février 2022 ; à ce RV, l’UE compte M le Ministre - comme dans 15 jours à Glasgow - sur l’appui et la voix forte de Maurice.

Basé sur plus de 40 années de partenariat, l’UE reste fermement engagée aux côtés de Maurice dans la préservation de l’environnement et dans la lutte contre la pollution plastique. C’est comme vous le savez , Monsieur le Ministre, l’une des priorités de notre Dialogue de Haut Niveau sur le changement climatique  que nous entendons bien concrétiser par des projets et actions de terrains comme c’est le cas pour les activités de nettoyage de plage que nous organisons conjointement chaque année. Mais aussi à travers des appuis précis, techniques et financiers tels que le projet Ridge to reef sur la protection de la biodiversité ou le programme Sustainable Island où nous appuyons directement le secteur touristique mauricien et tous les opérateurs dans une approche verte et soutenable. Le touriste devient en effet comme évoqué précédemment de plus en plus attentif à l’aspect environnemental et à son empreinte carbone. A ce titre, je salue l’initiative de certains hôtels qui utilisent désormais des bouteilles d’eau en verre ou des fontaines et qui captent et recyclent les eaux de pluie.

 

Team Europe

Je salue aussi comme Team Europe l’engagement et les interventions de nos états membres de l’UE, ici la France, à travers le projet Exploit financé par l’AFD et qui sera présenté durant les ateliers.

Toujours dans cette approche TE, permettez-moi de mentionner spécialement le programme COPIP (Clean Oceans Project Identification and Preparation) lancé conjointement par l’AFD, la Banque Européenne d’investissement et le KFW. Ce nouveau programme représente un financement de quelques 2 milliards d’euros et a pour cœur de cible ce que nous venons d’évoquer et allons discuter durant ces deux jours à savoir le travail avec les autorités nationales, les organisations régionales, les ONGs, les instituts de recherche, les entreprises du secteur prives pour réduire les rejets de plastiques dans la nature et dans les océans.

Monsieur le Ministre, c’est donc un parfait timing et, je le crois fermement, une opportunité à ne pas manquer pour Maurice.

Mo remercié zotte pour zotte l'attention.

 

**

Editorial Sections: