Délégation de l'Union européenne au Bénin

Soutien à l'intervention de Mme Catherine Geslain-Lanéelle Candidate de la France et de l’Union européenne pour le poste de Directeur general de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

20/05/2019 - 17:07
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Conseil de la FAO - 161e session (Rome, 11 avril 2019)

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
 

Je suis heureuse de me présenter devant vous aujourd’hui en tant que candidate au poste de Directeur général de la FAO. Comme vous le savez, ma candidature est présentée par la France et soutenue par l’Union Européenne et ses Etats-membres. Je me suis préparée, je me suis engagée dès le mois de juillet dernier dans une campagne active et transparente. J’ai personnellement rencontré plus de 150 représentants des pays membres à haut niveau. J’ai rencontré les responsables des organisations internationales et régionales ainsi que les agriculteurs, les pêcheurs, les entreprises agro-alimentaires, les investisseurs, les opérateurs du numérique ainsi que la société civile. Ces rencontres ont nourri ma réflexion et mon projet pour la FAO.

Aujourd’hui, je veux vous dire comment j’analyse les défis que nous avons à relever. Je veux vous décrire mon projet et l’ambition que je porte pour la FAO. Je veux enfin vous dire pourquoi je pense être à même de devenir Directrice générale de la FAO.
 

Vous connaissez les défis que nous devons relever
Pendant ma campagne, j’ai entendu l’urgence et la nécessité d’agir.

 
L’urgence, parce que nos systèmes d’alimentation font face à des défis considérables. 821 millions de personnes souffrent encore de la faim. A cause des conflits, leur nombre augmente à nouveau depuis 2015.
 
La malnutrition touche 2 milliards de personnes. Parallèlement, « l’épidémie » d’obésité et de surpoids continue à progresser de façon alarmante.
 

La croissance démographique, les changements des habitudes alimentaires, les changements climatiques, le besoin de régénérer nos écosystèmes sont autant de défis que nous pouvons et que nous devons relever.

Ces dernières décennies, nous avons considérablement augmenté le niveau de production alimentaire : celle-ci a triplé depuis 1960, tandis que la population mondiale était multipliée par 2,5.
 

Nous ne sommes pas encore parvenus à résorber la faim dans le monde et nous avons souvent dégradé nos ressources naturelles.
Tout commence avec nos systèmes alimentaires.
Face à une population mondiale qui continue de croitre, il est évidemment nécessaire de continuer à produire davantage, particulièrement dans les régions où l’offre alimentaire demeure insuffisante, comme en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud-est et en Asie occidentale.
Pour autant, une politique axée sur l’offre est insuffisante. La demande alimentaire n’est plus seulement portée par la pression démographique. Elle évolue en même temps que les besoins d’une population mondiale sans cesse plus urbanisée. La consommation change, elle se tourne vers davantage de protéines animales et végétales, vers davantage de diversité et vers davantage de prise en compte des effets de l’alimentation sur la santé, bien qu’il reste tant à faire dans ce domaine.
Nous devons aussi favoriser une plus grande efficience de nos systèmes alimentaires, ce qui inclut la réduction des pertes et du gaspillage, le développement de l’économie circulaire et les économies d’énergie.
Les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, des pêches, et des forêts sont essentiels pour protéger notre climat, nos océans, nos sols, l’eau et la biodiversité. C’est cette idée que met en avant le Programme pour le développement durable à l’horizon 2030, que vous connaissez tous.

J’ai souvent été interrogée sur notre capacité à atteindre les Objectifs du Développement Durable d’ici à 2030, notamment l’objectif n°2 bien entendu, mais aussi tous les autres objectifs. J’ai la certitude que nous avons en notre possession non seulement les solutions, mais aussi la volonté commune de répondre, ensemble, à ces défis.
Et là où il y a une volonté, il y a un chemin !
Je veux maintenant partager avec vous mon projet pour la FAO pour les quatre prochaines années.

J’ai deux objectifs principaux :
 

D’abord, il nous faut des systèmes alimentaires productifs qui préservent nos ressources naturelles et soient résilients face au changement climatique. Nous avons aussi besoin d’accroître l’efficacité de nos systèmes alimentaires en réduisant notamment les pertes et le gaspillage.
Ensuite, il nous faut développer des chaines de valeur dans les zones rurales afin d’éradiquer la pauvreté. Nous devons faire en sorte que les agriculteurs et les pêcheurs puissent accéder au marché, alors qu’ils sont encore trop souvent limités à des situations de subsistance. C’est en développant la transformation des produits agricoles et de la pêche, en développant leur commerce et les services, dont le numérique, que nous pourrons créer de la richesse en milieu rural. Et donc créer des emplois, afin d’offrir un avenir aux jeunes ainsi qu’aux femmes et aux hommes qui y vivent.

Pour atteindre ces objectifs, je veux agir dans plusieurs directions :
 

1- Je veux en premier lieu réaffirmer le rôle de la FAO afin de remettre les questions d’agriculture, d’élevage, de pêche et de sylviculture en tête des priorités politiques. Parce que ce ne sont pas des secteurs du passé mais bien de l’avenir, qui nous apportent des solutions et qui auront à jouer un rôle décisif dans la réussite de l’agenda 2030 pour le développement durable.
2- Je veux également que la FAO reste à la pointe des connaissances techniques et scientifiques afin d’offrir des solutions innovantes, robustes et adaptées aux contextes locaux. Pour cela, nous avons besoin de nouer des partenariats et d’utiliser la numérisation pour valoriser les connaissances scientifiques disponibles dans chaque région du monde ainsi que pour renforcer et diffuser l’expertise et le talent des équipes de la FAO.
 

3- Je veux ensuite que la FAO nous aide à rassembler les gouvernements et les acteurs économiques des systèmes alimentaires. Car ce sont eux, les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs, les entreprises et le secteur privé, qui effectueront la transformation de nos systèmes alimentaires que nous appelons de nos voeux. Je veux les remettre au centre de toutes les activités de la FAO : ils sont porteurs de projets, de solutions. Nous avons besoin d’eux et ils ont besoin de nous.
 
4- Afin de mettre à profit nos ressources, je veux plus de synergie et plus de coopération. Plus de coopération Sud-Sud, plus de coopération Sud-Nord, et plus de coopération triangulaire. Vous l’avez compris, je veux que la FAO reste notre maison commune, là où chacun peut partager son expertise et ses solutions. Je veux une FAO qui vous appartienne, qui nous appartienne à tous, une FAO fidèle aux engagements des Nations-Unies. Beaucoup d’entre vous me l’ont dit : ce programme de coopération technique, nous en avons besoin et il nous faut le rendre toujours plus pertinent, plus efficace et plus inclusif en particulier pour les femmes. Je veux aussi explorer avec vous les moyens de diversifier ses sources de financement pour le déployer plus largement et en amplifier l’impact.
 

5- Je veux démultiplier l’action de la FAO au service du développement économique dans les zones rurales. La FAO doit nous aider à attirer plus d’investissements dans les secteurs agricoles, agro-alimentaires, de la pêche et de l’aquaculture. Elle doit mettre à disposition des investisseurs ses connaissances et son expertise afin de les aider à concevoir et mettre en oeuvre des programmes d’investissements responsables, durables et inclusifs. Des investissements capables de structurer des chaînes de valeurs, soutenir des filières agro-alimentaires créatrices d’emplois et permettant aux agriculteurs et aux pêcheurs d’accéder au marché. La FAO travaille déjà avec des investisseurs publics : la Banque Mondiale, la BERD, le FIDA… et les assiste pour un volume d’investissement de près de 6 milliards USD par an. Je veux accroitre significativement ce portefeuille d’investissements avec ces partenaires mais aussi travailler avec d’autres partenaires privés : j’en ai rencontré lors de ma campagne, ils y sont prêts.
6- Je veux soutenir les activités normatives de la FAO, en renforçant leurs fondements scientifiques mais aussi en développant l’assistance technique aux gouvernements pour assurer une mise en oeuvre plus effective des normes.
7- Je veux enfin renforcer la coopération et les synergies entre la FAO, le Programme alimentaire mondial et le Fonds international de développement agricole, ainsi qu’avec les autres agences onusiennes. Je veux aussi davantage d’efficacité et une approche intégrée, dans la lignée de la réforme du système des Nations unies pour le
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développement. Je veux travailler avec vous à l’atteinte de ces objectifs, afin de permettre à la FAO de jouer un rôle actif dans la mise en oeuvre de cette réforme. Dans cette optique, je poursuivrai la recherche d’efficacité, d’usage optimal de nos ressources et de respect du mandat et du système de gouvernance de la FAO.
Pourquoi je me considère en mesure d’assumer le rôle de Directeur général de la FAO ?
Ces trente dernières années, j’ai consacré ma carrière à l’agriculture, à l’élevage, à l’alimentation, à la forêt et au développement rural. Je suis passionnée par ces secteurs. Je suis née dans une famille de scientifiques, mes parents étaient chercheurs en biochimie, et j’aime les sciences, la recherche et l’innovation. Je sais ce qu’ils apportent au secteur alimentaire et je suis convaincue qu’ils contribuent de façon déterminante à l’amélioration de notre existence.

J’ai travaillé à la Commission européenne. En France, j’ai occupé des rôles majeurs dans les cabinets ministériels mais également comme directrice générale de l’alimentation puis ensuite de directrice générale pour les performances économiques et environnementales des entreprises au ministère de l’agriculture et de l’alimentation.
 
En tant que directrice générale de l’alimentation, j’étais responsable d’une équipe de plus de 4500 agents aussi bien basés à Paris que dans les services départementaux et régionaux. J’ai également été élue directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité des aliments que j’ai dirigée et développée pendant sept ans. Au terme de mon mandat, l’EFSA employait plus de 500 agents, principalement scientifiques, et pouvait s’appuyer sur un réseau de plus de 2000 experts scientifiques.
 

On me connait pour ma capacité à mettre en oeuvre le changement. J’ai transformé les organisations que j’ai dirigées et j’ai mobilisé mes équipes autour d’une vision partagée avec nos partenaires et les autres parties prenantes.

Dans un environnement européen et international, j’ai prouvé ma capacité à mobiliser les gouvernements et toutes les autres parties prenantes. Ce fut le cas à l’EFSA lorsque j’ai créé une « plateforme des parties » pour améliorer le dialogue entre tous les partenaires. Dans le contexte de la COP 21 et de la COP 22 sur le changement climatique, j’ai contribué à la création d’une plateforme globale « 4 pour mille : sols pour la sécurité alimentaire et le climat ». Cette initiative a rassemblé plus de 200 membres, dont la FAO et d’autres organisations internationales.
 

J’ai également géré différentes crises, à la fois économiques et sanitaires comme la crise de la maladie de la vache folle (BSE), la fièvre aphteuse et la propagation de nuisibles. Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé avec des ministres, des commissaires et des parlementaires.

Je connais bien la FAO et son travail. J’y ai représenté mon pays et la Commission européenne à plusieurs reprises. En tant que Directrice générale, j’étais responsable de la coopération avec la FAO et j’ai renouvelé le partenariat stratégique de la France avec cette organisation. J’ai également présidé le comité sur les principes généraux du Codex Alimentarius.
Dans chaque organisation que j’ai dirigée, j’ai créé un environnement de travail centré sur l’engagement, les résultats, le respect mutuel, la confiance, la diversité et le respect de la parité entre femmes et hommes. Comme j’ai pu le faire tout au long de ma carrière, je mettrai en oeuvre des politiques et je prendrai des actions concrètes pour prévenir et lutter contre toute forme de harcèlement et de discrimination à la FAO. J’aime et je sais comment créer un environnement de travail qui permet à chacun de donner le meilleur de soi-même et de déployer son talent, son audace et sa créativité pour le succès collectif.
Je souhaiterais à présent conclure.
Je suis la première femme à être candidate depuis la création de la FAO il y a 70 ans. Aucune femme n’a jamais dirigé cette organisation. Comme vous le savez, les femmes jouent dans les systèmes alimentaires un rôle essentiel que je m’attacherai à renforcer. Je suis fière de pouvoir les représenter.
Je veux être élue pour travailler avec vous, avec tous les pays membres et tous les partenaires.
Je veux donner un nouvel élan à cette organisation et agir concrètement.
Je veux que la FAO soit plus efficace, réactive, responsable et ouverte.
Je vois la FAO comme une organisation qui fournit des connaissances scientifiques et des solutions innovantes. Je vois la FAO comme une plateforme de dialogue, comme un « hub » qui donne du pouvoir aux différentes parties prenantes en incluant les investisseurs au service de l’action, comme un amplificateur de la coopération pour mobiliser des ressources. J’envisage la FAO comme un moteur du développement à travers la coopération technique et l’assistance aux gouvernements, comme un facilitateur du commerce alimentaire, comme un catalyseur pour créer des emplois dans les zones rurales.
Oui, avec la FAO, nous pouvons réussir ensemble et fournir une « alimentation durable pour tous ».
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C’est l’engagement que je veux prendre aujourd’hui. Votre soutien est fondamental. Je saurai être à l’écoute et vous pouvez compter sur mon engagement et sur ma détermination.
Je vous remercie de votre attention.
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[B. Remarques de conclusion]
Monsieur le Président, merci de me donner l’occasion de m’exprimer à nouveau.
Mesdames et messieurs les ministres, Mesdames et messieurs les ambassadeurs, Mesdames et messieurs, Je tiens à vous remercier pour cet échange. Je resterai à l’écoute de chacun, comme j’ai pu l’être ces derniers mois.
Devenir Directrice générale de la FAO signifie d’abord et avant tout être au service de tous. Ce n’est ni un pays, ni une région qui dirigera l’organisation.
Vous pouvez compter sur mon enthousiasme, mon expérience professionnelle, mon leadership et ma capacité à mobiliser les équipes et les partenaires autour d’une vision et d’un projet partagés au profit de 194 Etats membres.
Je serai redevable auprès de chacun d’entre vous. Je serai le moteur de nouvelles initiatives, en coopération étroite avec vous, avec les organes de gouvernance de l’organisation et je suivrai mes principes directeurs : coopération, ouverture, transparence et innovation, sous toutes ses formes.
J’écouterai, je développerai une culture fondée sur les résultats, je responsabiliserai mes équipes et je mobiliserai leur talent. Je créerai un environnement de travail qui n’autorisera aucune forme de discrimination, de harcèlement ou d’abus de pouvoir. Je créerai des indicateurs dans ce domaine afin d’être transparente et redevable auprès de vous sur les progrès qu’engendreront mes actions.
Je m’assurerai que la FAO reste notre « maison commune », une agence des Nations unies importante qui nous aide à réussir, une agence où chacun se sent écouté, où chacun est respecté, reconnu, soutenu et équitablement représenté.
Où que vous viviez, sur une petite île affectée par le changement climatique, dans une forêt ou une zone côtière, dans une région semi-aride avec une productivité agricole insuffisante, dans une région très productive où vous avez besoin de restaurer la qualité de l’eau ou des sols,
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dans une région affectée par des maladies animales ou des parasites végétaux qui endommagent votre capacité de production ou dans une région où vous souhaitez développer vos exportations, je veux que la FAO assiste chaque pays dans la recherche et la mise en oeuvre de solutions scientifiquement fondées et adaptées.
Je veux être élue pour travailler avec vous, avec les parties prenantes, avec les investisseurs pour transformer nos systèmes alimentaires et les rendre plus durables et efficaces. Ensemble, nous mettrons en place des solutions robustes, innovantes et adaptées aux spécificités locales. Ensemble, nous renforcerons la coopération technique, nous donnerons davantage de pouvoir aux parties prenantes.
Ensemble, nous attirerons plus d’investissements pour créer des emplois dans les zones rurales.
Ensemble, nous réussirons, nous fournirons une alimentation durable à tous.
C’est l’engagement que je souhaite prendre aujourd’hui devant vous./.

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