Delegation of the European Union to Armenia

Septième dialogue ministériel Nigeria-UE - Communiqué conjoint

Brussels, 18/11/2020 - 17:32, UNIQUE ID: 201118_14
Joint Statements

La réunion ministérielle entre la République fédérale du Nigeria et l'Union européenne (UE), ouverte par S.E. Muhammadu Buhari, président du Nigeria, représenté par S.E. Geoffrey Onyeama, ministre des affaires étrangères, a eu lieu le 18 novembre 2020 en configuration virtuelle à Bruxelles et à Abuja, sous la présidence de S.E. Geoffrey Onyeama, ministre des affaires étrangères de la République fédérale du Nigeria, et de S.E. Josep Borrell, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission européenne. Mme Mariya Gabriel, commissaire à l'innovation, à la recherche, à la culture, à l'éducation et à la jeunesse, Mme Ylva Johansson, commissaire aux affaires intérieures, M. Janez Lenarčič, commissaire à la gestion des crises, Mme Jutta Urpilainen, commissaire aux partenariats internationaux, et Mme Kadri Simon, commissaire à l'énergie, ont également participé à la réunion.
Du côté du Nigeria, ont aussi participé à la réunion S.E. Bashir Salihi Magashi, ministre de la défense, S.E. Sadiya Umar Farouq, ministre chargée des affaires humanitaires, de la gestion des catastrophes et du développement social, S.E. Abubakar Malami, Attorney General de la Fédération et ministre de la justice, S.E. Richard Adeniyi Adebayo, ministre de l'industrie, du commerce et des investissements, S. E. Mohammed Sabo Nanono, ministre de l'agriculture, S. E. Ali Isa Pantami, ministre des communications et de l'économie numérique, S. E. Chris Ngige, ministre du travail et de l'emploi, S. E. Rauf Aregbesola, ministre de l'intérieur, S. E. Muhammad Mahmood, ministre de l'environnement, et S. E. Zainab Ahmed, ministre des finances, du budget et de la planification nationale.

UN PARTENARIAT STRATÉGIQUE ET GLOBAL ENTRE L'UE ET LE NIGERIA

  1. Les deux parties ont débattu d'une relance d'un partenariat politique stratégique et mature entre l'UE et le Nigeria, qui devrait être global, équilibré et mutuellement avantageux. Elles ont l'intention d'organiser des dialogues ministériels et à haut niveau au cours des prochaines années dans un certain nombre de domaines, notamment l'agriculture, le changement climatique et l'environnement, les énergies renouvelables, l'économie bleue, la recherche et l'innovation, le commerce et les investissements, la finance durable, le renforcement des capacités en matière de gouvernance, l'état de droit et la sécurité, le développement social, la résilience des systèmes de santé, l'aide humanitaire, ainsi que les migrations et la mobilité. L'UE a réaffirmé l'importance que revêt ce partenariat dans le cadre d'une nouvelle stratégie globale de l'UE avec l'Afrique.
     
  2. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer l'ordre international fondé sur des règles, le respect des droits de l'homme, ainsi que la mise en œuvre et le respect du droit international humanitaire, des valeurs universelles et d'un multilatéralisme effectif.
     
  3. Les deux parties ont constaté que la pandémie de COVID-19 a gravement touché les États membres de l'Union européenne et le Nigeria. Elles ont débattu des enjeux sanitaires dans le monde, des possibilités de relance durable au sortir de la pandémie de COVID-19, ainsi que des priorités à long terme, notamment le plan de durabilité économique du Nigeria, et de l'importance d'une relance verte. Elles ont mis en exergue l'importance que revêtent une solidarité au niveau mondial et une coopération multilatérale dans le cadre de la riposte face à la COVID-19, comme en témoigne l'ensemble de mesures de soutien mis en place par l'équipe d'Europe, et les efforts déployés à l'échelle mondiale pour renforcer la préparation et la capacité de réaction face à de futures pandémies.
     
  4. Les deux parties ont insisté sur l'importance de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en tant qu'organisation régionale promouvant la paix et la sécurité, l'harmonisation des politiques et la bonne gouvernance, le développement des infrastructures dans la région, ainsi que l'intégration économique et la libre circulation des personnes et des marchandises, vecteur d'une plus grande prospérité. Par son rôle de fer de lance de la CEDEAO dans la lutte contre la COVID-19, le président Buhari contribue considérablement au renforcement des efforts régionaux de préparation et de réaction face à la pandémie.
     
  5. Les deux parties ont souligné l'importance d'un partenariat solide entre l'UE et l'UA. Elles se sont déclarées conscientes de la nécessité d'une mobilisation forte et constante aux niveaux bilatéral, régional et continental pour œuvrer au renforcement de ce partenariat, dans la perspective du prochain sommet UA-UE, afin de faire face à l'impact de la pandémie et de relever les défis mondiaux auxquels sont confrontés les deux continents. Le Nigeria est un partenaire essentiel et déterminant dans la mise en œuvre de ce partenariat.
     
  6. Les deux parties ont pris acte des négociations en cours en vue d'un nouvel accord global pour l'après-Cotonou, qui devraient aboutir prochainement.
     
  7. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de mettre en œuvre le programme de développement durable à l'horizon 2030 et d'atteindre les cibles des différents objectifs de développement durable (ODD), ainsi que leur attachement au principe consistant à "ne laisser personne de côté". L'UE a indiqué qu'elle était disposée à aider le Nigeria à cartographier le financement et à explorer d'autres voies afin d'accroître les ressources disponibles pour le financement des ODD, grâce notamment à la mobilisation de ressources internes.
     
  8. L'UE a fait observer qu'elle entrait dans un nouveau cycle de programmation pour son action extérieure. Des consultations auront lieu dans les mois à venir avec le gouvernement fédéral du Nigeria et d'autres parties prenantes sur les domaines prioritaires des relations bilatérales de l'UE avec le Nigeria pour la période 2021-2027.

 

L'ÉCONOMIE, LA CROISSANCE ET LE PARTENARIAT VERT

  1. Les deux parties ont réaffirmé leur soutien à la nécessaire modernisation de l'Organisation mondiale du commerce afin de préserver et de renforcer l'ordre multilatéral fondé sur des règles. Elles se félicitent que Mme Ngozi Okonjo-Iweala soit la candidate recommandée pour être désignée prochain directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, et le Nigeria a remercié l'UE pour le soutien qu'elle a apporté. L'UE espère que cette nomination interviendra en temps voulu.
     
  2. L'UE s'est félicitée de la signature par le Nigeria de l'accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA). Les deux parties ont également pris acte de l'importance que revêt l'intégration économique continentale et régionale et l'UE a réaffirmé son soutien à ce processus porteur de changements pour le continent africain. L'UE a fait observer que ses accords commerciaux en Afrique poursuivraient des objectifs similaires au niveau régional et contribueraient au projet continental.
     
  3. Dans le cadre de l'alliance Afrique - Europe pour un investissement et des emplois durables, et du plan d'investissement extérieur, les deux parties ont indiqué qu'il était dans leur intérêt commun de promouvoir des investissements responsables et durables, de stimuler le commerce durable et de créer des emplois pour tous, en particulier les jeunes et les femmes. Elles comptent approfondir les relations bilatérales en matière de commerce et d'investissement durable au cours des prochaines années afin d'accélérer la diversification économique, une croissance durable et inclusive, la paix et la création d'emplois au Nigeria. Elles se sont déclarées conscientes de l'importance que revêt un climat d'investissement prévisible et fondé sur des règles, comprenant des procédures de marchés publics transparentes et non discriminatoires, ainsi qu'un système judiciaire indépendant et efficace, afin d'encourager les investissements, et elles sont convenues qu'il importait de lutter contre la corruption sous toutes ses formes. Les deux parties ont l'intention d'étudier la possibilité d'approfondir la coopération bilatérale.
     
  4. La Banque européenne d'investissement (BEI) a fait part de son intention d'accroître ses activités au Nigeria, en sus de nouveaux investissements, et elle a réaffirmé qu'elle était disposée à accorder des prêts à des conditions très favorables pour aider le Nigeria à lutter contre la pandémie de COVID-19 et à atténuer son impact socioéconomique. Le Nigeria soutient la mise en place d'un bureau dans le pays. À cet égard, il est nécessaire de mettre l'accent sur les secteurs industriels pour lesquels il est amplement démontré que le Nigeria possède un avantage comparatif et concurrentiel, comme cela est exposé dans le document relatif au plan pour la révolution industrielle du Nigeria, et de mettre en place des méthodes de production durable, telles que l'agriculture biologique ou l'économie circulaire, qui contribuent à la résilience et à la croissance durable du pays. Le soutien au secteur pétrolier et gazier peut être envisagé sous la forme d'une assistance technique visant à actualiser le cadre réglementaire du Nigeria et à renforcer sa capacité à surveiller, déclarer et vérifier les émissions de méthane, en vue de réduire au minimum leur empreinte environnementale.
     
  5. Conformément au programme conjoint pour la transformation rurale en Afrique, qui a été examiné lors de la dernière conférence des ministres de l'agriculture de l'UA et de l'UE, les deux parties ont l'intention de lancer une plateforme agroalimentaire UE-Nigeria, qui prendrait la forme d'un dialogue structuré public-privé réunissant les secteurs agricole, agroalimentaire et agro-industriel du Nigeria et de l'UE afin de discuter du climat d'investissement et du cadre de gouvernance nécessaires pour promouvoir le commerce et attirer des investissements responsables, et de favoriser les liens entre les entreprises, en particulier les PME.

 

Transformation numérique

  1. Les deux parties ont reconnu l'importance que revêt la protection de la vie privée et des données, qui est essentielle au développement de l'économie numérique, pour renforcer la confiance des consommateurs et accélérer l'adoption des nouvelles technologies. Elles ont également reconnu qu'une convergence accrue entre leurs systèmes respectifs de protection des données apporterait des avantages considérables à leurs économies. Les deux parties ont l'intention de coopérer sur un plan bilatéral et dans le cadre de projets régionaux, comme l'initiative phare de l'équipe d'Europe sur les données entre l'UE et l'UA. Les deux parties se sont accordées à reconnaître que la liberté d'expression est essentielle à la création d'un environnement numérique inclusif et prospère.
     
  2. Les deux parties ont pris acte de l'importance de l'éducation en vue d'assurer un progrès économique et social inclusif, en particulier pour les femmes et les filles, l'UE faisant observer que son projet AfricaConnect3 pourrait soutenir la création, le développement et l'utilisation d'une connectivité internet avancée et fiable pour les secteurs de l'enseignement, de l'apprentissage et de la recherche au Nigeria.
  1. Les deux parties entendent continuer à soutenir le développement de l'éducation numérique au moyen de programmes individuels de mobilité à des fins d'apprentissage et de renforcement des capacités institutionnelles, et elles se sont félicitées de la participation du Nigeria à des initiatives pilotes visant à promouvoir l'enseignement et la formation techniques et professionnels, en particulier pour les jeunes. Les deux parties ont été d'accord pour estimer qu'il était nécessaire d’inscrire ces initiatives dans une perspective à plus long terme. Elles ont insisté sur le soutien qu'elles apportent à la mise en œuvre de la politique et de la stratégie du Nigeria en faveur de l'économie numérique et des recommandations figurant dans la stratégie de transformation numérique de l'UA pour l'Afrique. Les deux parties ont pris acte de l'importance que revêt l'accès au haut débit pour le développement économique et sont convenues de coopérer sur les questions liées au plan national nigérian pour le haut débit.

 

Accès à l'énergie et énergies renouvelables

  1. Les deux parties se sont déclarées conscientes de l'enjeu que représente l'accès à l'énergie au Nigeria et ont souligné qu'il importait d'améliorer l'accès à l'électricité durable et la fiabilité de l'approvisionnement en électricité pour soutenir une croissance économique durable après la pandémie de COVID-19. Elles ont plaidé en faveur de conditions réglementaires et commerciales propices aux investissements dans la production d'électricité à partir de sources renouvelables, qui pourraient permettre d'assurer l'accès à l'électricité, d'offrir des emplois de qualité, d'apporter des solutions de cuisson propres et de concourir à l'efficacité énergétique. L'UE s'est félicitée de l'aspiration du Nigeria à connecter cinq millions de foyers à des mini-réseaux dans le cadre du plan de durabilité économique du Nigeria et elle a encouragé le Nigeria à poursuivre la mise en œuvre du programme de relance du secteur de l'électricité.
     
  2. Les deux parties ont noté qu'il était urgent de planifier une diversification permettant de se détourner des combustibles fossiles dans le cadre d'un engagement à long terme visant à atteindre les objectifs de l'accord de Paris. L'UE encourage le Nigeria à nouer le dialogue avec ses partenaires africains sur cette question.

 

Partenariat vert

  1. Les deux parties ont réaffirmé leur attachement à une mise en œuvre intégrale de l'accord de Paris et ont salué l'engagement ambitieux qu'a pris le Nigeria de réduire ses émissions de gaz à effet de serre jusqu'à 45 %, sous certaines conditions, d'ici 2030. Les deux parties
  1. se sont engagées à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre et à s'adapter au changement climatique en mettant à jour leurs contributions déterminées au niveau national et en présentant des stratégies à long terme de développement à faible émission de gaz à effet de serre en application de l'accord de Paris, ainsi qu'en adoptant des stratégies d'adaptation et d'autres politiques pertinentes.
     
  2. Les deux parties se sont félicitées que le président Buhari ait fait sien "l'engagement des dirigeants en faveur de la nature" et ont salué l'engagement en faveur de la coopération internationale et du multilatéralisme qui a été pris lors du sommet des Nations unies sur la biodiversité tenu en septembre 2020 en vue d'enrayer la perte de biodiversité d'ici 2030. L'UE et le Nigeria ont fait part de leur intention de conjuguer leurs efforts au niveau multilatéral afin de parvenir à un accord ambitieux et mesurable concernant le cadre mondial en matière de biodiversité pour l'après-2020 en vue de son adoption lors de la 15e conférence des parties à la convention des Nations unies sur la diversité biologique (COP 15 de la CDB). L'accent a également été mis sur l'importance que revêtent une gestion durable des forêts et de l'eau et l'initiative de la Grande muraille verte dans le cadre de la lutte contre la désertification.
     
  3. Les deux parties ont confirmé leur intention de poursuivre leur coopération dans le domaine de l'économie circulaire, aux niveaux national et continental, notamment à travers l'alliance africaine pour l'économie circulaire, coprésidée par le Nigeria, et dans le cadre d'une mission de l'UE sur l'économie circulaire au Nigeria, qui sera organisée lorsque la situation sanitaire mondiale le permettra.

 

Recherche et innovation

  1. Afin de renforcer les relations bilatérales en matière de recherche et d'innovation, les deux parties entendent réfléchir à des moyens d'intensifier encore la coopération, y compris à la possibilité d'envisager un accord bilatéral en matière de recherche et d'innovation, prévoyant notamment l'approfondissement des relations entre les établissements universitaires et de recherche nigérians et leurs équivalents dans l'UE.

 

PAIX, GOUVERNANCE ET DÉVELOPPEMENT SOCIAL
Renforcer la coopération en matière de paix, de sécurité et de stabilité

  1. À la suite des récentes manifestations #EndSARS, les deux parties ont réaffirmé qu'il importait de respecter les droits de l'homme, notamment le droit de manifester pacifiquement et la liberté d'expression dans le cadre du droit et de la constitution. L'UE a fait part de ses préoccupations et exprimé ses condoléances pour les victimes, et a souligné qu'il importait de traduire les auteurs des violences en justice. Les deux parties ont constaté qu'il était important de mettre en œuvre de véritables réformes, y compris dans le domaine de la police, dans le cadre d'un processus caractérisé par la participation de toutes les parties prenantes, une adhésion au niveau local, la transparence et la responsabilité. Les deux parties ont pris acte des efforts concrets déployés par le gouvernement nigérian et des mesures qu'il a prises pour répondre aux demandes du mouvement #EndSARS, notamment la mise en place d'organismes indépendants chargés d'enquêter sur les plaintes concernant des brutalités policières ou les exécutions extrajudiciaires commises dans ce contexte, en vue de rendre justice à toutes les victimes de la brigade SARS, désormais dissoute, et d'autres unités de police. Cela englobe également les brutalités commises par des civils à l'encontre de policiers, ainsi que les dommages occasionnés à des biens privés et publics et les préjudices causés aux investissements.
  1. Les deux parties ont mis en exergue leur volonté commune de continuer à soutenir les efforts visant à relever les défis en matière de paix et de sécurité auxquels le Nigeria est confronté et à répondre aux besoins humanitaires, en particulier dans le nord-est, mais également dans le nord-ouest, dans la ceinture centrale, dans le delta du Niger et dans le golfe de Guinée. Elles ont noté que cette coopération devrait être centrée sur une approche fondée sur un lien fort entre action humanitaire, développement et paix.
     
  2. Les deux parties ont rappelé qu'il importait que les forces de sécurité et de défense respectent les droits de l'homme et coopèrent étroitement avec les autorités locales et les acteurs humanitaires afin de protéger les populations civiles et de faciliter l'accès à l'aide humanitaire.
     
  3. Les deux parties ont réaffirmé qu'elles étaient attachées à la promotion, à la protection et au respect de tous les droits humains ainsi qu'à la mise en œuvre complète et effective du programme d'action de Beijing, du programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) et des conclusions issues des conférences d'examen qui ont suivi, et, à cet égard, qu'elles demeuraient attachées au respect de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation.
     
  4. Les deux parties ont condamné les exactions odieuses commises par des groupes armés non étatiques et ont pris acte des efforts déployés pour réduire cette menace. Les deux parties ont réaffirmé qu'il importait d'empêcher une déstabilisation générale de la région et ont estimé qu'il importait de renforcer la résilience des communautés, en particulier les plus vulnérables, ainsi que celle des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Les deux parties ont constaté que, pour relever les défis complexes qui se posent dans la région du bassin du lac Tchad, il était nécessaire d'adopter une approche véritablement intégrée, alliant des efforts dans les domaines politique, de la sécurité, de l'environnement et du développement, et assurant la fourniture d'une aide humanitaire de manière conforme aux principes arrêtés. Les deux parties se sont déclarées favorables à la mise en œuvre de la stratégie régionale de stabilisation du lac Tchad de l'UA, en coordination étroite avec tous les acteurs clés, y compris l'UA et les Nations unies. L'UE s'est déclarée prête à continuer de coopérer étroitement à travers la Force multinationale mixte (FMM) dans le cadre d'une réponse intégrée à la crise et conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. L'UE a appelé à une amélioration de la coopération entre les États membres de la FMM et à un accroissement des activités opérationnelles. L'UE a pris acte de l'importance du rôle moteur que joue le Nigeria au sein de la FMM et a encouragé le gouvernement nigérian à prendre des initiatives pour renforcer l'efficacité de la FMM. Les deux parties ont reconnu qu'il était nécessaire d'exercer une pression militaire accrue sur les groupes terroristes armés, dans le respect du droit humanitaire, afin de rétablir la paix dans la région du lac Tchad.
     
  5. Les deux parties entendent coopérer pour éviter de nouvelles violences dans le nord-ouest et la ceinture centrale, en particulier grâce à la mise en œuvre du plan national de transformation de l'élevage.
     
  6. Les deux parties ont constaté que les défis qui se posent dans le golfe de Guinée en matière de sûreté maritime appellent des efforts concertés de la part de toutes les parties prenantes, et ont noté que le Nigeria se montrait fermement résolu à lutter contre les menaces dans ses eaux territoriales et sa zone économique exclusive. Les deux parties entendent intensifier leur collaboration et leur coordination, également avec les pays voisins, et continuer à mettre en œuvre l'architecture de Yaoundé pour lutter contre la criminalité transnationale organisée dans le domaine maritime. Les deux parties ont souligné qu'il était primordial de poursuivre la consolidation de la démocratie et important de convenir de réformes électorales et les mettre en œuvre avant les prochaines élections législatives; elles ont pris acte des efforts concertés accomplis par la commission électorale nationale indépendante (CENI) pour mener à bien le processus de réforme électorale, y compris des recommandations formulées par la mission d'observation de l'UE en 2019, qui ont notamment mis l'accent sur l'importance que revêt l'inclusion des jeunes, des femmes et des personnes handicapées.
     
  7. Les deux parties ont estimé qu'il était important de redoubler d'efforts afin de remédier aux problèmes persistants rencontrés pour endiguer la criminalité transnationale organisée, notamment la cybercriminalité, la traite des êtres humains, le trafic de stupéfiants et d'armes, le blanchiment de capitaux et d'autres formes de criminalité financière. Les deux parties entendent poursuivre leur coopération dans ces domaines, notamment au moyen d'un renforcement des capacités et d'une collaboration transfrontière accrue, y compris avec les Nations unies.
     
  8. Les deux parties ont insisté sur la nécessité de poursuivre et d'intensifier les efforts visant à mettre en œuvre le programme concernant les femmes, la paix et la sécurité ainsi que la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, et ont salué les engagements extraordinaires qui ont été pris à la suite de la flambée des cas de violence contre des femmes et des filles observés au Nigeria depuis le début de la pandémie de COVID-19. Ces efforts doivent se poursuivre pour assurer une protection totale des femmes et des filles contre les violences sexuelles et sexistes et pour encourager leur autonomisation. Le plan d'action de l'UE en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité, l'initiative "Spotlight" de l'UE et de l'ONU et le plan d'action visant à promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes et l'émancipation des femmes témoignent de la volonté de l'UE de jouer son rôle dans ces domaines.

 

Développement social et autonomisation des jeunes

  1. Les deux parties ont estimé que la pauvreté et les inégalités demeuraient des obstacles majeurs au développement durable et à la réalisation des ODD et que la question de savoir si le Nigeria réussira ou non à lutter contre l'extrême pauvreté sera décisive pour le reste de l'Afrique. L'UE s'est félicitée que le président Buhari se soit engagé à sortir 100 millions de Nigérians de la pauvreté au cours des dix prochaines années, et accordera la priorité à l'élimination de la pauvreté dans le cadre de sa coopération au développement avec le Nigeria. Les deux parties ont constaté que le meilleur moyen pour que le Nigeria réduise la pauvreté, crée des possibilités et produise de la prospérité était d'investir dans sa population, de créer des emplois décents et de réduire les inégalités.
     
  2. Les deux parties se sont déclarées conscientes qu'il importait de veiller à ce que les jeunes soient véritablement intégrés à tous les niveaux de la société, de l'économie et de la politique, et qu'ils y participent activement. Les deux parties s'efforcent de continuer à soutenir l'autonomisation des jeunes au Nigeria grâce à des dispositifs de renforcement des capacités des organisations de jeunesse et au programme nigérian de bourses pour les jeunes, tout en notant l'importance que revêtent une action auprès des jeunes ainsi que la participation et l'inclusion des jeunes, qui constituent un aspect essentiel du programme des ODD. Les deux parties ont été d'accord pour estimer que le plan d'action national pour la mise en œuvre de la résolution 2250 du Conseil de sécurité de l'ONU sur la jeunesse, la paix et la sécurité, que le Nigeria élabore actuellement, constituait une excellente occasion d'assurer une véritable inclusion des jeunes.
     
  3. Les deux parties ont insisté sur la nécessité de prévoir un accès à des informations et une éducation complètes, abordables et de qualité en matière de santé sexuelle et procréative (compte tenu des principes directeurs internationaux de l'UNESCO) ainsi que sur la nécessité de fournir des services de soins de santé appropriés. Par ailleurs, elles ont déclaré soutenir la mise en œuvre effective du protocole à la charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique ainsi que du plan d'action de Maputo 2016-2030.
  1. Les deux parties ont constaté que la solution au taux de chômage élevé actuel, dans le contexte du nouveau monde du travail, résidait dans le développement des compétences, et le Nigeria a proposé des partenariats visant à renforcer les structures existantes pour leur conférer une stature internationale afin de réduire le taux d'inemployabilité des jeunes dans le pays. Les deux parties ont une compréhension mutuelle en ce qui concerne le développement et le renforcement du secteur informel au Nigeria, qui pourrait constituer un instrument pour un développement inclusif et une répartition équitable des richesses, grâce à un renforcement des capacités ciblé et à un meilleur accès aux services de santé procréative, aux technologies de l'information et aux services financiers pour un plus grand nombre d'opérateurs dans ce secteur. Les deux parties sont convenues qu'il serait important de disposer de données en temps réel pour orienter la prise de décision et une planification efficace, grâce à la mise au point d'une base de données fonctionnelle concernant le secteur du travail au Nigeria.

 

AIDE HUMANITAIRE

  1. Les deux parties se sont déclarées préoccupées par la crise humanitaire, notamment par les informations faisant état d'une dégradation de la sécurité alimentaire dans le nord-est du Nigeria, et par la flambée de violence dans le nord-ouest du pays, avec pour conséquence des déplacements de population. L'UE vise à soutenir les efforts déployés au niveau national et local pour faire en sorte que les civils touchés par le conflit puissent accéder de manière durable à l'aide et à la protection humanitaires dont ils ont besoin. Les deux parties ont été d'accord pour estimer que les efforts déployés par le comité national de coordination humanitaire (coopération en matière de sécurité civile - CiSEC) pour assurer un accès humanitaire sans entrave, sûr et sécurisé aux personnes les plus vulnérables constituaient une priorité pour que ces personnes puissent exercer dans la dignité leur droit à la protection et à une aide qui leur est vitale. L'UE a souligné qu'il importait d'assurer un respect plein et entier du droit humanitaire international, des normes internationales en matière de retour et de réinstallation des personnes déplacées à l'intérieur du pays, telles qu'elles sont énoncées dans la convention de Kampala, ainsi que des principes humanitaires, afin d'aider les personnes les plus vulnérables dans le nord-est du Nigeria.
     
  2. Les deux parties ont réaffirmé que le retour et la réinstallation des personnes déplacées à l'intérieur du pays devraient avoir lieu lorsque la sécurité aura été assurée dans les faits, être volontaires, reposer sur un choix fait en connaissance de cause et s'inscrire dans la durée.
     
  3. Les deux parties se sont accordées à reconnaître que la CiSEC était indispensable dans l'optique d'une coordination renforcée entre toutes les parties prenantes, y compris les partenaires dans le domaine humanitaire et du développement ainsi que les autorités civiles et militaires du Nigeria, dans le cadre plus large des efforts visant à rendre opérationnel et à mettre en œuvre le lien entre l'aide humanitaire, le développement et la paix.

 

MIGRATION ET MOBILITÉ

  1. Les deux parties se sont dites conscientes qu'il était dans leur intérêt commun de collaborer étroitement pour traiter la question de la mobilité et des migrations sous tous ses aspects, en s'appuyant sur le programme commun pour les migrations et la mobilité (PCMM).
  1.  Elles ont pris acte de l'importance que revêt une approche globale de la question des migrations, qui vise à apporter des avantages à toutes les parties, aux pays d'origine et de destination comme aux migrants, à éviter des pertes de vies humaines, à protéger les droits de l'homme des migrants et à offrir une protection internationale à ceux qui en ont besoin. Le nouveau pacte sur la migration et l'asile proposé par l'UE entend constituer une base renforcée pour atteindre cet objectif général, en favorisant des partenariats mutuellement avantageux avec les pays d'origine, de transit et de destination.
     
  2. Les deux parties entendent relancer le dialogue sur les migrations et la mobilité, en tant que partie intégrante d'un partenariat global, équilibré et mutuellement bénéfique. Elles comptent coopérer activement en ce qui concerne tous les aspects de la gestion des migrations et la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcés, conformément aux principes énoncés dans le plan d'action conjoint de La Valette, en encourageant la création d'emplois, les réformes et les investissements; endiguer la migration irrégulière grâce à une coopération renforcée en matière de gestion intégrée des frontières; intensifier la collaboration pour lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains; encourager le recours à des voies de migration légales et œuvrer à la facilitation des envois de fonds; aider les réfugiés et les personnes déplacées à l'intérieur du pays; renforcer la coopération afin d'assurer que les retours et les réadmissions soient effectifs; et enfin achever dès que possible les négociations relatives à un accord de réadmission. Les deux parties entendent poursuivre leur coopération dans le cadre du processus de Rabat.
     
  3. Elles constatent que, à travers son ministère du travail et de l'emploi, le Nigeria entretient des relations de longue date avec l'UE en ce qui concerne la migration de la main-d'œuvre. En particulier, le Nigeria a largement bénéficié de l'initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants, mise en œuvre dans le cadre du projet du fonds fiduciaire de l'Union européenne pour l'Afrique, lancé en juillet 2017. Elles rappellent que le monde du travail évolue et que la mobilité de la main-d'œuvre s'inscrit désormais dans une dynamique qui s'affirme à l'heure de la mondialisation, étant donné que davantage de demandeurs d'emploi recherchent des possibilités d'emploi et de subsistance au-delà des frontières nationales et que, comme l'a relevé l'OIT, de nos jours, on migre pour trouver du travail. Le Nigeria propose de renforcer la collaboration dans les domaines suivants: la création de nouveaux centres pour l'emploi et de nouveaux centres de ressources pour les migrants dans les 36 États de la fédération et sur le territoire de la capitale fédérale, en plus des six centres existants dans les six zones géopolitiques du pays; les centres de ressources pour migrants, qui n'existent actuellement que dans les États d'Abuja, Lagos et Edo, servent de plateforme pour les demandeurs d'emploi et les migrants potentiels ainsi que les rapatriés. Le Nigeria propose en outre de renforcer ces centres grâce à l'assistance technique, à la logistique et aux compétences des fonctionnaires du service public en matière de collecte et d'analyse des données, au moyen d'un soutien financier continu, en s'appuyant sur les activités du bureau international pour la migration de main-d'œuvre (ILMD) et de la plateforme nationale d'échange électronique au sein du ministère fédéral du travail et de l'emploi, l'objectif étant d'assurer le suivi des agences internationales de recrutement et promouvoir des migrations régulières et des emplois décents pour les Nigérians.

 

PROCHAINES ÉTAPES

  1. Les deux parties entendent poursuivre un dialogue ministériel régulier/annuel afin de faire le point sur les priorités et les résultats attendus sur lesquels les parties se sont mises d'accord.
  1. Les deux parties ont réaffirmé leur ferme volonté de maintenir leur dialogue constructif et leur coopération fondés sur les principes de respect mutuel et d'ouverture ainsi que sur leur attachement à la promotion des droits de l'homme, de la démocratie, de l'état de droit et de la transparence, en vue de relever les défis bilatéraux, régionaux et mondiaux dans l'intérêt mutuel du Nigeria et de l'UE.
     
  2. Les deux parties comptent tenir le prochain dialogue ministériel avant la fin de 2021.

 

Pour l'Union européenne

S.E. M. Josep Borrell

Vice-président et haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Pour le Nigeria

S.E. M. Geoffrey Onyeama

Ministre des affaires étrangères

République fédérale du Nigeria

 

Fait à Bruxelles et à Abuja, le 18 novembre 2020

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