Journée de l'Europe 2011 (09/05/2011)

Intervention de M. Patrick SPIRLET, Ambassadeur, Chef de Délégation de l'Union européenne

L'Europe fête en ce 9 mai 2011 la déclaration de  Robert Schuman qui mena à la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), et ensuite celle  de l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Traditionnellement, il était d'usage d'organiser, pour fêter cet événement, une grande réception mais, cette année, au vu de la crise économique que traversent aujourd'hui certains pays européens et des mesures d'austérité prises dans ce contexte, il a été décidé pour toutes nos représentations dans le monde de réduire l'ampleur et le coût de ces réjouissances. C'est ce qui nous a amené à nous concentrer uniquement sur cette conférence de presse pour faire le point avec vous à la fois sur les  évolutions récentes du projet européen et sur la situation des relations de coopération entre le Togo et l'Union européenne. Depuis le 9 mai 2010, beaucoup d'événements se sont déroulés tant sur le plan de la construction européenne que sur la scène internationale.

Sur le plan européen, cette année constituait un premier test de mise en œuvre du traité de Lisbonne dans une période  où l'Union européenne a du traverser quelques zones de turbulences qui ont mis ce nouveau Traité face à des défis sans précédent.
A la crise économique et financière est en effet venue s'ajouter une crise des dettes souveraines, qui a menacé la stabilité de l'Euro dans son ensemble. Le traité de Lisbonne nous a aidé à faire face à ces crises et  nous a montré la diversité des instruments dont il dispose pour garantir des réponses adéquates et efficaces face au besoin de solidarité et de cohérence entre Etats membres. L'Europe en est sortie renforcée. Je pense, en particulier, au renforcement du Pacte de stabilité et de la gouvernance économique, au système de sanctions et  au Fonds européen de stabilité financière.

L'histoire de l'Europe nous montre qu'elle se construit souvent par à-coups quand elle est confrontée à des crises : c'est cette capacité de réaction qui fait sa force et son aptitude à progresser.

Je voudrais ici, sans rentrer dans tous les détails du traité de Lisbonne, revenir sur un de ses acquis les plus importants: la création d'un service européen pour l'action extérieure (ou diplomatique) commun.

L'Union européenne a en effet aujourd'hui une chance unique de mener une politique étrangère cohérente grâce à la mise en œuvre de cet instrument commun: le nouveau service européen des affaires étrangères, représenté par Mme Ashton, la Haute Représentante, Vice-présidente de la Commission européenne et également présidente du conseil des ministres des affaires étrangères.

La création de ce service diplomatique vient d'abord du fait que durant les dernières années, l'UE a constaté qu'elle pouvait mener une politique étrangère plus cohérente. Et ensuite que les Etats membres ont reconnu que la coordination de leurs politiques étrangères devenait nécessaire face aux nouveaux défis auxquels ils sont confrontés dans leur ensemble: mondialisation, changements climatiques, terrorisme, immigration, sécurité énergétique…

La politique étrangère de l'UE ne reflétait pas son potentiel  car celui-ci est énorme : 500 millions d'habitants et 27 Etats membres soit 8 % de la population mondiale, 31% du PIB mondial, 60 % de l'aide mondiale au développement et des Délégations dans plus de 150 pays!

Sur la base de ce constat, outre les changements institutionnels et juridiques du traité de Lisbonne, la création d'un service européen commun d'action extérieure le 1er  janvier 2010 donne le cadre et les instruments nécessaires à cette cohérence en associant Commission européenne, Conseil européen et services diplomatiques des Etats membres.

C'est évident, ce service  ne pourra résoudre  immédiatement tous les problèmes de la politique étrangère de l'Union mais sa création permettra de rassembler les synergies et les expertises des différentes institutions. Cette cohérence de l'action  extérieure de l'Union européenne est rendue d'autant plus impérative que  les crises et des défis internationaux se multiplient.

Nous avons tous à l'esprit  les crises Ivoirienne et Libyenne mais aussi les désastres au Japon ou en Haïti …ou encore la crise économique et financière. Ce contexte international nous interpelle et pose la question des valeurs et conditions nécessaires pour en assurer la stabilité.

Dans ce contexte, le modèle européen  est une référence puisqu'il assure l'équilibre entre développement économique et bien être social  respectant les libertés fondamentales. Ce modèle doit néanmoins continuer à s'adapter et à progresser pour pouvoir perdurer.

L'Afrique, elle aussi, doit s'adapter et se construire. Si tout le monde reconnaît aujourd'hui son potentiel économique et l'accélération de sa croissance, des questions subsistent quant à  sa stabilité politique. Les récents événements et crises ont montré  que seule une véritable démocratisation ancrée dans la bonne gouvernance, l'état de droit et le respect des Droits de l'homme peut assurer cette stabilité essentielle au développement.  Le refus des règles du jeu démocratique ou du respect des libertés fondamentales finit par conduire aux crises  que nous connaissons.

Dans cette optique, l'Union africaine et les organisations régionales telles que la CEDEAO et l'UEMOA ont un rôle fondamental à jouer.  On ne peut que se féliciter de leurs actions de plus en plus importantes jouées dans la résolution des crises même si elles ne sont pas toujours couronnées de succès.

Le Togo dans son rôle de présidence de l'UEMOA et son implication dans les différentes médiations et forces de maintien de la paix, occupe une place de plus en plus grande en Afrique de l'Ouest.

Il a les atouts nécessaires pour contribuer à la paix et à la stabilité de la sous-région mais pour cela il est indispensable qu'il réussisse à consolider ses acquis et à poursuivre ses reformes. Sur ce plan, les prochaines échéances électorales et les réformes préalables qui y sont liées,  sont essentielles.

Pour y parvenir, il est nécessaire de tirer les leçons du passé, que ce soit en matière de dialogue ou encore en matière de processus électoraux où les recommandations de la mission d'observation de l'UE doivent être prises en compte.

Mais au delà, il s'agit surtout de pouvoir sortir du climat de méfiance qui prévaut et permettre à un véritable esprit de réconciliation de se concrétiser. Je salue ici le travail fait dans cette optique par la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Le respect des droits fondamentaux et des libertés essentielles est capital en ce sens. Le processus de préparation de l'examen périodique universel a montré des lacunes importantes persistantes, particulièrement dans le domaine du fonctionnement de la justice. L'Union européenne est prête à accompagner le Togo pour l'aider à les résoudre. Elle a toujours été et est encore un partenaire privilégié du pays.

Sur le plan de la coopération, depuis la reprise pleine et entière de celle-ci, les programmes se mettent en œuvre et les résultats commencent à apparaître que ce soit au niveau de l'appui aux institutions, dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, des infrastructures, ou encore de la gouvernance politique.

Tout ceci ne doit pas nous faire oublier que les défis de la lutte contre la pauvreté restent encore énormes et qu'ils exigeront plus de temps et d'énergie. De nombreux togolais souffrent encore et il est important qu'ils puissent sentir les effets de cette reprise de l'aide internationale.

L'Union européenne vient de lancer une initiative européenne pour les Objectifs de Développement du Millénaire  qui vise, particulièrement, l'accélération des progrès à accomplir pour les objectifs les plus en retard.

L'UE poursuivra son appui au Togo et continuera à l'accompagner dans la nécessaire étape de réconciliation et de reprise d'un dialogue basé sur la confiance entre les différents acteurs de la scène politique. C'est à ce prix que le processus des réformes structurelles entamées pourra porter ses fruits et amener une véritable reprise économique du pays.

Je vous remercie.