Op-Ed du président du Conseil européen Herman Van Rompuy et du Président de la Commission européenne José Manuel Barroso (24/01/2013)

 

 



Op-Ed du  Président du Conseil européen Herman Van Rompuy et du Président de la Commission européenne José Manuel Barroso

L'Union européenne et l'Amérique latine & les Caraïbes: Partenaires mondiaux pour le 21e siècle

Le sommet de Santiago, qui se tiendra les 26-27 janvier, entre l'Union européenne et la nouvelle Communauté des pays d'Amérique latine et des Caraïbes réunira les dirigeants de 60 pays des deux régions. Le sommet intervient à un moment crucial pour les deux parties. L'économie mondiale a traversé des moments difficiles et les deux régions peuvent jouer un rôle clé dans le rétablissement de la croissance mondiale forte et durable.

Nous sommes à un tournant dans la crise financière qui a gravement affecté l'économie de l'Union européenne. Notre réponse à la crise a été décisive et la compétitivité et la confiance sont lentement rétablies. Nous avons pris des décisions difficiles mais nécessaires pour éviter que des problèmes semblables ne se reproduisent à l'avenir. Des pays ont entrepris des réformes structurelles sans précédent et nous sommes en train de refonder notre gouvernance économique au niveau de l'Union. En dépit de cette crise, l'Union européenne reste la plus grande économie dans le monde et un partenaire incontournable pour la communauté internationale pour promouvoir la paix, la démocratie et le respect des droits de l'homme ainsi que le développement, l'éradication de la pauvreté et la protection des biens publics mondiaux tels que le climat. La voie à suivre est celle de l'intégration et c'est la voie que nous avons résolument tracé durant les deux dernières années.

L'Amérique latine et des Caraïbes vivent aussi de profonds changements, bien que de nature différente. Les gouvernements et les citoyens sont confrontés à des choix qui façonneront l'avenir de leurs pays et le développement futur pour les décennies à venir. Pour une grande partie de la région, ces dernières années ont apporté une croissance économique robuste. Près de 50 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté. La démocratie a continué à être consolidée et le poids de la région dans les affaires internationales a augmenté. Pourtant, il existe encore d'énormes défis en termes de problèmes de pauvreté, d'inégalité, de sécurité ou d'environnement. L'abondance des ressources naturelles s'est avéré un atout pour certains pays, mais seulement un modèle économique plus diversifiée soutiendra la croissance à plus long terme.

Dans ce contexte, le sommet de Santiago vient à un moment où la relation est plus importante que jamais. Son thème central est à la fois un défi et un appel: une "alliance pour le développement durable: promouvoir les investissements de qualité sociale et environnementale". Ceci attire l'attention sur un pilier essentiel de la relation. L'Union européenne représente pas moins de 43% des Investissements directs étrangers (IDE) en Amérique latine et dans les Caraïbes. Et malgré la situation économique difficile, en 2011, le flux annuel d'investissements directs de l'Union européenne dans la région a atteint des niveaux record. Combien de gens se rendent compte que les IDE européens en Amérique latine et dans les Caraïbes sont en fait plus élevés qu'en Russie, la Chine et l'Inde réunies?

Mais ce n'est pas seulement une question de quantité. Il s'agit aussi de la qualité. Pour que le développement soit durable, il doit être inclusif - créant des emplois décents. Pour les pays d'Amérique latine et des Caraïbes qui poursuivent un modèle de croissance plus durable et inclusif, les investissements européens se distinguent en termes de quantité et de qualité. Ils contribuent déjà de diverses manières à une plus grande compétitivité et au développement social. Très diversifiés, ils ne sont certainement pas limités au secteur des ressources. Les entreprises européennes sont à l'origine de près des deux tiers de tous les projets d'investissement en Recherche et Développement dans la région. Les investissements dans des secteurs tels que l'énergie électrique favorise l'offre de services publics essentiels à une grande part de la population. Les entreprises européennes dans la région montrent souvent la voie en termes d'engagement du secteur privé en faveur de la protection de l'environnement et les normes du travail. Et les moyens à promouvoir d'avantage la coopération en matière de responsabilité sociale des entreprises seront un aspect important des discussions à Santiago.

Mais le sommet de Santiago portera également sur d'autres questions au-delà de l'investissement. Cela reflète le fait que notre partenariat de longue date a toujours incarné une véritable communauté de valeurs - en termes de droits de l'homme, de démocratie et de cohésion sociale. L'égalité des sexes sera discutée, et deviendra un nouveau pilier du plan d'action commun qui guide notre coopération entre nos sommets biannuels. Nous allons chercher des moyens de travailler plus étroitement sur les défis de sécurité - par exemple, la meilleure façon de soutenir la stratégie régionale développée par les pays d'Amérique centrale. Les partenaires européens et de l'Amérique latine et des Caraïbes ont également un intérêt commun à trouver des moyens de collaborer plus étroitement et plus efficacement au sein des organisations multilatérales, par exemple sur le changement climatique et le développement durable.

L'Union européenne demeure fermement résolue à soutenir le développement économique et social en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le progrès économique impressionnant de la région implique qu'avec ses économies les plus dynamiques nous allons discuter de nouvelles formes de coopération visant à remplacer les relations donateurs-bénéficiaires du passé.

Le célèbre poète mexicain Octavio Paz avait dit que L'Amérique latine est «non pas tant une tradition à suivre, mais un futur à réaliser". Cette parole capte aussi parfaitement le potentiel et le dynamisme de notre partenariat entre l'Union européenne et la nouvelle Communauté des pays d'Amérique latine et des Caraïbes.

Ce partenariat reflète aussi la conviction partagée que, dans le monde interdépendant d'aujourd'hui, sur une série de défis communs les deux côtés ont avantage à travailler ensemble et à apprendre l'une de l'autre. Cela devrait être le principe directeur de nos discussions à Santiago, que ce soit sur l'investissement, les modèles économiques et sociaux, la démocratie ou le développement.