Déclaration de Mme Kristalina Georgieva, membre de la Commission européenne, à l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire 2012 (20/08/2012)

COMMISSION EUROPÉENNE

 

Bruxelles, le 19 août 2012

 

Déclaration de Mme Kristalina Georgieva, membre de la Commission européenne, à l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire 2012

Mme Kristalina Georgieva, membre de la Commission européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, a fait la déclaration suivante:

«Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l'aide humanitaire. Il y a tout juste neuf ans, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Iraq, M. Sergio Vieira de Mello, et vingt et un de ses collègues étaient tués dans l'attentat perpétré contre le siège des Nations unies à Bagdad. Cette journée est l'occasion de rendre un hommage solennel à l'ensemble du personnel humanitaire qui a œuvré à la promotion de la cause humanitaire et y a laissé la vie.

L'attentat à la bombe contre l'hôtel Canal a modifié, de manière irréversible, les conditions de sécurité dans lesquelles les professionnels de l'aide humanitaire opèrent. L'action humanitaire figure parmi les professions les plus dangereuses au monde. Les enlèvements, les fusillades et les menaces de mort font tous partie des risques du métier dans les endroits en proie à des conflits tels que le Soudan, la Syrie et la Somalie. Les travailleurs humanitaires courent de plus en plus de risques en tentant de maintenir une assistance humanitaire vitale pour les victimes de conflits et de catastrophes dans le monde. Nous ne pouvons accepter que ces travailleurs, qui sont au service de l'humanité, soient persécutés, enlevés ou, pire, assassinés.

Les attaques contre des postes humanitaires ont été multipliées par trois au cours de la dernière décennie. Selon l'Organisation des Nations unies, depuis 2011, 109 travailleurs humanitaires ont été tués, 143 blessés et 132 autres enlevés. L'écrasante majorité de ces victimes n'étaient pas des travailleurs humanitaires internationaux, mais des personnes au service de leur propre pays et travaillant au plus près de la population locale. Rien ne justifie les crimes contre des civils non armés. Lorsque de tels crimes sont commis contre des personnes qui consacrent leur vie à sauver celle des autres, l'injustice est encore plus criante.

La sécurité du personnel humanitaire est en outre directement liée à la sécurité d’accès aux populations vulnérables et à la mise en œuvre durable de l'aide. Des milliers de personnes vulnérables risquent d'être privées d'aide essentielle si des programmes sont suspendus ou interrompus en raison de l'insécurité.

Les professionnels de l'humanitaire nous rapprochent également les uns des autres en nous rappelant que nous formons une seule famille, partageant les mêmes rêves d'un monde pacifique où nous pourrions tous vivre en sécurité et dans la dignité.

Cette journée est également l'occasion de nous remettre en question et de nous demander ce que nous pouvons faire de plus pour venir en aide aux personnes confrontées aux conflits, aux catastrophes et aux souffrances. Faisons en sorte que ceux auxquels nous rendons hommage aujourd’hui nous aident à entreprendre notre propre cheminement en vue de bâtir un monde meilleur et de nous rapprocher plus étroitement les uns des autres.»

Contexte

Le 11 décembre 2008, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/63/L.49, parrainée par la Suède, sur le renforcement de la coordination de l'aide humanitaire d'urgence fournie par les organismes des Nations unies, désignant le 19 août «Journée mondiale de l'aide humanitaire».

La résolution rendait pour la première fois un hommage spécial à l'ensemble du personnel des Nations Unies et au personnel humanitaire associé qui s’emploient à promouvoir la cause humanitaire, ainsi qu’à celles et ceux qui ont perdu la vie dans l’accomplissement de leur mission. Elle invitait tous les États Membres, les entités du système des Nations Unies, dans les limites des ressources existantes, ainsi que les autres organisations internationales et les organisations non gouvernementales, à commémorer cette Journée chaque année de manière appropriée.

On compte aujourd'hui plus d'un demi-million de travailleurs humanitaires dans le monde, répartis entre professionnels de l'aide et spécialistes du développement. Selon la dernière évaluation détaillée du secteur, effectuée en 2008, ce dernier emploierait 595 000 personnes (dont les employés nationaux et internationaux des agences humanitaires des Nations unies, des organisations non gouvernementales internationales et de la famille de la Croix Rouge et du Croissant Rouge). 

Les attaques perpétrées contre des travailleurs humanitaires ont considérablement augmenté au cours de ces dernières années, dont un nombre croissant présentait un caractère politique et les visait directement. Au cours de la dernière décennie, plus de 800 professionnels de l'humanitaire ont perdu la vie en essayant de venir en aide aux personnes dans le besoin et 1 300 autres ont été enlevés ou blessés. Au cours de la même période, le nombre d'incidents liés à la sécurité dont le personnel humanitaire a été la cible a été multiplié par trois.

Pour être en mesure d'apporter de l'aide, les travailleurs humanitaires doivent pouvoir accéder à ceux qui en ont besoin. Or, cet accès peut être difficile à obtenir au lendemain d'une catastrophe naturelle ou au milieu d'un conflit armé. La sécurité est l'un des principaux problèmes rencontrés par la communauté humanitaire, qui doit lutter contre des restrictions nouvelles et de plus en plus complexes de l'espace humanitaire.

Les principes humanitaires et les cadres juridiques internationaux visent à offrir officiellement un certain niveau de protection, mais ils sont souvent ignorés. Les conditions d'intervention des travailleurs humanitaires sont chaque année plus dangereuses. Leurs emblèmes et leurs drapeaux, qui leur garantissaient traditionnellement une protection, en font désormais des cibles.

Exemples récents d'attaques contre des travailleurs humanitaires

L’Afghanistan demeure le pays le plus dangereux pour les travailleurs humanitaires. Depuis 2011, on a enregistré 51 incidents au cours desquels 36 personnes ont été tuées et plus de 50 enlevées, dont la grande majorité était des ressortissants afghans. Récemment, quatre travailleurs d'une organisation partenaire d'ECHO ont été enlevés alors qu'ils se déplaçaient dans les montagnes du Badakhshan.

La Somalie et le Kenya figurent également parmi les pays comptant le plus grand nombre d’incidents. En juin 2012, la secrétaire générale du Norwegian Refugee Council, Elisabeth Rasmussen, a eu la chance de sortir indemne de l'attaque de son convoi au cours de laquelle un chauffeur a perdu la vie et quatre autres travailleurs humanitaires ont été enlevés.

La Syrie est devenue un pays dangereux pour les travailleurs humanitaires au cours de l'année écoulée. Bien qu'un accès extrêmement limité leur soit accordé, ce qui explique qu'ils soient très peu nombreux sur le terrain, pas moins de 6 d'entre eux ont perdu la vie en essayant d'apporter de l'aide depuis le début de l'année. Deux des victimes, des travailleurs humanitaires appartenant au Croissant-Rouge arabe syrien, auraient été délibérément visées. Ces incidents, comme toute autre attaque ciblant intentionnellement le personnel humanitaire, constituent des violations directes du droit humanitaire international.

Le Darfour est l'un des endroits les plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires. En juin, Patrick Noonan, un travailleur humanitaire britannique au service du PAM, a été libéré après 86 jours de captivité, à la suite de son enlèvement par des hommes armés dans la région occidentale du Darfour au Soudan. Noonan travaillait dans le pays comme logisticien depuis environ deux ans. Depuis 2009, 40 travailleurs humanitaires ont été enlevés au Darfour, dont Noonan et six membres du personnel navigant collaborant avec les services humanitaires aériens des Nations unies gérés par le PAM.

Il ressort de recherches effectuées par l'Organisation des Nations unies que plus de 50 % des attaques menées l’année dernière contre des travailleurs humanitaires ont eu lieu lors de déplacements routiers. En dépit de leur vulnérabilité accrue lorsqu'ils se déplacent par la route ou sur des terrains difficiles dans des zones peu sûres, les travailleurs refusent souvent de se faire accompagner par des escortes armées car ils craignent que les populations locales les considèrent comme soutenus ou protégés par l'une des parties en conflit. Les escortes armées constituent en effet un gage de sécurité à court terme mais peuvent, à long terme, réduire l'accès de l'aide humanitaire aux populations dans le besoin. Cette vision prospective des travailleurs humanitaires est importante car de nombreux conflits peuvent durer plusieurs années, voire des décennies, longtemps après avoir cessé de susciter autant d'intérêt de la part des médias.

L'UE est le premier donateur d'aide humanitaire au monde. La direction générale de l'aide humanitaire et de la protection civile (ECHO) de la Commission compte plus de 400 personnes qui travaillent dans 47 antennes locales partout dans le monde où une aide humanitaire est nécessaire.

La Commission coopère avec plus de 200 organisations caritatives. Parmi ses partenaires dans le domaine humanitaire se trouvent 14 agences des Nations unies, 191 organisations non gouvernementales et trois organisations internationales (le Comité international de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, la Fédération internationale des Sociétés nationales de la Croix Rouge et du Croissant Rouge et l'OIM).

Pour de plus amples informations

Aide humanitaire de la Commission européenne:
http://ec.europa.eu/echo/index_fr.htm
Site internet de Mme Kristalina Georgieva, membre de la Commission européenne chargé de la coopération internationale, de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises:
http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/georgieva/index_fr.htm
Liens concernant la Journée mondiale de l'aide humanitaire:
http://www.unocha.org/about-us/publications/world-humanitarian-day
http://www.sergiovdmfoundation.org/wcms/index.php?lang=en
http://www.unocha.org/top-stories/all-stories/world-humanitarian-day-2012