Réunion annuelle du projet AIRCOP : Allocution de Mme Delphine Delieux, Chargé d'affaires a.i. de la Délégation de l'Union européenne au Bénin (11/09/2013)

Réunion annuelle du projet AIRCOP : Allocution de Mme Delphine Delieux, Chargé d'affaires a.i. de la Délégation de l'Union européenne au Bénin   

Cotonou, 11 septembre 2013

 

Monsieur le Directeur de Cabinet,

Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs les représentants d'organisations internationales,

Chers participants, 

Laissez-moi commencer par me réjouir que cette réunion annuelle se tienne à Cotonou. Je voudrais en particulier remercier Monsieur le Directeur de Cabinet pour l'hospitalité que le Bénin offre à cette réunion mais aussi pour le soutien à ce projet dont témoigne sa présence aujourd'hui parmi nous. 

La criminalité organisée constitue un véritable défi pour la sécurité humaine, la stabilité et le développement. Le trafic de drogue est l'une des principales sources de revenus pour les réseaux criminels dans la plupart des pays de l'Afrique de l'Ouest. L'existence de tels réseaux est étroitement liée à d'autres formes de trafic, ainsi que le blanchiment d'argent et la corruption. L'ensemble de ces facteurs constituent un obstacle majeur au développement et une source potentielle de financement du terrorisme. 

Sur le plan mondial, le dispositif juridique est constitué par des Conventions des Nations Unies qui ont été ratifiées par la plupart des Etats du monde, en particulier

  • la Convention de 2000 des Nations Unies sur la criminalité transnationale organisée et ses trois protocoles (respectivement sur la traite des êtres humains, les clandestins et le trafic des armes),
  • la Convention de 2003 des Nations-Unies sur la lutte contre la Corruption (CNUCC)
  • et les conventions de l'ONU de 1961, 1971 et 1988 concernant les drogues.

Ces conventions, que l'Union européenne soutient,  ont établi un ensemble d'obligations juridiques pour chaque Etat signataire en termes de mesures de prévention, de définition des infractions pénales, de sanctions, d'échanges d'informations, de mesures spéciales d'enquête, d'assistance mutuelle ou encore d'extradition. 

Pour être véritablement efficace, la lutte contre le crime organisé doit suivre une approche multidimensionnelle qui ne se limite pas à des mesures réactives d'application des lois, mais qui comprenne aussi des mesures sociales, économiques et politiques de prévention proactive. C'est cette approche globale que soutient l'Union européenne dans son action extérieure, à travers le lien entre développement et sécurité, comme  évoqué dans le programme pour le changement (Agenda for Change) publié en octobre 2012. 

C'est le constat de la nécessité d'une approche multidimensionnelle qui a sous-tendu la création de l'Instrument de Stabilité (IdS) en 2006. Cet instrument a été conçu pour renforcer la capacité des pays partenaires et des organisations régionales à gérer les crises et les menaces à la sécurité. Sa composante à long terme compte parmi ses priorités les menaces transrégionales telles que le crime organisé, le trafic de drogue, le terrorisme et la piraterie.

Le Programme Routes de la Cocaïne (financé par l'Instrument de stabilité à hauteur de 34.9 millions EUR depuis 2009) couvre 36 pays, essentiellement en Afrique de l'Ouest et Amérique latine. Ce programme repose sur 3 piliers:

  1. Renforcement des capacités d'action interagences conjointes pour interrompre le flux de drogues et le trafic aérien et maritime (projets PRELAC, AIRCOP et SEACOP – les deux derniers concernent notamment le Bénin);
  2. Renforcement du partage d'information, grâce à des moyens appropriés et modernes  pour rassembler, centraliser, analyser et partager les informations policières cruciales liées à la criminalité organisée et au trafic de drogue (projets AMERIPOL, WAPIS; CORMS);
  3. Renforcement des capacités des autorités locales pour lutter contre le blanchiment d'argent notamment en renforçant les Unités d'Enquête financière (projets GAFISUD; AML/WA). 

En particulier, le projet AIRCOP représente un budget de 7,8 millions d'EUR depuis 2009, répartis sur 3 phases. Son objectif est, comme vous le savez, de créer des task forces d'interdiction des drogues au sein d'aéroports sélectionnés en Afrique de l'Ouest, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces task forces sont connectées aux bases de données policières internationales et à des réseaux de communication afin de permettre la transmission en temps réel aux autres aéroports internationaux des informations opérationnelles permettant d'intercepter les cargaisons illicites.

Ces actions sont complémentaires à d'autres initiatives financées par l'Union européenne en Afrique et visant notamment à s'occuper d'autres aspects de la criminalité organisée comme le trafic d'armes à feu et d'explosifs, la lutte contre le terrorisme et assurer la sécurité maritime dans la Corne de l'Afrique et le Golfe de Guinée. 

Mesdames et Messieurs,

Le Programme Route de la Cocaïne a fait l'objet récemment d'une évaluation par des experts indépendants. Parmi les conclusions de ces experts, on pouvait lire que l'une des forces du programme AIRCOP réside précisément en des mesures concrètes pour intégrer les partenaires d'Afrique de l'Ouest et d'Amérique latine au sein d'une communauté poursuivant le même objectif de lutte contre le trafic de drogue. Néanmoins, certaines faiblesses ont aussi été identifiées et des ajustements seront réalisés au cours des prochains mois.

Comme le dit l'adage africain, quand on marche, il faut savoir s'arrêter et se retourner pour regarder le chemin parcouru avant de continuer. Dans ce contexte, cette réunion annuelle est particulièrement opportune car elle permet de réfléchir en profondeur au projet, à ses succès et challenges et de recevoir votre précieux feed back. Celui-ci sera particulièrement utile pour la programmation future, puisque la 3ème phase d'AIRCOP est actuellement en cours de préparation.

Je vous souhaite deux journées de débats fructueux et me réjouis de venir refaire le point avec vous demain en fin d'après-midi.

Je vous remercie.