Initiative de programme Pour la Justice et les droits des femmes et des filles (ETODE) (07/04/2011)

Lancement officiel de l'initiative de programme: "Pour la Justice et les droits des femmes et des filles (ETODE)" Jeudi 7/04/2011

Allocution de SE Mme Françoise Collet, Ambassadeur, Chef de la Délégation de l'Union européenne au Bénin 

  • Excellence, Monsieur le Président du Conseil Economique et Social
  • Excellence, Monsieur le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, de la Législation et des Droits de l'Homme
  • Excellence, Madame le Ministre de la Famille et de la solidarité nationale
  • Excellence, Monsieur le Ministre des Enseignements Maternel et Primaire
  • Monsieur le Représentant du Conseil Consultatif National du  Programme «  Empowerment des Femmes »,

Chers invités, Mesdames et Messieurs,

C'est avec un réel plaisir mais aussi gravité que je prends la parole ce jour, à l'occasion du lancement du projet "ETODE : pour la justice et les droits des femmes et filles au Bénin", activité de promotion et défense des droits de l'Homme financé par l'Instrument européen pour la démocratie et les droits de l'Homme (IEDDH).

L’engagement en faveur des droits de l’homme et de la démocratie est au cœur des préoccupations de l'UE depuis sa fondation jusque dans ses relations avec les pays tiers.

Plus spécifiquement la violence faite aux femmes a fait l'objet de l'adoption par le Conseil de l’UE en 2008 d'une série de lignes directrices contre ce fléau et contre toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes : il s'agit là d'une priorité de la politique extérieure de l’UE en matière des droits de l’homme. Dans ce cadre, l’UE noue systématiquement un dialogue avec les pays et organisations partenaires pour combattre la violence envers les femmes ainsi que toute forme de discrimination à leur égard.

   En dépit de la législation existante en ce domaine au Bénin, les droits des femmes et des filles continuent d’être bafoués du fait de sa non-application et d'une forme d’acceptation générale des mauvais traitements.

Le rapport de l’étude sur les violences faites aux femmes au Bénin, publiée par le Ministère de la Famille et de la Solidarité Nationale en 2010 montre bien les défis à relever, et notamment le fait que :

  •  Les femmes ont du mal à briser les relations abusives,  en raison de leur dépendance économique;
  • Les lois votées pour protéger les femmes contre la violence liée au genre souffrent d’une insuffisance de mise en œuvre,
  • La faible collecte de données d’envergure nationale sur la violence limite l’impact des programmes de prévention et d’actions,
  • Le trafic des filles à des fins d’exploitation sexuelle et de travail forcé connaît une forte croissance.

Selon les résultats de cette  même étude, la  violence à l’égard des femmes est très répandue et profondément enracinée dans les mœurs avec des conséquences très graves sur le bien être de la femme et de la fille : 69% de femmes ont subi une violence au moins une fois dans leur vie. Les formes de violences les plus courantes s'étendent des propos injurieux aux coups, à la séquestration, aux mutilations, au harcèlement ou à la traite des enfants. Les types de violences sont d’ordre physique (74%), moral (74%) et psychologique (29%) et le système sanitaire ne permet pas de répondre  actuellement aux besoins de prise en charge sanitaire réelle.

Cette situation résulte de divers facteurs mais la cause essentielle et la solution résident dans les consciences et la prise de conscience. La méconnaissance des droits de la femme par les femmes elles-mêmes, par les hommes en général et certains groupes sociaux professionnels en particulier est avérée. Cette méconnaissance est un facteur générateur de violences à l’égard des filles et des femmes.

La traite d'enfants est un autre fléau inquiétant au Bénin. Les victimes de la traite interne au Bénin sont en sa large majorité des filles exploitées pour des tâches domestiques dans les foyers et dans le commerce informel (marchés, gares routières). Souvent également victimes d’exploitation sexuelle et de violences corporelles, ces filles sont d’une manière générale privées de tous leurs droits fondamentaux (protection, éducation, santé).

Mesdames et messieurs

Dans ce contexte l'Union européenne ne peut pas et ne reste pas indifférente. C'est pour cela que nous appuyons CARE International pour la mise en œuvre du projet ETODE. Ce projet doté de 1.196.000 €, soit plus de 784 millions de FCFA, a commencé en début d'année.

Ce projet, en accord avec la politique de développement de l'UE et en cohérence avec les politiques du Ministère de la Famille et de la Solidarité Nationale est articulé autour de 3 objectifs :

  1. Contribuer à faire respecter les droits des femmes et des filles au Bénin ;
  2. Contribuer à la prise de conscience au niveau national du caractère inacceptable des mauvais traitements infligés aux femmes et aux jeunes filles et
  3. Contribuer à réduire de façon significative les cas de mauvais traitements infligés aux femmes et aux jeunes filles et à offrir des services et soutien de qualité aux victimes en vue de leur réhabilitation.

Cette action, j'en suis sure, avec l'appui de tous, permettra de lutter efficacement contre les traitements cruels, inhumains ou dégradants exercés sur les femmes et les filles en agissant sur les causes structurelles de ces actes tout en portant une attention spécifique aux conséquences grâce à des activités de prévention et de réhabilitation. Je voudrais ici saluer le rôle  que CARE joue déjà dans cette lutte au travers de ses actions.

Je n’oublierai pas non plus les associations de défense des droits de la femme, qui sont actives à la mise en œuvre de l’Initiative "Etôdé’’. Je les invite à une gestion toujours plus professionnelle et à une solidarité entre elles en vue de meilleurs résultats dans la promotion des droits des femmes.

Je voudrais aussi rappeler que nous soutenons d'autres initiatives dans le domaine de la lutte contre la traite des enfants, aux côtés des acteurs béninois, et que nous sommes donc à la fois présents et très au fait des réalités béninoises.

Notre intention n'est pas de stigmatiser mais de trouver avec vous des solutions et de montrer qu'elles sont applicables. Ce qui est condamnable doit l'être, ce qui doit être dénoncé doit l'être. Mais c'est aussi en agissant sur les conditions de vie, en montrant par exemple que le travail des enfants n'est pas une fatalité, que nous parviendrons à une société plus juste et accueillante pour tous et toutes.

Pour cela, nous avons besoin de toutes les bonnes volontés, de toutes les consciences, des citoyens, des autorités religieuses et traditionnelles, des autorités locales et nationales pour porter haut ce message.

L'Union européenne, sensible à la protection des droits de femmes et des filles, continuera à soutenir le combat du Gouvernement du Bénin et des membres de la société civile dans ces démarches afin que les droits des plus vulnérables soient respectés en tout temps. Nous savons que ce souhait est partagé au plus haut niveau et avons été encouragés en ce sens par les propos tenus par son Excellence, le Président de la République, Dr. Boni Yayi, lors de son discours d'investiture prononcé hier à Porto-Novo. Accorder leur juste place aux femmes et respecter leurs droits est un signe de confiance et non de faiblesse et contribue au développement au Bénin comme dans le reste du monde.

Vive la coopération entre le Bénin et l’Union européenne

Je vous remercie de votre aimable attention